Le chemin de L’ORAISON avec Sainte Thérèse d’Avila…Travail proposé par le Frère Yannick…*Un chemin de foi*

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2A. Méditer-2Un chemin de foi

Il y a plusieurs manières d’être dans la prière d’oraison. Thérèse dans son livre de la Vie, au chapitre 11, nous en a partagé quatre : puiser l’eau d’un puits avec un seau, tirer l’eau avec une manivelle, détourner un ruisseau, laisser la pluie faire son œuvre. Cela correspond à quatre étapes de la vie spirituelle. Mais qu’on ne confonde pas ces états avec des seuils qui une fois franchis, sont dépassés pour toujours. Il ne faut pas confondre vie spirituelle et examen de passage pour obtenir des diplômes successifs. Thérèse y reviendra dans le Chemin de la Perfection.

 Ici, plus on approche de Dieu, plus l’humilité et grande. De sorte que la première façon de faire oraison peut être parfois pratiquée par celui ou celle qui en est à des états plus élevés. Dans cette dimension de la vie spirituelle, l’âme va et vient en toute liberté, selon ses nécessités. Mais laissons la place à Thérèse qui va nous expliquer d’une façon plus détaillée la première phase qui est la méditation. V 11,9 « Nous pouvons dire de ceux qui commencent à faire oraison qu’ils tirent l’eau du puits à très grande peine, comme je l’ai dit, car ils ont du mal à recueillir leurs sens ; habitués à l’éparpillement, ils ont beaucoup de mal. »

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Ainsi une âme qui ne prie pas est éparpillée dans ses pensées, livrée à toutes les agitations du moment qui vont et viennent et qui fatiguent sans apporter beaucoup de réconfort. Nous n’avons pas forcément conscience de cette agitation, sauf peut-être par contrastes. Il peut en effet arriver dans certains lieux qu’un grand calme intérieur se fasse, une grande paix. Puis au bout de quelque temps les soucis, les angoisses, les mille sollicitations de la vie reprennent le dessus. Une expérience de recueillement a été faite et a montré qu’une autre dimension pouvait exister. Dans le psaume 34 il y a un verset qui dit ceci : « recherche la paix et poursuis là. »

Cet espace de respiration intérieure n’est pas immédiatement accessible et il faut se donner un peu de mal pour l’obtenir. Le psaume souligne qu’il faut la poursuivre comme on poursuit quelqu’un. S’engager dans la vie d’oraison, c’est s’engager sur ce terrain de combat. Vous vous doutez qu’il risque d’être rude, surtout dans les débuts. Lorsqu’on lance un objet à une certaine vitesse, une balle, par exemple, pour la freiner, il faudra lui opposer une énergie contraire constante et cela produit de la chaleur. Qu’on songe à un train que l’on veut freiner. C’est un peu la même chose quand on désire par la prière orienter différemment nos pensées. Il y a une résistance très forte au début pour passer du tintamarre intérieur à une pensée plus unifiée.

Les événements de la journée sont là qui nous habitent, les joies et les peines, les réussites et les échecs, les scénarios que l’on répète mille fois pour réussir quelque chose, ou pour réparer une erreur. Le mental est réellement très encombré. Faire oraison, c’est réellement partir de cette situation là pour retrouver un peu d’espace, de calme. C’est réorganiser tout ce monde intérieur grouillant pour en devenir plus le maître que le sujet ou l’esclave.

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Vous pensez peut-être que je suis pessimiste. Essayez et vous verrez. Faire oraison, c’est commencer une réelle thérapie mentale. Il y aurait beaucoup à réfléchir sur l’interaction de nos pensées et de notre santé mentale et physique. Une autre image pour considérer la vie de prière, c’est l’assimiler à un exercice auquel on n’est peu habitué, comme si un membre que l’on venait à solliciter était atrophié. Il faut alors le rééduquer. Un muscle peut se rééduquer, s’assouplir, retrouver, à condition de le faire travailler avec patience et ténacité, une certaine souplesse.

Il en est ainsi de notre âme, elle n’a peut-être jamais été sollicitée pour la prière, et l’on voudrait tout à coup lui demander ce qu’elle ne peut pour l’instant donner. Évidemment au bout d’un peu de temps, le découragement arrive et l’on abandonne tout. Tout l’art de la prière est celui d’un bon éducateur qui fait avancer sans violenter le corps, mais avec beaucoup de fermeté. Ce que l’on doit faire, Thérèse le précise au même paragraphe :

  • « Ils doivent s’accoutumer à ne point se soucier de voir ni d’entendre, et à le mettre en pratique aux heures d’oraison, à demeurer dans la solitude et isolés, penser à leur vie passée… Ils doivent chercher à méditer sur la vie du Christ, et c’est une fatigue pour l’entendement. »

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Dit autrement Thérèse propose de remplacer les bruits qui nous assaillent tout au long de la journée, d’abord extérieurs, puis surtout ceux des pensées, par d’autres bruits. Il s’agit par exemple de méditer sur notre vie, puis sur celle du Christ. Au bruit sauvage des pensées incontrôlées, Thérèse oppose, celui qu’apporte la méditation. C’est la première phase du recueillement et elle est de notre ressort. Thérèse ajoute :

  • « Voilà ce que nous pouvons acquérir par nous-mêmes, bien entendu, avec la faveur de Dieu. » Elle dit bien qu’au début, c’est une fatigue pour l’entendement, c’est-à-dire l’intelligence.

2B. Un exercice de la pensée-2

Nous terminions notre entretien, hier, par cette citation de Thérèse en V 11,9 :

  • « Ils doivent s’accoutumer à ne point se soucier de voir ni d’entendre, et à le mettre en pratique aux heures d’oraison, à demeurer dans la solitude et isolés, penser à leur vie passée… Ils doivent chercher à méditer sur la vie du Christ, et c’est une fatigue pour l’entendement. »

Elle dit bien qu’au début, c’est une fatigue pour l’entendement, c’est-à-dire l’intelligence. C’est une fatigue parce que c’est une lutte, parce que c’est un exercice dont on n’a pas l’habitude, parce qu’il faut souvent se faire un peu violence pour y consacrer un peu de notre temps, parce que la fatigue est là qui parfois peut amener au découragement. Il est clair qu’avec ce petit tableau, il faut une motivation certaine, un appel du Seigneur, un désir de le goûter, un cœur touché par le désir de Dieu pour pourvoir s’engager sans y renoncer sur ce chemin.

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Ce n’est pas là une question de volontarisme, mais c’est le fruit d’une volonté touchée, saisie par Dieu. Lorsque le cœur est touché, on trouve du temps pour s’organiser. Lorsque le cœur est touché, tout suit. Le mot méditation doit être employé dans son sens étymologique (meditari) : donner ses soins à quelque chose, s’exercer à. C’est un exercice de la pensée pour réfléchir sur un point précis. Il n’y a rien de surnaturel dans cet acte. C’est simplement un exercice de l’intelligence, de la mémoire, de la volonté.

Or tout homme possède ces facultés, donc tout homme peut méditer. Ce qui différencie l’acte spirituel de l’acte naturel, c’est son orientation à Dieu. On peut ainsi prendre un évangile ou un beau texte spirituel, le lire plusieurs fois, s’en imprégner, l’analyser pour en dégager la dynamique et réfléchir à partir de cela ce qu’on peut en dégager. On n’est pas là devant un roman dont on voudrait, à peine ouvert, déjà connaître la fin.

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Il ne s’agit pas de tourner les pages, mais d’entrer par l’exercice de la pensée dans une certaine profondeur du texte, ce que veut nous dire le texte. Et l’on a souvent la grosse surprise de découvrir des choses auxquelles on n’avait pas fait attention à une première lecture rapide, souvent trop affective. Thérèse parlera dans le chemin de la Perfection de la même façon quand il s’agira de prier le Notre Père. Il s’agira de faire attention à ce qu’on dit et non pas de rabâcher. Ainsi qu’est-ce que je dis quand je dis “Notre“ ou “Père » ou “qui est aux cieux“. Pour vous qu’est-ce que ces mots veulent dire ? Ont-ils un sens, ou font-ils partie d’une simple formule apprise par cœur ?

Méditer, c’est donc un exercice du mental sur un objet déterminé pour mieux en pénétrer le sens. Dans ce simple travail, la pensée devient moins agitée, se simplifie, la paix se fait jour. Il y a des tempéraments qui sont très doués pour ce type d’exercice et ils peuvent rester longtemps en cet état. Mais méditer ainsi est-ce faire oraison ? Thérèse précisera dans le Chemin de la Perfection ch 24, 2 : « et quand je dis Notre Père, l’amour consistera à comprendre qui est ce Père et qui est le maître qui nous a enseigné cette prière. » Et un peu plus loin, para. 6 « nous devons comprendre à qui nous parlons. »

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Ce qui veut dire que l’oraison ne vise pas uniquement à recueillir nos pensées et les appliquer à de belles considérations, elle va plus loin, beaucoup plus loin. Elle vise à une rencontre. Elle nous invite à faire de Dieu le compagnon de nos journées, à instaurer une relation avec ce Dieu qui ne se voit que par le regard de la foi.

Et ce n’est pas évident dans les débuts de s’adresser à quelqu’un qu’on ne voit pas, qu’on ne sent pas. Si l’on a une belle intelligence, on peut prendre tous les textes possibles, les fouiller par la pensée dans tous les sens, mais l’on ne se sera pas engagé dans une relation. Or Thérèse nous invite à considérer celui à qui on s’adresse et toute la force de son enseignement est là en fait. Dieu est vivant et dans l’oraison on s’adresse à lui.

Plus qu’une façon de faire, c’est une manière d’être. Ainsi à chaque mot du Notre Père, elle nous invite en même temps à penser à qui ces mots s’adressent. Aussi la méditation prend une couleur nouvelle, elle devient par les mots égrenés recueillement de la pensée, puis relation trouvée avec celui à qui on s’adresse. Si bien qu’avec un peu d’expérience, et elle le dira elle-même, le but de la méditation n’est pas tant de parcourir tout le Notre Père, mais de se trouver en sa présence.

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2C. Méditer et contempler-2

La méditation nous l’avons vu est un moyen pratique pour recueillir ses sens, les unifier, les orienter d’une façon consciente vers Dieu. Notre volonté, notre mémoire, notre intelligence sont sollicitées par cette pratique. En soit, il n’y a rien encore de proprement spirituel à ce niveau. La vie spirituelle apparaît lorsque ces facultés sont orientées vers Dieu.

Lorsque je médite le Notre Père, peu à peu mes pensées s’ordonnent, s’apaisent, mais ce n’est à ce niveau encore qu’une simple thérapie mentale. Lorsque peu à peu j’oriente les pensées vers celui à qui je m’adresse et que je prends du temps à considérer qui il est, il y a une élévation du cœur à partir des mots sur lesquels j’appliquais la pensée à la présence de Dieu expérimentée dans la foi. L’intelligence s’ouvre et laisse place à Dieu perçu par la foi. C’est ce passage là en fait qui est important et qui est visé par Thérèse, comme par Jean de la Croix.

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Et c’est à ce niveau que se place la vie contemplative, où l’on passe de la méditation à la contemplation. On entend par contemplation une oraison caractérisée par la prédominance du simple regard, de la vue simple et affectueuse. Par rapport à la méditation, la pensée se simplifie à l’extrême pour admirer et entrer dans le mystère de Dieu. Il n’est plus alors nécessaire de discourir, de réciter tout le Notre-Père, un seul mot peut suffire, une seule image et l’âme se trouve recueillie, absorbée parfois par Dieu. Il peut ainsi arriver de rester une heure sur l’un des articles du Notre Père, le cœur étant saisi par ce Dieu qui peu à peu se fait jour, présent. Car il est vivant ! L’oraison vise à cette expérimentation. C’est alors le démarrage de la vie spirituelle, de l’action de Dieu dans le cœur de la personne.

  • C 25,1 : « il est fort possible que tandis que vous récitez le Notre Père, le Seigneur vous élève à la contemplation parfaite. Sa Majesté montre ainsi qu’elle entend qui lui parle, et sa Grandeur lui parle à son tour en suspendant son entendement et en arrêtant sa pensée… L’âme comprend que ce Maître Divin l’instruit sans bruit de paroles, suspendant ses puissances, qui feraient plus de mal que de bien si elles agissaient. Elle jouit sans savoir comment elle jouit, embrasée d’amour, l’âme ne sait comment elle aime… »

Dans les quatre manières qu’à l’âme d’arroser le jardin, la première correspond à la méditation et les autres sont une ouverture progressive vers la contemplation. Dans la méditation, l’âme tire du fruit de son propre trésor, de ses propres richesses. Mémoire, intelligence et volonté sont à l’œuvre. Dans cette phase, l’âme peut être embarrassée par ses propres richesses intellectuelles et ne pas comprendre qu’il y a une autre profondeur à son être. Elle peut faire quantité de constructions mentales et en tirer de la joie. Mais où est Dieu là-dedans ?

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Car il est encore peu, bien peu présent, même s’il est à l’œuvre, même si l’âme se tourne vers lui. C’est l’âme qui prend encore, pour ainsi dire, toute la place. Selon le langage imagé de Thérèse, elle prend le seau, le jette à l’eau puis le tire à bout de bras. Le résultat est plutôt moyen et la fatigue est grande. Dieu est discret et respectueux. Si l’on parle, il se tait.

Mais, s’il nous arrive de nous taire, alors sans bruit de mots, il apporte sa fraîcheur en nos cœurs. Le but de l’oraison, c’est de faire une place à Dieu dans notre cœur pour qu’il puisse y déposer son amour. Puisque l’âme en ne méditant plus, laisse la place vide en quelque sorte, elle a l’impression pendant quelques instants de ne plus rien faire, de se trouver dans une sorte de vide des pensées, et elle se sent comme perdue et elle a envie de retourner en arrière. Relisons cette phrase

  • « …L’âme comprend que ce Maître Divin l’instruit sans bruit de paroles, suspendant ses puissances, qui feraient plus de mal que de bien si elles agissaient. »

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Or l’âme ne comprend pas toujours. Et c’est là le point délicat, puisque justement Dieu agit délicatement et que l’âme peut se sentir, dans les débuts un peu décontenancée par cette nouveauté. Qu’elle n’ait donc pas peur, mais garde confiance, car c’est Dieu qui maintenant agit. Il est clair que l’âme perd maintenant toutes ses sécurités, puisque ce n’est plus elle qui agit directement, et il lui faut avancer dans la foi, dans la confiance, sans violence. Cela impose un lâcher prise de l’intelligence, de la mémoire, de la volonté pour avancer dans la foi, l’espérance, l’amour. Et ce passage peut être vécu douloureusement. C’est dans cette lumière qu’on comprend ce que Thérèse écrit en V 11,15 :

  • « ils vivent dans l’affliction, persuadés de ne rien faire. Ils ne peuvent souffrir que l’entendement cesse d’agir ; alors que d’aventure la volonté s’amplifie et se renforce, ils ne s’en rendent pas compte… »

Vous comprenez pourquoi il ne faut pas se fixer aux différentes façons d’arroser le jardin, comme autant de repères qui viendraient confirmer notre progression. On peut très bien passer de la première étape à la quatrième et réciproquement. Dieu est le maître et c’est lui qui a l’initiative, à l’âme de se laisser faire, d’être attentive à son action.

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2D. Croire que Dieu est-2

S’ouvrir à la présence de Dieu en soi se fait par divers phases successives, par divers lâcher prise ou détachements et l’âme dans ce cheminement peut se sentir un peu perdue, dépourvue. Il y a encore d’autres lieux de détachement, de conversion. On lit en V 11,13 :

  • « Notez bien que je parle d’expérience : l’âme qui s’engage résolument dans cette voie de l’oraison mentale, et qui peut obtenir d’elle-même de ne pas faire grands cas de ce que les plaisirs et ces tendresses, se consoler ou se désoler, lui fassent défaut, ou que le Seigneur veuille bien les lui accorder, doit savoir qu’elle a déjà couvert une grande partie du chemin ; elle n’a donc pas à craindre de retourner en arrière, pour beaucoup qu’elle bronche, car l’édifice est fondé sur des bases solides. »

 

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Dans cette aventure de la vie de prière qu’est l’oraison on aime bien avoir des repères, savoir si l’on avance. On juge de cette progression au goût que l’on éprouve, aux expériences que l’on fait. Dans les débuts, surtout lorsqu’on arrive à la foi après une conversion, certains ont des fortes joies intérieures de sorte que l’on pense que Dieu et soi, c’est tout un. D’autres peinent pendant de longues années et éprouvent un peu d’inquiétude à la vue du peu de fruits de leur labeur. Or la vie spirituelle n’est pas au niveau du ressenti, de la sensibilité, de l’émotivité. Thérèse nous invite à aller plus loin dans la vie spirituelle, c’est-à-dire dans l’amour. Au milieu du paragraphe précédent V 11,12 elle note :

  • « bouchez-vous les yeux plutôt que de penser : “Pourquoi donne-t-il de la ferveur à celui-là au bout de si peu de jour, et pas à moi, après tant d’années ?“ »

 

Dieu donne, Dieu fait sentir sa présence, c’est important ; mais il attend en retour qu’on l’aime pour lui. La marche à la suite du Christ nous invite à dépasser cette dimension sensible, émotionnelle pour aller plus profond dans la relation à Dieu. Attention, il ne s’agit pas de la nier, de l’occulter. Il s’agit d’aller à un niveau plus profond dans la relation. Thérèse nous invite à aller plus loin que notre ressenti dans ces quelques mots : « qui peut obtenir d’elle-même de ne pas faire grands cas de ce que les plaisirs et ces tendresses, se consoler ou se désoler, lui fassent défaut, ou que le Seigneur veuille bien les lui accorder, doit savoir qu’elle a déjà couvert une grande partie du chemin. »

Il faut vivre tout simplement dans la foi. Jean de la Croix prendra l’image de l’enfant que la mère porte dans ses bras pour l’allaiter. Puis quelque temps après, il devient suffisamment grand et fort, elle le pose par terre pour qu’il marche tout seul. L’enfant porté dans les bras, c’est l’enfant que Dieu nourrit de sa grâce, de ses consolations pour le fortifier. Celui qui marche, c’est celui qui, suffisamment fort et confiant en sa mère, ose faire ses premiers pas et c’est la vie dans la foi, c’est la vie dans l’Esprit qui commence. Cette marche nous entraîne peu à peu vers une expérience de Dieu plus en profondeur, vers une authentique relation dans laquelle on est deux. Écoutons encore Thérèse de Jésus nous dire à la fin de V 11,12 :

  • « et plaise à Votre Majesté de ne pas donner une chose aussi précieuse que votre amour à des gens qui ne vous servent que pour goûter vos plaisirs. » et dans le paragraphe suivant : « Oui, l’amour de Dieu ne consiste pas dans les larmes, ni dans ces saveurs et tendresses que nous désirons souvent pour notre consolation, mais c’est servir Dieu avec justice, force d’âme et humilité. Sinon ce serait recevoir, ce me semble, plutôt que donner nous-mêmes quelque chose. »

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Quand Thérèse parle de l’oraison, elle nous invite à nous y engager avec détermination de telle sorte que rien ne nous arrête, surtout pas l’absence de consolation. Elle parle de s’engager résolument, avec détermination. Elle pense aux âmes qui dans les débuts peinent et s’épuisent à monter l’eau du puits. Elle pense aux âmes qui méditent, qui font travailler l’entendement et ne trouvent que sécheresse :

  • « Mais que fera celui qui au bout de longs jours ne trouve que sécheresse, déplaisir, fadeur, et si peu d’envie de puiser l’eau que s’il ne se rappelait qu’il fait plaisir au Seigneur du verger et qu’il lui rende service, s’il n’hésitait à perdre tout ce qu’il a déjà fait, car il espère encore un gain du grand travail qui consiste à descendre bien des fois le seau dans le puits et à le remonter sans eau, il abandonnerait tout ?… Qu’il prenne donc la décision de ne pas laisser tomber le Christ avec la croix, même si cette sécheresse devait durer toute la vie. Le temps viendra où tout lui sera payé à la fois. »

Elle ajoute V 11,11 :

  • « Ces peines ont leur prix, en personne qui les a endurées de longues années, je sais qu’elles sont immenses… Mais j’ai vu clairement que Dieu ne manque point de beaucoup les récompenser, même dès cette vie, car, vraiment, une seule des heures de celles où le Seigneur m’a accordé depuis ses saveurs me semble avoir payé toutes les angoisses que j’ai longtemps endurées pour persévérer dans l’oraison.

 

  • Je crois à part moi que souvent le Seigneur veut donner au commencement, et d’autres fois sur la fin, ces tourments, et les nombreuses autres tentations auxquelles on est en butte, pour éprouver ceux qui l’aiment, savoir s’ils pourront boire le calice et l’aider à porter la croix, avant de déposer en eux de grands trésors. Je crois que sa Majesté veut nous mener par ce chemin pour notre bien, pour que nous comprenions le peu que nous sommes, car les faveurs qui suivront seront d’une si haute dignité qu’il veut nous donner d’avance l’expérience de notre misère pour qu’il ne nous arrive pas la même chose qu’à Lucifer. »

Les faveurs que Dieu veut nous faire sont si grandes qu’il fortifie les fondations. Alors patience et courage dans la joie de l’espérance.

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2E. La place du corps-2

Le Seigneur veut mettre en nous sa joie, veut agrandir l’âme de façon divine, C’est ce qu’il nous promet surtout dans l’Évangile de St Jean. Thérèse actualise ces promesses et nous encourage sur le chemin.

 

Le but est là, mais sur le chemin il y a des difficultés, des obstacles et tout en nous engageant avec fermeté, car elle attend que celui qui s’engage à l’oraison soit déterminé, résolu, elle nous conduit avec souplesse. C’est tout notre être qui va à Dieu, non pas l’esprit d’un côté, l’âme de l’autre, le corps d’un autre encore. L’homme est un et il faut reprendre une conception plus biblique de notre être dans laquelle le corps et l’âme sont intégrés, comme une pièce avec deux faces.

Les difficultés rencontrées dans l’oraison peuvent venir de difficultés spirituelles, mais aussi corporelles. Thérèse parle d’indispositions corporelles. En V 11,15 :

  • « notre âme, pauvre petite captive, participe aux misères du corps ; et les changements du temps, les accès d’humeur, l’empêchent souvent, malgré elle, de faire ce qu’elle veut, ils la font souffrir de toutes les manières ; et plus on veut lui faire violence à ces moment-là, pis cela est, et plus le mal dure ; il faut au contraire avoir la prudence d’examiner s’il s’agit de cela, et ne pas étouffer la malheureuse… c’est un grand malheur de vivre dans cette misère, sans pouvoir faire ce qu’elle veut, par la faute du si mauvaise hôte qu’est le corps. »

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Elle ajoute qu’il faut en la matière beaucoup de prudence, car il arrive que cet état vienne du démon. Dit autrement, il ne s’agit pas de devenir esclave de son corps mais de tout examiner avec discernement.

Aujourd’hui nous parlerions différemment tant les relations entre le corps et l’âme commencent à être mis à jour. On entend par âme, en gros, nos facultés psychiques. Il y a des résonances multiples qui vont de l’un à l’autre. On parle beaucoup de somatisation. Soma, c’est le corps. Des tensions psychiques raisonnent jusque dans le corps et se fixent en certaines parties souvent déjà fragiles de ce corps. Le corps ne ment pas, il exprime à sa façon ce qui ne peut ou n’est pas encore advenu à la parole.

Mais les clés de lecture sont parfois difficiles à trouver, si tant est qu’on cherche bien à faire la lumière en soi. Il me semble qu’il y aurait là tout un champ d’investigation à explorer. Qu’est-ce que mon corps veut me dire de ce que je suis, du mal être que je porte ? J’ai parmi plusieurs exemples connu une personne souffrant d’une sciatique chronique, or cette sciatique se manifestait surtout après des conflits d’ordres relationnels. Il est grandement probable qu’il y a là un problème physiologique, mécanique à la base, mais la relation avec les problèmes psychologiques est évidente.

Il y a une interaction de différentes composantes qu’il serait peut-être bon de mettre à jour. Qu’est-ce qui est là en jeu ? Pourquoi les tensions se fixent-elles là et pas ailleurs ? Chez ceux ou celles qui se lancent dans la vie contemplative, il y a le même phénomène. L’âme participe aux misères du corps et réciproquement. Et ces épreuves peuvent être de véritables freins au développement de la vie spirituelle.

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On accuse le corps d’être un frein alors qu’il ne vient qu’extérioriser, que manifester un problème plus intérieur, des tensions psychologiques. Je crois qu’il faut surtout regarder le corps comme une caisse de résonance, comme un lieu de concrétisation de ce qui se passe au plus profond de l’âme. La rencontre du frère peut engendrer des tensions, obligé à des conversions. Il en est de même dans la vie spirituelle où l’on s’ouvre au Dieu vivant et donc au Dieu tout autre. Cela passe par des phases de conversion qui engendrent des tensions. Dans cette dimension avec ses connaissances et son vocabulaire, Thérèse vient nous dire qu’il faut ici agir avec doigté. Elle écrit V 11,16 :

  • « Qu’elle serve alors le corps pour l’amour de Dieu, afin que le corps serve souvent l’âme à son tour ; et qu’elle s’accorde la distraction de quelques conversations vraiment saintes, qu’elle aille à la campagne, selon ce que conseillera le confesseur. L’expérience qui nous fait comprendre ce qui nous convient est toujours un grand bienfait, et on sert toujours Dieu. Son joug est doux, la grande affaire est de ne point tirer l’âme à la traîne, mais de la conduire avec douceur, pour son plus grand avancement. »

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Il faut parfois écouter son corps et s’accorder des temps de détente des espaces de liberté comme autant d’exutoire à certaines tensions qui montent du plus loin de nous-mêmes. Mais s’il faut conduire avec douceur, qu’on n’oublie pas de s’interroger sur ce que cela peut signifier…


À Suivre …VII. Dans le silence

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Jean Vanier (fondateur de l’Arche-personnes ayant un handicap) *Prière*Seigneur, bénis-nous de la main de tes pauvres!!

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PRIÈRE DE JEAN VANIER

Ô Marie, donne-nous des cœurs attentifs, humbles et doux pour accueillir avec tendresse et compassion tous les pauvres que tu envoies vers nous.
Donne-nous des cœurs pleins de miséricorde pour les aimer, les servir, éteindre toute discorde et voir en nos frères souffrants et brisés la présence de Jésus vivant.
Seigneur, bénis-nous de la main de tes pauvres.
Seigneur, souris-nous dans le regard de tes pauvres.
Seigneur, reçois-nous un jour dans l’heureuse compagnie de tes pauvres.
Amen !

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Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses*« Il commente cette Parole: Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits »

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« Ce que tu as caché aux sages et aux savants,

tu l’as révélé aux tout-petits »

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      La simplicité est si agréable à Dieu ! Vous savez que l’Écriture dit que son plaisir est de s’entretenir avec les simples, avec les simples de cœur, qui vont bonnement et simplement : « Il fait des hommes droits ses familiers » (Pr 3,32). Voulez-vous trouver Dieu ? Il parle avec les simples. Ô mon Sauveur ! Ô mes frères qui sentez le désir d’être simples, quel bonheur ! quel bonheur ! Courage, puisque vous avez cette promesse que le plaisir de Dieu est d’être avec les hommes simples.

Une autre chose qui nous recommande merveilleusement la simplicité, ce sont ces paroles de notre Seigneur : « Je te bénis, Père, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits ». Je reconnais, mon Père, et je vous en remercie, que la doctrine que j’ai apprise de votre divine Majesté et que je répands parmi les hommes, n’est connue que des simples, et que vous permettez que les prudents du monde ne l’entendent pas ; vous leur en avez caché, sinon les paroles, au moins l’esprit.

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    Ô Sauveur ! Ô mon Dieu ! Cela nous doit épouvanter. Nous courons après la science comme si tout notre bonheur en dépendait. Malheur à nous si nous n’en avons ! Il en faut avoir, mais en suffisance ; il faut étudier, mais sobrement. D’autres affectent l’intelligence des affaires, de passer pour gens de mise et de négociation au dehors. C’est à ceux-là que Dieu ôte la pénétration des vérités chrétiennes : aux savants et aux entendus du monde.

A qui la donne-t-il donc ? Au simple peuple, aux bonnes gens…

Messieurs (mesdames), la vraie religion est parmi les pauvres. Dieu les enrichit d’une foi vive ; ils croient, ils touchent, ils goûtent les paroles de vie… Pour l’ordinaire, ils conservent la paix parmi les troubles et les peines. Qui est cause de cela ? La foi. Pourquoi ? Parce qu’ils sont simples, Dieu fait abonder en eux les grâces qu’il refuse aux riches et sages du monde.

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source: Entretiens spirituels, conférence du 21/03/1659 (Seuil, 1960, p. 587)
http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=commentary&localdate=20090715

 

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Le chemin de L’ORAISON avec Sainte Thérèse d’Avila…Travail proposé par le Frère Yannick…*AIMER*

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2A. Les serviteurs de l’amour-2

Mc 10,17 3e D par 5-7 Les fois précédentes, Thérèse nous parlait de la foi et de l’humilité. Elle voit dans ces vertus le chemin qui nous permet d’accepter notre dépendance puis d’accueillir avec simplicité les grâces du Seigneur. Nous poursuivons la lecture de Thérèse et nous allons voir encore une fois la justesse de son jugement et comment en fait, elle continue de parler de l’humilité sous une autre forme, ce qui va encore nous ouvrir à de grands espaces.

  • V 11,1 « Je vais donc parler maintenant de ceux qui commencent à être les serviteurs de l’amour ; nous ne sommes rien d’autre, ce me semble, lorsque nous décidons de suivre sur ce chemin de l’oraison celui qui nous a tant aimé ; c’est là une si haute dignité que j’éprouve à y penser une joie extraordinaire, la peur servile s’élimine bientôt, si nous nous comportons comme nous le devons dans ce premier état. »

Il va nous falloir peu à peu lire tout ce paragraphe tant la pensée est serrée. Voici donc une première partie que j’ai isolée. Thérèse parle des serviteurs de l’amour. On pourrait croire qu’elle s’adresse uniquement à ses religieuses, mais est-ce bien sûr. Elle nous donne une première réponse quand elle dit : « nous ne sommes rien d’autre, ce me semble, lorsque nous décidons de suivre sur ce chemin de l’oraison celui qui nous a tant aimé » et elle continue d’ouvrir la proposition au paragraphe 3 et 4. Donc tout le monde peut se sentir concerné… L’oraison est un chemin par lequel on peut suivre “celui qui nous a tant aimé. Il y a donc un compagnonnage, une intimité de relation qui se créent qui nous permettent de marcher sur ses pas. J’espère avoir su vous partager au cours des entretiens précédents cet amour qu’a pour nous le Christ et que vous pouvez maintenant ajouter avec Thérèse :

  • « c’est là une si haute dignité que j’éprouve à y penser une joie extraordinaire, la peur servile s’élimine bientôt ».

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Il est certain que lorsqu’on aime on ne calcule pas, on fonce. Cependant Thérèse ajoute :

  • « si nous nous comportons comme nous le devons dans ce premier état. »

Qu’est-ce à dire, sinon qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Elle dit encore :

  • « Ô Seigneur de mon âme, mon Bien ! Pourquoi n’avez-vous pas voulu que l’âme qui décide de vous aimer et s’efforce de tout quitter afin de mieux se vouer à cet amour de Dieu ait immédiatement la jouissance de s’élever jusqu’à cet amour parfait ? Je m’exprime mal.

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  • J’aurais dû dire en gémissant que c’est nous qui ne le voulons pas ; car c’est uniquement par notre faute que nous ne jouissons pas tout de suite d’une si haute dignité ; lorsqu’on arrive à ressentir parfaitement ce véritable amour de Dieu, il apporte avec lui tous les biens. Nous nous prisons si cher, nous sommes si lents à nous donner totalement à Dieu, que devant la volonté de sa Majesté de ne pas nous laisser jouir d’une chose si précieuse sans payer un grand prix, nous hésitons à nous y disposer. »

Dieu se donne donc, mais il attend de nous que nous fassions notre part du chemin. C’est là que les problèmes commencent. Nous sommes aliénés dans notre capacité de donner ou de recevoir et il y a mille lieux de notre être qui sont prétextes à replis sur soi, incapacité à faire un pas de plus. Il vous est peut-être arrivé de mettre votre main dans un cours d’eau. Comment vous y prendriez-vous pour capter le maximum d’eau ? Regardez, si vous fermez le point, il y a un peu d’eau qui reste ; mais plus vous le fermez, moins il en reste. Par contre plus vous ouvrez la main, plus vous pouvez capter d’eau, au risque de tout perdre ! Mais comme la main reste dans le cours d’eau, elle se remplit immédiatement…

Deux remarques à partir de cette image : Pour que cela marche, il faut maintenir la main dans le courant. Jésus nous appelle à demeurer en son Amour, à quitter notre petit moi pour s’ouvrir à sa présence. Humilité. Puis, il faut consentir à ouvrir la main.

Simplement consentir et c’est tout un travail. Pour que le sarment porte plus de fruits, il sera émondé, nous dit St Jean. Foi. Il en est ainsi de la vie spirituelle. On décide souvent de tout donner, mais au bout d’un certain temps on s’aperçoit que la main n’est pas tout à fait ouverte. Il n’y a rien d’étonnant, la vie de foi n’est pas un concept intellectuel, mais une dynamique, Jésus nous entraîne à sa suite. Il s’agit de vivre Dieu, de recevoir Dieu en soi et c’est impliquant. Viens et suis-moi, cela se conjugue au présent et c’est quitter son confort et ne trouver son aise qu’en Dieu. Pour certains, ce sera d’être auprès des plus pauvres, pour d’autre ce sera la vie d’oraison.

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J’ai l’air ici d’opposer ici deux réalités qui ne font que se compléter en réalité. Les grands noms de la vie apostolique sont souvent ceux qui ont une forte vie d’oraison. De Jean Paul II à mère Térésa, voyez, c’est le même travail en fait qui se passe. La relation à Dieu nous place face au tout autre, la relation au pauvre nous place en face de l’autre. C’est un même mystère, et cela engage le même travail intérieur de purification, de détachement de soi pour s’ouvrir à l’autre. Et ce travail de don et de détachement de soi, un père ou une mère de famille ne sont-ils pas amenés à le vivre autant qu’un religieux ou qu’une religieuse ?

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2B. Il faut de la détermination-2

Thérèse de Jésus se demandait pourquoi une âme qui apparemment se donne à Dieu totalement n’a pas la jouissance de s’élever jusqu’à cet amour parfait. Elle fait simplement remarquer que notre don n’est qu’apparent, et au chapitre 11, elle pense à ses sœurs en religion, elle dit qu’il ne suffit pas d’avoir fait des vœux, il faut les vivre. Or elle constate que l’âme est si fragile qu’aussitôt la première ferveur passée, l’âme récupère peu à peu tous ses biens. L’engagement religieux, comme la vie baptismale, ne sont pas des événements qui se conjuguent au passé, mais au présent. C’est aujourd’hui que je suis baptisé, que je vis mon engagement religieux. Au paragraphe de V 11,2, elle ne fait pas de cadeaux et elle enchaîne :

  • « Nous décidons d’être pauvres, et c’est un grand mérite, mais nous sommes bientôt repris par nos inquiétudes, à nouveau nous faisons diligence pour ne point manquer non seulement du nécessaire, mais du superflu et acquérir des amis qui nous le procurent ; nous nous mettons davantage en soucis, et, d’aventure, en danger, par crainte de manquer, que nous l’étions naguère, lorsque nous possédions des biens. Nous croyons aussi avoir renoncé à l’honneur en entrant au couvent, ou débuté dans la vie spirituelle en recherchant la perfection, mais à peine touche-t-on à notre point d’honneur que nous oublions l’avoir déjà remis à Dieu… »

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Il est plus facile de parler des autres que de soi, non ? Mais que fait Thérèse de Jésus sinon contester notre façon de vivre par trop narcissique. Nous nous mettons en soucis pour avoir un appartement confortable, une belle auto. Tout s’organise autour de la prestance, et l’on se fait esclave d’une mode, plus que les maîtres et l’on finit par en perdre la paix. Ce n’est plus nous qui dominons le monde, c’est lui qui sournoisement empiète sur notre vie privée et nous met à genoux. Comment dès lors pouvoir s’organiser dans ce monde pour en être le maître, pour être le maître de notre destinée ? Cela suppose une hygiène, un choix de vie. On ne peut se complaire dans les soucis, dans l’angoisse et trouver la paix dans son cœur.

Il faut le rappeler : le péché, c’est une recherche de bonheur qui se trompe de direction. Le point de départ est bon, mais on se trompe de cible et l’on finit par se faire souffrir inutilement. Parce que le but fixé, c’est bien le bonheur !

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  • V 11,3 : « Jolie façon de chercher l’amour de Dieu ! Et nous voulons l’obtenir immédiatement, avoir, pour ainsi dire, les mains pleines. Nous voulons garder nos affections, puisque nous ne cherchons pas à réaliser nos désirs, et que nous ne parvenons pas à les élever de terre et avec cela l’abondance des consolations spirituelles ; cela ne va pas, et je ne crois pas que ce soit compatible. C’est donc parce que nous n’arrivons pas à tout donner à la fois qu’on ne nous donne pas ce trésor tout entier. »

Cela, Christian Bobin, dans le Très Bas, le formule magnifiquement : « Trois mots vous donnent la fièvre. Trois mots vous clouent au lit : changer de vie. Cela c’est le but. Il est clair, simple. Le chemin qui mène au but, on ne le voit pas. La maladie, c’est l’absence de chemin, l’incertitude des voies. On n’est pas devant une question, on est à l’intérieur. On est soi-même la question. Une vie neuve, c’est ce que l’on voudrait mais la volonté, faisant partie de la vie ancienne n’a aucune force. On est comme ces enfants qui tendent une bille dans leur main gauche et ne lâchent prise qu’en s’étant assurés d’une monnaie d’échange dans leur main droite : on voudrait bien d’une vie nouvelle, mais sans perdre la vie ancienne. » Ce n’est pas un appel à tout vendre et à aller sur une île déserte.

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Il ne suffit pas de se promener tout nu sur la plage, cela ne change pas le cœur. C’est la ferveur des commençants à qui tout paraît possible. Vienne l’épreuve du temps qui vérifie et partage l’ivraie du bon grain, l’imaginaire du réel : le démon qui nous empoisonne est en fait dans notre cœur et il faut l’en faire sortir. Ce que à quoi nous invite Thérèse de Jésus c’est à la conversion de l’Évangile, là où nous sommes, et d’abord dans ce combat de nous-mêmes contre nous-mêmes. Ce n’est pas l’autre qu’il s’agit d’abord de convertir pour se rassurer, mais soi. V 11,4 : « Si le débutant s’efforce, avec la faveur de Dieu, d’atteindre au sommet de la perfection, je crois qu’il n’arrive jamais seul au ciel, mais qu’il y emmène beaucoup de gens derrière lui. »

« Que rien ne te trouble que rien ne t’effraie, tout passe Dieu ne change pas, la patience obtient tout Celui qui a Dieu ne manque de rien Dieu seul suffit. » P 9

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2C. Il arrache et plante-2

Thérèse nous l’a fait comprendre plusieurs fois déjà qu’on ne peut aimer Dieu et le monde, le monde dans ce qu’il a d’enfermant, d’étroit, d’égoïsme, de mensongeElle nous a dit que l’oraison était un chemin qui permettait de suivre celui qui nous a tant aimé et qu’un commerce d’amitié allait tout doucement s’organiser, mais que cela ne se ferait pas sans de grandes difficultés, surtout au début. Maintenant que nous dit-elle de plus ?

  • V 11,6 : « Le débutant doit concevoir que le terrain où il entreprend de cultiver un verger où se délectera le Seigneur est très ingrat, plein de mauvaises herbes. Sa majesté arrache les mauvaises herbes et doit planter les bonnes. Sachons que cela est déjà fait quand une âme décide de faire oraison et qu’elle a commencé. Avec l’aide de Dieu, nous devons tâcher, en bons jardiniers, de faire pousser ces plantes, prendre soin de les arroser pour qu’elles ne meurent point, mais donnent un jour des fleurs dont se réjouira Notre-Seigneur. »

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La tournure de la phrase est curieuse : « Sa majesté arrache les mauvaises herbes et doit planter les bonnes. Sachons que cela est déjà fait quand une âme décide de faire oraison et qu’elle a commencé. » L’âme décide donc de faire oraison et elle commence ; au dire de Thérèse cela correspondrait en fait à l’action du Seigneur en elle. Deux sujets différents pour une même action, c’est assez difficilement compréhensible. Il faut savoir ou c’est l’âme ou c’est le Seigneur ! Pour que l’articulation des deux phrases se tienne, il faut entendre que faire oraison ne peut correspondre qu’à un appel du Seigneur, une action spécifique de l’Esprit-Saint dans le cœur d’une personne.

L’âme se contente de coopérer à cet appel lorsqu’il est entendu, car Dieu ne cesse d’appeler. Cependant si tout le monde est appelé à la prière, tout le monde n’est pas forcément appelé à faire les deux heures d’oraison quotidiennes vécues au Carmel, tant chez les moniales que chez les religieux. C’est Dieu qui met au cœur ce désir de le rencontrer, ce désir de marcher avec lui, tout près de lui.

  • 1Co12,4-7 « Il y a diversité de dons, mais le même Esprit ; diversité de ministères, mais le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous. Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune. »

Là encore il est bon de préciser que quelqu’un engagé dans le monde peut se sentir appelé à cette quête et qu’il ne pourra pas avoir deux heures, ni même une heure de libre. Que fera-t-il alors ? J’aurais envie de préciser en la matière, que la vie n’est pas faite que de compétitions à gagner, en ce sens que le but de l’oraison n’est pas de faire tant de minutes d’affilée, chrono en main.

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On ne juge de la qualité de son oraison au temps passé, mais à la paix reçue, mais à la foi plus forte, mais à la charité renouvelée. Ce serait autrement mal comprendre ce qu’est la prière et donner trop de place à l’esprit du monde. Dieu est amour et vérité, ce n’est pas en se faisant illusion qu’on progressera à sa rencontre. Ce qui compte, c’est la qualité de la relation.

Prendre par exemple dix fois cinq minutes au cours d’une journée sera beaucoup plus profitable pour que le Seigneur grandisse dans le cœur que vouloir à tout prix prendre une heure parce qu’on a vu les autres faire comme cela et qu’on veut en faire autant.

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La vie spirituelle n’est pas une question de mayonnaise, mais une question de cœur et c’est d’ailleurs là que le Seigneur nous attend. La pratique de l’oraison apprendra en fait qu’il ne s’agit pas uniquement de réserver un temps dans la journée, de découper sa journée en rondelles de saucisson, bien séparées les unes des autres en se disant après que je suis quitte, que j’ai fait mon devoir, que j’ai réussi à caser toutes mes petites affaires, que j’ai réussi à tenir autant de temps. Dieu n’est pas là et il se jouera bien de nous si nous l’enfermons dans ce genre de petites boîtes.

 

Encore une fois la vie de prière n’est pas une question de techniques. Vous constaterez aussi qu’il suffit de s’isoler quelques minutes pour que toute la journée, ou plus, reflue dans la pensée : les tensions, comme les joies, les moments loupés comme ce qui a bien marché. Tout revient pêle-mêle. Cela veut dire en fait que c’est toute ma journée qui doit être peu à peu bâtie, convertie, vécue plus en accord avec l’Évangile pour que je puisse le soir ou le matin me retrouver devant le Seigneur en paix.

Dans cette ligne-là, il est bon d’isoler une ou deux choses seulement pour ne pas se perdre et à partir de cette constatation de répétitions d’événements mal vécus, on peut se poser de très bonnes questions sur la nature de nos failles. On peut faire les mêmes constatations pour ce qui a été positif et qu’il faut savoir reconnaître…

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Pourquoi l’enseignement sur la prière en St Mt 5-7, se trouve-t-il au centre de ce qu’on appelle le Sermon sur la Montagne ? C’est aussi toute la dynamique de prend Thérèse de Jésus lorsqu’elle rédige le Chemin de la Perfection.

Elle nous dit qu’elle va parler de l’oraison, qu’elle se prépare à en parler, et en fait il faudra attendre la moitié du livre pour qu’elle commence à en parler. Que fait-elle avant ? Elle prend le temps d’en placer les fondations qui sont l’amour du prochain, le détachement du créé, la véritable humilité. Tout un programme n’est-ce pas ? Une petite précision, il ne faut pas attendre d’être arrivé pour se mettre en chemin, mais l’inverse, il faut oser se mettre en chemin pour arriver.

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2D. Oraison et mérites-2

  • V 11,6 « Avec l’aide de Dieu, nous devons tâcher, en bons jardiniers, de faire pousser ces plantes, prendre soin de les arroser pour qu’elles ne meurent point, mais donnent un jour des fleurs dont se réjouira Notre-Seigneur. »

Pour Thérèse arroser les plants que le Seigneur a mis dans le jardin c’est la part de l’oraison. Il y a l’appel à une vie d’oraison, une quête de Dieu qui vient du fond de nous-mêmes et il y a le principe de réalité, le choix de vie que je fais. Comment vais-je pouvoir répondre aux appels du Seigneur dans ce choix de vie ? Car c’est bien à moi de faire ce choix ! En ce qui concerne la vie d’oraison, est-ce que je vais pouvoir consacrer plusieurs fois cinq minutes, une demi-heure, plus ?

Il y a en moi l’expression d’un désir, il a le principe de réalité. Et souvent un conflit résultera de ce processus, conflit qui orientera un choix de vie, un peu moins de temps ici un peu plus là, peut-être même jusqu’à la question de la vie religieuse, pourquoi pas ? Avec Thérèse, nous poursuivons notre marche. Il s’agit d’arroser le jardin, mais alors comment pouvons-nous procéder ? Thérèse nous en montre quatre, qu’elle assimile à quatre degré d’oraison : V 11,7-8

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  • Tirer à grand peine l’eau d’un puits ;
  • En tirer plus à moindre peine avec une manivelle ;
  • Amener directement l’eau d’une rivière ou d’un ruisseau, ce qui arrose mieux car la terre se gorge mieux d’eau et on n’a pas besoin d’arroser si souvent ;
  • Enfin laisser la pluie faire son travail sans que nous ne prenions aucune peine, c’est alors l’œuvre du Seigneur lui-même, et c’est de beaucoup préférable à tout ce que j’ai dit. Il est bon là encore de faire attention à la pensée de Thérèse et de lire le texte avec lenteur. En effet derrière la simplicité des images se cachent quelques vérités. Il semblerait que l’on passe du labeur au laissé faire.

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  • On s’aperçoit que la vie spirituelle n’est pas une question de mérites. Elle n’est pas du donnant donnant et Thérèse de Lisieux nous l’a bien montré. Elle est une question de don dans la gratuité et ce, depuis la création de l’homme. Dieu est Vie, et la Vie de Dieu jaillit en Don, en fruits de l’Esprit. Dieu n’est pas castrateur, mais donateur de Vie.

 

  • À nous de savoir être attentifs aux dons qu’Il nous fait. C’est pourquoi, dans la vie d’oraison on peut s’être évertués à “tirer à grand peine l’eau d’un puit“ pendant de longues années et on peut avoir, en même temps, passer à côté du don que Dieu veut nous faire de sa présence. On va souvent chercher midi à quatorze heure.

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  • Thérèse de Jésus et Jean de la Croix nous aident à vivre cette dimension de la prière avec plus de simplicité, mais à la condition d’une avancée dans la vie théologale plus ferme, c’est-à-dire une foi, une espérance, une charité plus vive. Dieu vient sonner à notre porte à toute heure et l’on peut à la fois êtres très occupés à penser à Lui et ne pas reconnaître que c’est Lui qui est en train de frapper.

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  • Il faut aller jusqu’à laisser notre savoir sur Dieu pour connaître Dieu. Dans ce monde un peu obscur parfois, les éclats de lumière, les clins d’œil de la vie sont autant de repères, d’encouragements pour qui sait les voir. Tout peut être chemin vers la prière. Ici Thérèse nous dit qu’on arrive à tirer l’eau du puits, c’est-à-dire avec une corde et un seau, mais à grand peine et que c’est assez peu efficace en fait.
  • Dit autrement, ce n’est pas parce qu’on fait des efforts, des prouesses spirituelles qu’on travaille bien, qu’on est plus près de Dieu, même si ces efforts sont nécessaires au début. On pourrait même aller jusqu’à dire, en lisant pas à pas, que moins l’âme fait de travail, mieux elle se porte, plus elle laisse de place au Seigneur et le travail est mieux fait.

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  • Notez que Thérèse ne dit pas de ne rien faire et d’attendre que les choses viennent, ce qui serait du quiétisme ou de l’insouciance. Il y a une image dans la vie monastique qui court pour parler de la vie spirituelle, pour parler de celui qui chercher Dieu et n’arrive pas à le trouver. On compare la vie spirituelle à un escalier qu’on va gravir. Les marches correspondent aux différentes phases de la vie ascétique, plus on les gravit plus on s’approche de la porte qu’il s’agit d’ouvrir, car derrière il y a Dieu. Ce travail est à faire.

 

  • Alors évidemment à coup de volonté on finit bien un jour par y arriver à cette porte et avec la même détermination que l’on a mise pour gravir les marches, on empoigne cette porte et on pousse. On pousse, jusqu’à épuisement. C’est un peu le combat de Jacob. Finalement à bout de fatigue, on finit par lâcher prise, descendre quelques marches, un peu d’humilité ne fait pas de mal, et s’asseoir, découragé. C’est alors que la porte s’ouvre !

Mais dans l’autre sens… Il était important qu’on gravisse les marches, que l’on essaye d’ouvrir la porte. Tout cela nous a enrichis sur la connaissance de nous-mêmes, sur l’exercice des vertus, sur la connaissance de Dieu. Il faut du temps pour que nous puissions récolter les fruits de notre labeur et que nous nous disposions à recevoir Dieu, gratuitement et que nous puissions commencer à nous donner à lui gratuitement. Il faut du temps pour construire une relation.

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2E. Arroser le jardin-2

Thérèse commence à nous parler de quatre formes d’oraisons possibles. Elle prend la comparaison du jardinier voulant arroser son jardin. A l’introduction de ce V 11, elle écrivait : « Ce chapitre est très utile aux débutants et à ceux qui ne goûtent pas les saveurs de l’oraison. »

Puis elle constatait que c’est tout d’abord parce qu’on ne se donne pas totalement à Dieu que Dieu ne se donne pas totalement à nous. On voudrait recevoir sans trop prendre de risque en osant la confiance.

Suivent donc les quatre façons d’arroser. Ici, on peut pousser le raisonnement de Thérèse comme suit : avec la première nous peinons beaucoup, mais au moins nous avons l’impression de faire quelque chose, de ne pas perdre notre temps. Nous avons vraiment l’impression de nous donner à lui, mais cette impression est en fait subjective, basée sur notre activité, non sur l’efficacité du travail.

Avec les deux ou troisièmes autres nous faisons de moins en moins, mais nous avons encore l’impression d’être pour quelque chose à l’arrosage du jardin. Nous avons soit tourné une manivelle, soit détourné une partie du cours d’eau jusqu’au champ. On peut cependant le remarquer, le travail se fait d’autant plus efficacement que nous avons une part active moindre.

Avec la quatrième, nous attendons que tout vienne du ciel, aux deux sens du terme, d’en haut, de Dieu et surtout nous le laissons faire. Il faut s’être en fait longuement exercé dans la vie spirituelle pour incarner cela dans le quotidien. Quand le Seigneur agit tout reste rutilant de son passage. Que ce rien faire ne fasse pas illusion cependant.

Relisez la vie de Thérèse d’Avila, et vous verrez le nombre de fronts ou de chantiers à traiter qui s’ouvraient en même temps devant elle… Ces quatre façons d’arroser que nous présente Thérèse marquent des seuils dans la vie d’oraison, des passages. Il y a des moments de conversion internes à la vie d’oraison qui permettent d’accéder à des capacités de goûter et de sentir Dieu différemment.

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L’image que prend Thérèse montre que cela correspond à une présence de Dieu de plus en plus marquée. Dieu se prépare un nid en notre cœur, il respecte notre chemin et prend le temps. Cependant, ces passages ne vont pas toujours de soi et l’âme peut se sentir un peu désorientée dans les débuts. Ses repères changent, il lui est bon de faire moins et de laisser la place au Seigneur et parfois l’âme se demande un peu où elle en est.

Parce que ne croyez surtout que comme Thérèse vous allez avoir des apparitions de Dieu avec une carte à la main pour vous montrer où vous êtes ou que vous verrez des phénomènes surnaturels et que c’est là-dessus que vous allez vous appuyer pour avancer. On a tendance à réduire Dieu à nos fantasmes.

Or Dieu est vivant et vrai : donc il résiste au mensonge. Si vous vous engagez avec de tels désirs, vous encourez de gros risques et vous vous faites de belles illusions et cela n’a pas été le chemin de Thérèse : V 11,13 :

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  • « Oui, l’amour de Dieu ne consiste pas dans les larmes, ni dans ces saveurs et tendresses que nous désirons souvent pour notre consolation, mais c’est servir Dieu avec justice, force d’âme et humilité ».

C’est uniquement par la foi, l’espérance et la charité qu’ici-bas on s’unit à Dieu. Relisez l’épître au Cor 12 et 13. Or les passages d’un mode d’oraison à un autre exigeront simplement une plus grande qualité de ma foi, de mon espérance, de mon amour pour lui. C’est simple en soi et c’est là qu’il y a souvent toute la difficulté.

La progression dans l’union à Dieu est là. Mais cette progression engage toute ma vie, tout mon être parce que c’est une progression dans la relation à l’autre, moyennant foi, espérance et charité. D’où les hésitations, les moments de sécheresse, où l’on croit reculer alors qu’il n’en est peut-être rien. S’engager dans la vie de foi fait parfois un peu peur quand on s’agrippe à la logique humaine.

Là il s’agit de se laisser porter par le vent. Tout va bien tant que l’on est près de la côte, le fait de la voir bouger nous donne une vitesse relative du bateau. Mais quand peu à peu elle s’éloigne, les repères s’estompent et il faut faire confiance au vent, lui remettre notre sort. Nous n’avons qu’un seul moyen de contrôle pour savoir si nous progressons et Thérèse le soulignera : l’amour du prochain.

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Sur ce parcours, nous opposons de nombreux freins à l’action du Seigneur. Il faut apprendre de lui le chemin de la confiance. Cela va à l’encontre de notre société qui veut qu’on s’assure de tout, sur tout et qui demande des preuves. On s’assure pour la mort, pour sa carte bancaire, pour son chat… et trouve-t-on réellement la paix ?

Est-ce cela le remède à notre angoisse ? Ici, dans la vie d’oraison, il n’y a pas de compagnie d’assurance, il y a l’apprentissage de la confiance comme l’enfant quand il exerce ses premiers pas. Avancer, c’est aller de déséquilibre en déséquilibre, et c’est cela l’apprentissage de la foi, de la foi vive.

C’est là que nous trouvons notre paix et notre réconfort.


À Suivre …VI. Un chemin de foi

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Publié dans Le chemin de l’oraison-commenté par Frère Yannick | Tagué

*Le Purgatoire,dès ici-bas*-Vidéo (17 min 22) Enseignement du Père Jean-Louis Barré s.m.

*Le Purgatoire, dès ici-bas*-Enseignement du Père Jean-Louis Barré s.m.

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À ma demande, le Père Jean-Louis Barré a accepté de nous donner un enseignement sur *Le Purgatoire* Nous étions loin de penser que cet enseignement se ferait sur un lit d’hôpital.

Le Père Jean-Louis est rentré le 12 novembre aux urgences de l’hôpital à 15h et il a été pris en charge à 1 h du matin pour entrer en dermatologie le 13 novembre avec risques de complications du type œdème cérébral…Je lui avais demandé de nous donner un enseignement sur le Purgatoire et voilà que des amis qui l’ont visité à l’hôpital ont aussi fait cette demande. Voilà pourquoi le Père Jean-Louis nous donne cet enseignement à partir de son lit d’hôpital. (Rectification: Lorsqu’il fait référence au Pape, il se trompe en disant le Pape Jean-Paul II il voulait dire le Pape François…)

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Il m’a dit : La douleur à commencer le mercredi soir au sinus côté gauche du nez, puis le jeudi à la peau du visage juste avant de célébrer la messe jeudi soir. Ça repris le lendemain vendredi à la Rue du Bac Chapelle de la médaille miraculeuse. Et le samedi matin sur Orléans, c’était trop avancé.

Mon Dieu je te demande de protéger le Père Jean-Louis et Toi Vierge Marie donne-nous à tous la grâce de l’humilité…la Tienne Marie !

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Publié dans Le Purgatoire dès ici-bas | Tagué ,

Le chemin de L’ORAISON avec Sainte Thérèse d’Avila…Travail proposé par le Frère Yannick…*Le chemin du cœur…*

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2A. Prendre un peu de temps-2

La toute première démarche de la vie d’oraison est d’oser accueillir les désirs qui montent du cœur comme l’expression d’une quête essentielle, nous nous y sommes arrêtés la fois précédente. C’est ce désir reconnu comme sien et comme possible à vivre qui met en mouvement.

  • V 8,5 « Si on persévère, je mets mon espérance en la miséricorde de Dieu, puisque nul ne l’a pris pour ami sans qu’il l’ait récompensé ; l’oraison mentale n’est rien d’autre, à mon avis, qu’un commerce d’amitié où l’on s’entretient souvent et intimement avec Celui dont nous savons qu’il nous aime. »

Nous n’avons pas encore fait le tour de tout ce que renferme cette définition de Thérèse. Je m’y arrête longuement avec vous tant cela est fondamental pour commencer et persévérer dans la vie de prière. Le commerce d’amitié fréquent et intime suppose que l’on prenne du temps. Or le temps, notre temps, c’est un bien précieux parce que court. Les journées sont courtes et trouver du temps, un peu de temps, c’est difficile.

Sauf quand il y a un match de foot à la télé, sauf quand il s’agit d’acheter un ordinateur, sauf quand… Je ne continue pas la liste. Ce que je voudrais faire sentir par-là, c’est que tout ce que nous entreprenons ou faisons est une question de motivations. Vous pourriez m’objecter que ce qui peut faire la difficulté de la vie d’oraison, c’est que justement l’urgence est quotidienne et que trouver un temps régulier chaque jour cela n’est pas évident.

Je voudrais cependant vous répondre en témoignant que la prière est d’une urgence capitale dans une période où tout semble se disloquer et que prendre du temps pour recoller les morceaux, pour se pacifier, s’unifier, ce n’est pas perdre son temps.

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  • « Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et je vous soulagerai. » dit Jésus. Mais avant de se donner, Dieu demande un peu d’effort de notre part et de la persévérance.

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  • V 8,9 « Comme il sera beaucoup parlé de ces plaisirs que le Seigneur donne à ceux qui persévèrent dans l’oraison, je n’en dis rien ici. Je dis seulement que l’oraison est la porte des si grandes faveurs qu’il m’a faites ; lorsqu’elle est fermée, je ne sais comment Il peut les accorder ; car bien qu’il veuille venir se délecter dans une âme et la choyer, il n’en trouve pas l’accès, alors qu’il la veut seule, limpide, et désireuse de recevoir ses faveurs. Si nous lui opposons beaucoup d’obstacles sans rien faire pour les supprimer, comment viendra-t-il à nous ? Et nous voulons que Dieu nous fasse de grandes faveurs ! »

 Dit autrement quel choix de vie voulez-vous faire ? Comment voulez-vous employer votre temps ? Car le choix de la prière revient à cela… Thérèse semble nous demander alors un gros sacrifice, celui de prendre du temps, un peu de temps. Au début c’est difficile, c’est vrai ; puis quand on a pu trouver un rythme, cela devient plus facile. Lorsque les activités le permettent, trouver un temps régulier, à la même heure dans le même lieu, c’est une grande force. Notre organisme a besoin de rythme.

  • Mt 6,6 « Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » Voyez comment Thérèse dit sous d’autres mots ce que nous enseigne Jésus. Jésus dit d’entrer dans sa chambre, de fermer la porte aux bruits du monde, aux préoccupations.

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  • Thérèse nous dit que Dieu veut l’âme “seule, limpide et désireuse de recevoir ses faveurs. “ Il y a un préambule important qui peut nous aider à passer de notre journée agitée à un calme propice au recueillement, c’est essayer de se détendre. C’est une première façon d’entrer dans la chambre dont nous parle Jésus. Car vous le comprenez bien sous les images, Jésus nous indique avant tout un cheminement du cœur.
  • Le même qu’à fait Zachée et Luc 19. Il est passé du bruit de la place publique, à sa maison pour accueillir Jésus dans son intimité. Comme Zachée nous sommes invités à passer du bruit de la ville, de notre mental, à la paix de la maison. La détente, la relaxation, le jeu avec les enfants peuvent nous mettre sur cette route, nous préparer à cette intimité. Attention, il suffira que vous preniez un peu de temps gratuit pour que mille tâches urgentes vous assaillent l’esprit. Mais l’urgence est-elle réelle ? Il y aura donc à s’exercer à une forme de lâcher prise. D’autant que l’avenir du monde n’est peut-être pas en jeu !…

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  • C 23,2 « Les brefs instants que nous nous décidons à lui accorder sur le temps que nous gaspillons à nous occuper de nous et de gens qui ne nous en seront nullement reconnaissants, donnons-les-lui d’un esprit libre et dégagé de tout le reste, et la ferme décision de ne jamais les lui reprendre, malgré les peines que cela peut nous causer, les difficultés, les sécheresses… »

Le temps d’isolement peut très bien être vécu dans le métro, même si les conditions ne sont pas idéales. On est très isolé dans le métro. Les mètres carrés sont parfois très chers et il faut batailler pour gagner sa place, mais on est très seul, très isolé… et puisque la prière nous invite à nous isoler autant en profiter. Mais c’est pour trouver une présence. Zachée aussi était seul, isolé. Il est sur la place publique, Jésus passe, il ne peut le voir à cause de la foule et de sa petite taille.

 Personne ne fait attention à lui, sinon Jésus. Jésus en s’invitant chez lui le fait passer de l’isolement à la solitude de sa maison. Cette solitude avec Jésus rayonne d’une présence, d’une rencontre, et tout change. « Prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » nous dit Jésus. Alors nous pourrons sourire à ceux qui nous entourent et faire du métro un lieu de vie…


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2B. Un exercice du cœur-2

Nous nous sommes arrêtés hier à cette phrase de Jésus en Mt 6 « prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » Nous avons donc pris un peu de temps, nous avons pu nous isoler. J’ouvre une petite parenthèse : Est-ce nécessaire de laisser le téléphone sonner et d’y répondre, ne pouvez-vous pas le débrancher quelques minutes ou mettre le répondeur ? Peut-être n’y a-t-il rien d’urgent ?

Parce que si vous le laissez fonctionner, c’est justement à ce moment-là qu’il va sonner… Donc tout est prêt, vous avez un peu de temps, alors surtout soyez simples avec le Seigneur, ne soyez pas tributaires des convenances. Il est important que le corps ne soit pas une gêne ou qu’il gêne le moins possible. Alors, si être allongés sur la moquette, dans le lit, assis sur un petit banc ou en train de marcher, cela n’a d’importance que si vous êtes à l’aise, le plus possible du moins car je pense aux malades à l’hôpital. Dieu ne fait pas fi des situations pourvu qu’on lui réserve un peu de son temps et de son cœur. Il s’agit maintenant de s’adresser à Dieu et les apôtres demandent à Jésus comment prier. Celui-ci leur enseigne la prière du Notre Père.

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 Il y a certes plusieurs manière de se recueillir et Thérèse elle-même est libre par rapport à cela, elle en utilisera plusieurs selon les circonstances. Cependant, elle s’arrête longuement sur la prière du Notre Père dans le Chemin de la Perfection à partir du ch 27. Avant de nous aider à méditer sur cette prière, elle écrit en préliminaires au C22,1,3, et c’est à ce niveau que je vous convie :

  • « il est bon de considérer à qui vous parlez et qui vous êtes… » « Qui peut dire que nous avons tort de commencer par nous demander à qui nous allons parler et qui lui parle, afin de savoir quel titre nous allons lui donner ? »
  • C 22,4 : « L’humilité de ce Roi est telle que si en personne grossière je ne sais lui parler, cela ne l’empêche pas de m’écouter, il ne m’empêche pas de l’approcher, ses gardes ne me chassent point ; les anges qui sont là connaissent bien le caractère de leur Roi, qui préfère la grossièreté d’un humble petit berger dont il voit qu’il en dirait plus s’il en savait plus, aux élégants raisonnements de grands savants et doctes hommes, s’ils ne sont pas accompagnés d’humilité. Mais ce n’est pas parce qu’il est bon que nous devons être discourtois. »

Et Thérèse entend par discourtois, ceux qui font une chose et pensent à une autre. Elle propose comme clé de lecture C 22,8

  • « Mais ne parle pas à Dieu en pensant à autre chose, ce serait ne point comprendre ce que c’est que l’oraison… »

Et  elle ajoute car ce serait ne point comprendre qui l’on s’adresse.

  • C 24,2 « car il ne faut pas qu’on puisse dire de nous que nous parlons sans comprendre ce que nous disons, sauf s’il nous semble suffisant de suivre une habitude, en nous contentant de prononcer les mots, et que cela suffise… Ce que je voudrais que nous fassions, c’est ne point nous en contenter ; car quand je dis Credo, il me semble juste de comprendre et de savoir ce que je crois, et quand je dis Notre Père, l’amour consistera à comprendre qui est ce Père, et qui est le maître qui nous a enseigné cette prière. »

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Pour Thérèse, l’exercice de l’oraison est un exercice du cœur non un exercice de l’intelligence. Ce que l’on dit doit descendre dans le cœur ou provenir du cœur. Attention : Thérèse ne se situe pas au niveau de l’émotion quand il s’agit d’aimer Dieu. Elle ne dit pas non plus que l’intelligence ne sert à rien. Mais elle dit qu’il est capital pour entrer dans la prière d’oraison de s’exercer à l’amour, de considérer celui à qui on s’adresse non pas seulement de mots, ni d’intelligence, mais avec amour. Pour cela, l’exercice de la connaissance de Dieu est fondamental. En plus de la Bible, il y a sur le marché d’excellents livres qui nous aident à mieux comprendre qui est Dieu comme celui de Jean-Noêl Besançon dont le titre provocateur dit bien ce dont il s’agit : “Dieu n’est pas bizarre“, éd. Bayard/Centurion.

Ce pourrait être un bon livre pour commencer votre oraison. Il ne s’agit pas là de lire un roman, mais de laisser la lecture imprégner notre cœur, le nourrir.

« Cette divine prison De l’Amour avec lequel je vis a fait mon Dieu captif et libre mon cœur ; Et voir mon Dieu prisonnier Cause en moi une passion telle Que je meure de ne pas mourir. »

 

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2C. De la tête au cœur-2

Thérèse nous invitait à nous exercer à l’amour par nos lectures, nos méditations. Elle nous invitait à considérer qui était celui à qui nous adressions. Elle faisait remarquer que la connaissance intellectuelle n’était pas suffisante, mais qu’il s’agissait d’éveiller notre cœur par une meilleure connaissance de Dieu. Un jour la grâce peut passer plus fort, Dieu semble répondre d’une manière significative à nos efforts et peut se servir des moindres événements, joie, souffrance, regard croisé… Ce fut le cas pour Thérèse à la vue d’une statue du Christ, une statue qu’elle avait pu maintes et maintes fois contempler. Cette fois-ci, son cœur fut touché et la vue de cette statue lui inspira une grande dévotion. Depuis son mode d’oraison a pris une intensité nouvelle :

  • V 9,3 « Comme je ne pouvais discourir avec l’entendement, mon mode d’oraison était de tâcher de me représenter le Christ en moi, et je me trouvais mieux, ce me semble, de le rejoindre là où je le voyais le plus solitaire. Il me semble que lorsqu’il était seul et affligé comme un indigent, il devait me recevoir. J’avais souvent de ces simplicités… »

Ce n’est plus la méditation du Notre Père qui lui servait pour se recueillir, mais la contemplation du Christ. La vie de son Dieu souffrant d’amour pour elle excitait en retour sa dévotion et une relation intime pouvait s’engager entre elle et Lui. Les méthodes d’oraison préconisées à son époque limitaient l’exercice de l’âme à la méditation des mystères de la Passion du Christ sans chercher à élever le cœur à quoi que ce soit de divin. Dans les Relations 4, elle précise :

  • « sans songer jamais à quoi que ce soit de divin : elle ne considérait que les créatures ou les choses qui l’éclairaient sur la brièveté de tout au monde. »

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Cette méditation discursive lui apparaissait comme essentiellement un exercice de l’intelligence et croyait que toute l’affaire était dans la pensée. Et certes il y a des personnes pour qui ce type de méditation est quasi naturelle.

Il y en a qui ont la capacité par la pensée d’échafauder quantité de schémas et ce type de méditation ne peut que renforcer leur tempérament sans les faire progresser dans la relation avec Dieu. Il faut faire un pas de plus pour s’ouvrir au recueillement, il faut que cela descende dans le cœur profond. Et souvent c’est à ce niveau qu’il y a des blocages. On s’accroche à l’exercice de l’intelligence et on n’ose pas aller plus loin. Le chemin de la tête au cœur s’il est le plus court, n’est pas le plus simple pour beaucoup de personnes.

Ce chemin va engager toute l’affectivité, va traverser des zones de notre être blessées, va demander de lâcher prise en engageant la confiance par l’exercice de la foi. Dans la vie d’oraison, toutes les zones de notre être seront peu à peu sollicitées. Cela pourra occasionner parfois des tensions, des moments où l’on se croira perdu, alors qu’il s’agira d’une conversion de notre être en profondeur…

Ne l’oublions pas, Thérèse est restée vingt ans assise entre deux chaises, si j’ose résumer ce qu’elle en dit. Ne pouvant se conformer totalement à l’effort de pensée que cela imposait, après avoir longtemps peiné, elle finira par prendre un peu de liberté grâce à la lecture d’Osuna. Il lui permettra de prendre son essor en donnant une plus grande place à la simplicité et à l’amour.

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  • 9,3 « Comme je ne pouvais discourir avec l’entendement, mon mode d’oraison était de tâcher de me représenter le Christ en moi »

Vient-elle de nous dire. Elle continue un peu plus loin :

  • V 9,6 « Je ne pouvais penser au Christ qu’en tant qu’homme ; c’est ainsi que jamais je ne puis me le représenter intérieurement, malgré tout ce que je lisais sur sa beauté et les images que je regardais ; j’étais quelqu’un qui est aveugle, ou dans l’obscurité, qui bien qu’il parle avec une personne, sachant qu’il est avec elle, car il est certain qu’elle est là, ne la voit pourtant pas. C’est ce qui m’arrivait quand je pensais à Notre-Seigneur. »

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  • 9,5 « pour en revenir à ce que je disais du tourment que me causaient mes pensées, cette manière de procéder sans discours de l’entendement a cette particularité que l’âme doit être tout entière gagnée ou perdue ; je précise qu’elle doit avoir perdu la considération. Si elle fait faire des progrès, ils sont très grands, car l’âme progresse dans l’amour. Mais nous n’en arrivons là qu’à nos dépens, à l’exception des personnes que le Seigneur veut amener rapidement à l’oraison de quiétude… pour celles qui s’acheminent sur cette voie, un livre aide à se recueillir promptement. Quant à moi, il m’était également favorable de voir la campagne… Ces choses évoquaient pour moi le Créateur, je dis bien qu’elles m’éveillaient, me recueillaient, me servaient de livres. »

 

Beaucoup de choses sont dites dans ces quelques lignes qu’il nous faudra reprendre et approfondir.


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2D. Le travail du cœur-2

La foi Ep 3,14 Nous avons commencé à parler de l’ouverture du cœur à la présence de Dieu, passage de la méditation de la vie du Christ à l’expérience du Christ en soi. Il s’agit non pas de la vision, mais du sentiment de sa présence de la même manière que l’on peut sentir la présence de quelqu’un à côté de soi dans une pièce sombre. On ne voit rien, mais on sait qu’il est là. Nous touchons là une des expériences de la vie de foi.

Il y a comme un passage de la foi, de ce que je crois, à une expérimentation vivante et vécue de cette foi. Il y a comme une intensité dans le touché de Dieu que j’expérimente dans la foi. C’est la même foi, vécue avec une pureté différente. La foi devient de plus en plus vive jusqu’à devenir presque rencontre. Le Christ devient de plus en plus vivant parce que nous faisons l’expérience plus intensément. Cette expérience-là, c’est la foi qui est devenue vivante. C’est cela le passage de la tête au cœur.

C’est ce passage qui est tout l’objet de la vie chrétienne parce qu’il n’est jamais achevé sur cette terre. Bien au contraire, toute l’expérience spirituelle va nous amener à plonger dans cette dimension de la foi, dans une foi toujours plus pure, puisque l’objet de la foi, c’est Dieu lui-même. Dieu se donne en effet à ma liberté par l’acquiescement que je fais de sa présence. C’est le passage à la foi. Dans la foi, Dieu se donne totalement. Or comme Dieu est infiniment pur, il faudra que la foi qui m’a été donnée se purifie et qu’elle puisse m’aider à recevoir Dieu avec plus d’amplitude. Saint Jean de la Croix s’étend beaucoup sur ce sujet et on sent les traces d’une polémique chez Thérèse au paragraphe 6 de V 10.

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 Elle y dit que la foi a besoin d’être éveillée et fortifiée par les faveurs de Dieu, et que peut être certains n’ont besoin que de la vérité de la foi pour accomplir des œuvres, mais que ce n’est pas son cas. Ce qui est une façon de dire son désaccord. Cette vie de foi va engager en fait tout mon être. Qui dit foi, dit confiance, c’est la même racine, se fier à. Et l’on comprend bien dès à présent ce dont je parlais précédemment à propos des passages plus ou moins difficiles dans la vie d’oraison.

En effet vivre la confiance ne va pas de soi quand justement certaines expériences négatives de la vie m’ont montré qu’il fallait se méfier de l’autre. Je prends cet exemple, mais de multiples autres possibilités existent et viennent baliser le parcours du croyant et le transformer parfois en saut d’obstacles. Beaucoup d’expériences qui n’ont pu se faire, qui se sont terminées par un échec viennent altérer le poids de confiance que je peux faire à l’autre. On peut imaginer cela par l’épisode de la tempête apaisée en St Mt 14,28-31 :

  • « Pierre lui répondit : Seigneur, si c’est toi, ordonne que j’aille vers toi sur les eaux. Et il dit : Viens ! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus. Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur ; et, comme il commençait à enfoncer, il s’écria : Seigneur, sauve-moi ! Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

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Il y a bien des occasions de notre vie où comme Pierre nous expérimentons la fragilité de notre foi. Elle n’est pas à changer, mais à purifier. C’est ce qui arrive à Pierre au cours de son épreuve. Il passe peu à peu de soi, de ses hésitations humaines à Dieu. Je viens de parler un peu de la foi, mais on pourrait aborder des choses semblables à propos de l’espérance ou de la charité.

A ce niveau de la relation à l’autre et à Dieu tout se tient. S’engager dans la vie d’oraison, c’est se placer sous cette lumière du Christ et se laisser transformer peu à peu par elle.

Quand elle entre, elle fait jaillir la lumière et en même temps fait apparaître certaines zones d’ombre. Il n’y a pas à s’étonner de cela. Mais cela met en valeur toute l’importance de l’oraison et fait comprendre qu’elle est un combat contre soi-même, contre le monde, contre le démon.

Thérèse dira dans les premiers chapitres du livre de la Vie combien sont fort les ennemis et combien l’âme doit se déterminer à prendre du temps pour l’oraison, quoi qu’il en coûte.

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C’est d’autant plus nécessaire que l’enjeu est de taille : s’ouvrir à la présence du Seigneur de l’univers en soi. Sur ce chemin Thérèse nous encourage tant qu’elle peut. Si elle nous montre les difficultés, c’est pour que nous n’en soyons pas étonnés. Il y a une énergie en elle qui est communicative.

  • V 8,4-5 : « Si j’ai longuement écrit cela c’est … pour qu’on comprenne le grand bienfait que Dieu procure à l’âme qu’il incline à l’oraison, même si elle n’est pas aussi disposée qu’il le faudrait, enfin si elle persévère, malgré les péchés et les tentations, et les milles occasions de chute que lui oppose le démon, pourquoi je tiens pour certain que le Seigneur la conduira au port du salut, comme il m’y a conduite moi-même. » « malgré les erreurs commises, celui qui a commencé à faire oraison ne doit pas y renoncer ; c’est le moyen le plus sûr pour lui de se guérir ; sans l’oraison ce serait beaucoup plus difficile. Si le démon lui suggère la tentation de renoncer par humilité comme il l’a fait pour moi, qu’il ne cède point ; qu’il croit que Dieu ne peut faillir à sa parole. »

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Mais peut-être Thérèse fait-elle ici une trop large part au démon, à ce principe du mal qui nous habite.

Il me semble que nous y avons largement notre propre part, que les blessures de notre cœur, de notre esprit, sont autant de portes largement ouvertes à son action. Et ces portes nous avons parfois un malin plaisir à les maintenir grandement ouvertes. Dit autrement nous avons notre propre part de responsabilité au mal qui habite notre cœur et celui du monde. C’est un long chemin que celui de lâcher tous les replis personnels et de s’ouvrir à la confiance à Dieu.

2E. De l’humilité-2

1D2,8 Nous avons commencé à réfléchir sur l’oraison comme lieu d’un travail, comme lieu de l’intégration de notre affectivité profonde, lieu de la relation à Dieu. Cela exige une remise de soi à Dieu dans la foi. Il faut donc peu à peu se quitter, passer de l’autonomie revendicatrice à l’acceptation de la relation comme nécessaire à mon épanouissement. C’est une forme de l’humilité et c’est chemin pour accéder à mon affectivité profonde, reliée à Dieu. Dans le livre de la Vie que nous parcourons pas à pas et qui nous a fait déjà bien cheminé, elle aborde ce thème d’une façon originale. Souvent quand on entend le mot humilité, nous entendons le mot humiliation, vexation. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

Un cœur humble pourra traverser des humiliations sans dommages. Comme le roseau, il ploie sous le vent. Le chêne lui se fracture et parfois casse. Le sujet est vaste, mais ici Thérèse nous en avertit tout de suite :

  • V 10,4 « Car on confond avec l’humilité le fait de ne pas reconnaître les dons du Seigneur. Comprenons bien, bien, ce qui en est : nous n’avons nullement mérité ces dons de Dieu, remercions-en sa Majesté, car si nous ne reconnaissons pas ce que nous avons reçu, nous ne sommes pas incités à aimer. C’est chose certaine que plus nous nous trouvons riches, tout en sachant que nous sommes pauvres, plus nous progressons, en particulier dans la véritable humilité. Autrement, l’âme intimidée se croit incapable de grandes choses, et si le Seigneur commence à lui accorder ses biens, elle s’en effraie, par peur de la vaine gloire. »

 

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Que nous dit Thérèse, sinon : “avance au large, déploie tes voiles, laisse le vent te porter au loin, tu as besoin de lui ; alors s’il souffle utilise-le et goûte l’ivresse du voyage en rendant grâce pour tout bien reçu.“ Vous voyez peut-être depuis que nous sommes ensemble combien la vie spirituelle se tient et que nous ne nous sommes pas trop attardés en tournant autour de cette définition que Thérèse fait de l’oraison au chapitre 8 :

  • « un commerce d’amitié fréquent et intime avec Celui dont on sait qu’il nous aime. »

C’est parfois alors que nous percevons l’amour de Dieu, que nous percevons cette relation comme fondamentale, que vient comme en contre point cette réaction : “et après, qu’est-ce qu’il va me demander ?“. Bien souvent ne dit-on pas un peu frileusement : “soit pour qu’il m’aime mais pas de trop près !sous-entendu, “je n’ai pas envie de souffrir et la croix qu’il me propose, qu’il la donne à d’autres !“

Sur une douce lumière qui commençait à s’éveiller dans notre cœur, un sombre nuage surgit qui avale tout et empêche toute progression. Comme si Dieu voulait nous faire souffrir ! Nous n’avons pas besoin de lui pour cela. Ouvrez avec un autre regard les journaux… Nous poussons même la perversion jusqu’à aller tuer au nom de Dieu.

Or Dieu se propose à notre cœur pour y déverser sa tendresse et il va jusqu’à en mourir sur la Croix. Il meurt de notre indifférence, de notre peur de recevoir de l’amour, en lâchant nos peurs et nos violences. Car, pour ne pas oser accueillir le don de Dieu nous restons enfermés avec notre violence et nos peurs. Il y a plusieurs façons de se donner dans l’amour. La première chronologiquement, dans notre relation aux hommes, je pense ici au bébé, et dans notre relation à Dieu, c’est de recevoir l’amour.

Recevoir de l’amour, c’est permettre à l’autre d’exister en notre cœur. C’est lui permettre ainsi d’exister dans la vie. A condition bien sûr que cet amour que l’autre veut nous donner ne soit pas une mainmise sur notre liberté, qu’il ne soit pas senti comme étouffant. Or tel n’est pas le projet de Dieu sur nous qui respecte infiniment notre liberté.

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Accepter l’amour de l’autre, c’est recevoir de sa richesse et ne pas se prendre pour le centre du monde. Denis Vasse dans son livre “l’autre du désir et le Dieu de la foi », au Seuil, le dit bien : « L’homme prétend produire l’amour qui le fait vivre et en être le maître comme si le trésor de la rencontre pouvait s’acquérir par son travail… »

 

Il y a en nous un orgueil fondamental qui fait que nous avons difficilement accès à la source de toute vie, puisque nous prétendons nous suffire à nous-mêmes. Sans être dans cet excès, il y a quelque chose de cela qui peut nous handicaper dans la vie d’oraison et sous couvert d’humilité nous empêcher d’avancer.

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Car pour avancer nous avons besoin de force et où prendre cette force sinon dans l’amour que Dieu nous porte. Et comment accepter cet amour en nos cœurs, si nous avons peur, aussitôt reçu, de le perdre. Humilité et foi, confiance. V 10,6 « Nous devons renouveler nos forces pour servir, et nous garder de l’ingratitude ; le Seigneur nous donne ses grâces à cette condition, et si nous n’usons pas bien de ce trésor et de la haute situation dans laquelle il nous place, il les reprendra, et nous nous retrouverons beaucoup plus pauvres qu’avant… » N’est-ce pas une façon de lire la parabole des Talents de l’Évangile ? Mt 25,14


À Suivre…V.Aimer

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Publié dans Le chemin de l’oraison-commenté par Frère Yannick | Tagué

Le chemin de L’ORAISON avec Sainte Thérèse d’Avila…Travail proposé par le Frère Yannick…*S’ouvrir à la vie de l’âme…*

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2A. Le bruit des pensées-2

Thérèse nous partageait sa façon de prier avec la nature, comment un livre pouvait l’aider à recueillir sa pensée, la tourner vers le Seigneur. Nous avons vu que cette manière de trouver une façon d’apaiser les tensions de la journée puis tout doucement, “comme par flatterie“, commencer à orienter les pensées vers le Seigneur, c’était le début du recueillement.

Aujourd’hui Thérèse nous avertit qu’il serait mal sain de commencer à prier sans support pour l’esprit, sans qu’il ait un support pour entrer dans le recueillement :

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  • V4,7 « Et bien que dans cette voie où il est impossible de mettre en œuvre l’entendement on parvienne plus vite à la contemplation, si on persévère, elle est très difficile et très pénible ; car si la volonté est inactive et si l’amour ne s’occupe pas d’un objet présent, l’âme se trouve comme sans appui ni exercice, la solitude et la sécheresse lui causent une grande peine, et ses pensées lui livrent un très grand combat. »

Pour se recueillir l’esprit a besoin d’avoir de quoi s’occuper sinon “les pensées lui livrent un très grand combat. “ Vous avez pu en faire l’expérience. il suffit de s’isoler, de s’asseoir, d’avoir un peu de calme, de fermer les yeux pour que les événements de la journée, ou de la semaine se présentent à flots. L’imaginaire est roi et il a un grand empire sur nous dans les débuts de la vie d’oraison si bien qu’au bout de cinq minutes, d’un quart d’heure, on a la surprise d’avoir passé son temps à tout, sauf à la prière.

 

Il ne faut pas s’en étonner. Il s’engage chez l’âme qui choisit de prendre un peu de temps pour l’oraison ce que je crois le plus terrible des combats, le combat contre soi-même, le combat contre ses pensées. J’aimerai ici vous faire réfléchir sur un des aspects de notre vie. Pouvez-vous faire attention au cours de la journée où vont vos pensées, vers quels lieux elles vous emmènent, quelles sont celles qui vous accaparent, celles qui ne cessent de revenir.

Pouvez-vous voir la part que la violence, les rêves, les fantasmes ou autres pensées prennent. Êtes-vous conscients de l’énergie que cela prend ? Êtes-vous conscients du temps que vous passez à tourner en rond ? Ne croyez-vous pas que si vous pouviez calmer le jeu un peu fou de votre mental vous seriez plus en paix ?

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 Avec ces questions, j’aimerais vous aider à prendre conscience d’un des enjeux de la prière, celui de la paix de l’esprit. Bien sûr la prière ne s’arrête pas à une thérapie mentale, elle nous mène plus loin, vers la paix du cœur lorsqu’il s’ouvre à la présence de Dieu. J’aimerais aussi vous aider à prendre conscience que de se lancer dans cette voie ne va pas de soi, surtout dans les débuts et Thérèse y reviendra souvent. Et cependant cela ne vaut-il pas la peine de faire un peu d’effort pour calmer le flot impétueux et souvent destructeur des pensées ? Je parlais de la plus terrible des guerres, parce qu’il me semble que c’est la plus fondamentale. En effet comment prétendrions-nous faire la paix dans le monde si nos pensées nous maintiennent dans une tension quasi permanente, s’il y a la guerre dans notre tête.

La paix ne doit-elle pas commencer en nous-mêmes ? Le silence dont nous parlions les fois précédentes ne peut venir qu’en s’engageant dans ce combat. Souvenons-nous de la parole surprenante de Jésus en Mt 10:34 : « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. »

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Le même Jésus un peu plus loin demandera à Pierre, qui a dû comprendre cette parole littéralement, de rengainer son épée : 26,51-52 « Et voilà qu’un des compagnons de Jésus, portant la main à son glaive, le dégaina, frappa le serviteur du Grand Prêtre et lui enleva l’oreille. Alors Jésus lui dit :  » Rengaine ton glaive ; car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive. » Vous comprenez bien alors que le combat vers lequel nous entraîne Jésus est d’un autre ordre, qu’il est contre le mal dans le monde et d’abord en soi. Ne soyons donc pas ni surpris, ni déstabilisés, mais écoutons encore Thérèse :

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  • V 8,4-5 : « … qu’on comprenne le grand bienfait que Dieu procure à l’âme qu’il incline à l’oraison, même si elle n’y est pas aussi disposée qu’il le faudrait ; enfin, si elle persévère, malgré les péchés, les tentations, et les mille occasions de chute que lui oppose le démon, pourquoi je tiens pour certain que le Seigneur la conduira au port du salut, comme
  • Il m’y a conduite moi-même, à ce qu’il me semble maintenant… malgré les erreurs commises, celui qui a commencé à faire oraison ne doit pas y renoncer ; c’est le moyen pour lui de se guérir ; sans l’oraison ce serait beaucoup plus difficile… Quant à ceux qui n’ont pas encore commencé, pour l’amour du Seigneur, je les conjure de ne pas se priver d’un si grand bien. Il ne s’agit pas de craindre mais de désirer… »

 

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“Il ne s’agit pas de craindre mais de désirer“ trouver l’intimité avec le Seigneur et de se cacher avec lui loin des bruits de ce monde. Paix et silence dans la présence aimée. La guérison n’est pas loin. L’amour du frère non plus !


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2B. Ne pas craindre-2

Lc 11,9 demandez cherchez frappez

Nous retrouvons Thérèse avec cette citation : V 8,5

  • « malgré les erreurs commises, celui qui a commencé à faire oraison ne doit pas y renoncer ; c’est le moyen pour lui de se guérir ; sans l’oraison, ce serait beaucoup plus difficile… Quant à ceux qui n’ont pas encore commencé, pour l’amour du Seigneur, je les conjure de ne pas se priver d’un si grand bien. Il ne s’agit pas de craindre mais de désirer… Si on persévère, je mets mon espérance en la miséricorde de Dieu, puisque nul ne l’a pris pour ami sans qu’il l’ait récompensé ; l’oraison mentale n’est rien d’autre, à mon avis, qu’un commerce d’amitié où on s’entretient souvent et intimement avec Celui dont nous savons qu’il nous aime. »

 

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La prière chrétienne nous met en relation avec Dieu, avec un Dieu qu’il ne s’agit pas de craindre mais de désirer, avec un Dieu dont nous savons qu’il nous aime, un Dieu avec qui nous pouvons converser intimement, dans l’Esprit. La prière chrétienne nous place d’emblée dans cette relation trinitaire dans laquelle pour être deux, il faut être trois. Celui qui aime, l’être aimé, l’amour. Quelques mots sont lâchés, une expérience simple est partagée, mais en fait il y a tout un parcours à faire pour chacun d’entre-nous, que nous soyons ou non avancés dans l’oraison.

Croire que Dieu nous aime ne va pas de soi. On peut l’avoir entendu, le savoir, mais quant à laisser ce savoir descendre dans le cœur rien n’est moins évident. En chacun de nous il y a des zones de l’affectivité qui ont été atteintes, blessées, de sorte que nous ne savons plus très bien ce que c’est que d’aimer, de se laisser aimer.

Et ici aimer, c’est accueillir l’Esprit puis le partager. On croit souvent qu’on aime quand on se donne, mais on oublie que l’amour est à deux niveaux, on oublie qu’il s’agit aussi d’être capable de recevoir. Or la vie spirituelle, par les confidences reçues, par ma propre expérience, montre qu’une des deux dimensions de la relation d’amour, ou même les deux, est altérée, froissée, plissée.

 

On a peur parfois de se donner dans l’amour ou de se laisser aimer. On a peur parce qu’on n’a pas connu ce genre d’expérience, ou que cela s’est soldé par un échec, une trahison ou que sais-je. Du coup on n’a plus confiance en l’autre et l’on ne sait plus donner de l’affection ou en recevoir car l’amour rend vulnérable.

On peut croire qu’on aime, mais c’est parfois plus une façon que l’on a de s’affirmer qu’une relation réellement vécue. Il y a des façons d’aimer qui sont plus des façons de s’imposer au détriment de l’autre et qui ne font que l’étouffer. Et tout cela bien sûr avec les meilleures intentions. Mais dans ces occasions, s’est-on demandé si l’autre en face de nous existait ? On peut aussi croire que l’on aime, mais en fait, on ne sait que recevoir, c’est la seule chose qui importe. Toute une stratégie a été mise en place pour attirer l’attention des autres, vient le temps de la solitude, et fatalement il viendra, et c’est le désespoir.

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On retient en fait jalousement tout pour soi sans s’en rendre compte. Les gammes sont infinies et dans ces multiples relations on se débat souvent comme on peut sans bien savoir quel chemin prendre. Or la relation à Dieu sera teintée des mêmes couleurs car on ne peut comprendre cette relation qu’à partir de notre vécu, d’où les multiples images de Dieu que nous nous faisons. Dieu pourra être pris pour celui qui donne tout comme une mère généreuse et infinie, ou bien il pourra être pris pour celui qui capte tout.

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Rien d’étonnant alors que ce Dieu puisse faire peur. Et l’on aurait raison de craindre un tel Dieu et de le fuir. La crainte vient d’autant s’amplifier, que si on ne sait pas se donner à ce Dieu imaginaire, on risque fort d’être pris d’un sentiment de culpabilité dont on aura du mal à se sortir. C’est une prison qui risque de refermer ses portes sur nos consciences mal éclairées tant que la révélation de Dieu en Jésus-Christ n’aura pas fait son chemin de libération dans nos cœurs. Dieu n’est pas là pour nous manger, nous détruire.

C’est un Dieu de vie. Et Jésus dans l’Évangile viendra peu à peu nous aider à purifier ces représentations incomplètes ; à passer de nos projections au Dieu vivant et vrai. Tout cela la prière nous le fait traverser car elle nous ajuste et nous fait expérimenter cette relation trinitaire. Dans cette relation Dieu n’est pas expérimenté comme un Dieu pour lui, mais un Dieu pour moi. Dans la vie d’oraison, il se peut produit des blocages qui sont en fait l’appel de Dieu à un dépassement de notre comportement, à une conversion de notre relation.

Le mode de relation de Dieu c’est le don et s’il y a souffrance c’est que nous avons tendance à limiter ce don, à le garder pour nous ou à le refuser. Or ce qui est de l’ordre du don est gratuit. Toute la vie spirituelle vise à m’inscrire dans cette dynamique. Alors si Dieu est pour moi, je puis être à lui ! Je suis invité à entrer dans cet espace de gratuité. C’est cela l’oraison thérésienne.


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2C. Oser accueillir la vie comme Zachée-2

Cette citation de Thérèse de Jésus que nous avons déjà méditée va nous entraîner un peu plus loin encore : V 8,5

  • « Si on persévère, je mets mon espérance en la miséricorde de Dieu, puisque nul ne l’a pris pour ami sans qu’il l’ait récompensé ; l’oraison mentale n’est rien d’autre, à mon avis, qu’un commerce d’amitié où on s’entretient souvent et intimement avec Celui dont nous savons qu’il nous aime. »

 

Thérèse d’Avila va nous inviter à lire l’Évangile pour approfondir ce qu’elle nous dit. Comme la prière chrétienne nous invite à la relation avec Dieu autant se poser la question fondamentale : qui est Dieu pour moi. Je crois qu’on ne se pose pas suffisamment cette question. Elle est essentielle cependant. Dieu se révèle en Jésus-Christ, c’est une révélation de l’amour de Dieu pour nous qui ne sera jamais achevée en profondeur.

De la réponse à cette question dépendra notre relation avec Dieu dans la prière. En effet je ne puis m’adresser à lui de la même façon si je me considère comme esclave, serviteur ou fils. L’Évangile de Zachée en Luc 19 va nous aider sur cette route. Zachée est là-haut sur son arbre pour voir plus que pour être vu, et Jésus est en bas sur le chemin.

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Or c’est Jésus qui lève les yeux et le regarde. Que s’est-il passé dans ce jeu des regards ? Car maintenant tout bascule…. Moment de vision, de contemplation dans les regards échangés. Jésus va plus loin que Zachée ne l’aurait imaginé. Cela aurait pu se terminer par une simple rencontre si Jésus ne prenant l’initiative ne lui demande de descendre et de l’inviter chez lui. Zachée n’en demandait pas tant !

Zachée homme de désir, mais Jésus ? Si Zachée voulait simplement voir qui était Jésus, Jésus lui, désire partager l’amitié avec cet homme. Mais voilà, pour que la rencontre se fasse il faut être sur le même plan ! A Zachée qui monte pour voir, Jésus dit de descendre.

Il faut descendre pour voir, non seulement pour voir, mais pour accueillir Jésus, chose que Zachée n’aurait jamais osé demander ou imaginer. Renversement de situation Zachée, poussé par son désir, s’était élevé, et il lui est demandé de descendre ; non seulement de descendre, mais d’accueillir Jésus à sa table, lui le collecteur d’impôts. Descendre, le verbe se charge de valeurs symboliques : On passe alors de la sphère publique au domaine privé, de la vie publique à l’intimité de la table et c’est une descente. Une descente du bruit de la foule vers le silence et l’intimité du cœur.

On passe de la vie en société avec toutes ses apparences (un tel c’est le pharmacien, une telle est médecin, un autre c’est le boulanger..) à la sphère de la vie privée, là où l’on quitte ses chaussures de ville pour prendre les pantoufles ; là où l’on dénoue sa cravate qui serre trop la gorge ; là où l’on vit tel qu’on en a envie, tel qu’on ose le faire, à l’abri de tous les regards indiscrets.

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Et c’est une descente. Et c’est là que Jésus attend Zachée, non sur son arbre. Il l’attend là où il est réellement, tel qu’il est. Il l’attend dans sa maison alors que Zachée n’a pas eu le temps de la préparer (vite il descendit, vite il couru).

C’est dans l’empressement que Zachée l’accueille et il l’accueille chez lui, telle qu’est la maison. C’est là que Jésus vient le rencontrer, qu’il vient rencontrer tout homme, non dans son prestige, mais face à face, en sa vérité. Descendre, Jésus vient nous rejoindre sur nos chemins d’humanité et nous le cherchons sur les hauteurs, nos propres hauteurs. Cette descente est une révélation de Dieu qui se joue en Jésus, non pas d’un Dieu imaginaire, mais de Dieu en sa réalité.

Car en quelque sorte Jésus descend dans la maison de Zachée. Quel est alors l’enjeu de cette révélation qui s’opère pour nous avec Zachée ? C’est de passer de notre tête, de notre esprit à notre cœur pour y découvrir la joie. Cette descente va lui permettre de rencontrer Dieu, mais c’est bien après avoir fait un chemin de vérité sur lui. Et ce qui lui a permis d’entrer sur ce chemin, c’est la rencontre du regard aimant de Jésus. Le regard de Dieu a illuminé son cœur et lui a montré en même temps sa misère.

Non pas sa misère toute nue, mais en même temps l’amour de Dieu en son cœur, cet amour infini qui déborde de toute part, plus grand que toute misère. Alors pour lui c’est la joie. Il cherchait à voir qui était Jésus, il a vu… Il a vu l’amour se presser sur son cœur et il a osé l’accueillir. C’est ce pas qu’il nous demande d’abord de faire : oser recevoir son regard et dans ce regard trouver la vie. Voilà le chemin de l’oraison, de la rencontre de Jésus dans l’intimité de notre cœur.

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2D. Croire en l’amour de Dieu-2

Lc 7,36-47 Zachée dans St Luc 19 nous a montré comment être téméraires : il a osé descendre de son arbre pour accueillir Jésus chez lui, dans son cœur. La témérité ici c’est d’avoir osé regarder Jésus et en fin de compte de s’être laissé regarder. Zachée c’est l’antihéros de nos bandes dessinées où le personnage principal cache sa fragilité sous des apparences d’invincibilité au prix d’une violence à tout casser.

Zachée lui, se laisse atteindre dans sa vulnérabilité et c’est ce qui lui a permis d’accueillir la vie. Il nous a montré ce que nous enseigne Thérèse d’Avila V 8,5

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  • « Il ne s’agit pas de craindre mais de désirer. »

 

Dieu n’est pas à craindre, mais est offert à notre quête, à notre désir de vivre. Pour cela il vient chercher et sauver ce qui en nous est perdu. Nous sommes des êtres de désirs, nous avons dans notre cœur quantité de capacités enfouies, surtout nous avons une immense capacité à aimer et à être aimés. Nous avons un désir fou d’être reconnus, compris. Le travail à partir des contes revient à la mode actuellement et qu’est-ce qu’un conte si ce n’est une forme d’expression qui aide à remonter cette quête que l’on a enfoui dans un recoin du cœur.

 

Il ne s’agit pas là de faire de nous des supermen mais de nous aider à retrouver ce que nous avons enfoui ou à trouver ce qui nous habite et que nous n’avons pas découvert. Il s’agit tout simplement de s’humaniser. L’Évangile est à ce niveau et la prière dans la rencontre de celui qui seul peut nous sauver de nous-mêmes entre dans cette dynamique.

Les échecs de la vie, les relations qui n’ont pu aboutir ont pu provoquer un manque de confiance en nos capacités et on les a mis en veille. Quelque chose en nous est perdue, caché à notre propre regard. Jésus nous dit, nous crie même en différents endroits de l’Évangile, son désir d’entrer en relation avec nous pour nous aider à nous retrouver, à faire de nous des hommes et des femmes debout.

Entrer dans cette dynamique de la prière, c’est s’ouvrir à une relation d’amour. On ne s’approche pas de Dieu en Jésus parce qu’il le faut, parce qu’on nous a dit que cela faisait partie de la caisse à outils du parfait chrétien. On vient à Jésus parce qu’on a fait une expérience si minime soit-elle de l’amour de Dieu, ou parce qu’on souhaite la faire. On vient à Jésus parce que notre cœur nous y appelle, plus loin que tout raisonnement.

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 Il y a à la fois le désir et la peur qui inhibe ce désir, peur d’un Dieu imaginé à travers le filtre de notre inconscient. On demandait à des enfants à une réunion de catéchèse pourquoi les apôtres empêchent les enfants d’approcher Jésus ?

L’une des réponses était : “Parce qu’il a des pouvoirs qui sortent de lui“. Il y a d’autres images encore qui nous paralysent et nous empêchent d’avancer comme celle-ci : “Dieu va tout me prendre et je vais me perdre !“. N’oublions pas le récit tragique après la chute racontée en Gn 3. Dieu se promène dans le jardin à la brise du soir, et Adam a peur et il se cache.

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 L’Adam en chacun de nous a peur de Dieu parce qu’il a perdu toute relation avec Lui et qu’il s’est bâti de fausses images de son créateur. Thérèse nous le rappelle :

  • « Si on persévère, je mets mon espérance en la miséricorde de Dieu, puisque nul ne l’a pris pour ami sans qu’il l’ait récompensé ; l’oraison mentale n’est rien d’autre, à mon avis, qu’un commerce d’amitié où on s’entretient souvent et intimement avec Celui dont nous savons qu’il nous aime. »

 

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Elle nous invite à faire de ce temps de la prière un commerce d’amitié. Qu’est-ce qu’un commerce sinon un échange. Elle nous dit que cet échange doit être fréquent et intime. C’est parce que les relations sont fréquentes que l’on apprend à se connaître, à évacuer toute crainte ou peur.

Le propos de la prière, c’est de faire expérimenter l’amour de Dieu pour nous, l’amour que Dieu verse dans nos cœurs. « Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et moi je vous soulagerai » Venir à Jésus, c’est balayer toute peur, c’est oser venir à lui avec notre poids de mal être, de misère, de blessure, de péché.

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C’est oser dans cet état se laisser rejoindre par le regard de Jésus. C’est comprendre alors que Dieu nous aime tels que nous sommes, que l’on n’a pas à attendre d’être saints pour s’approcher de lui. Le seul saint, c’est Lui et c’est son amour en nous qui nous rendra saints, ce ne sont pas nos efforts, si louables soient-ils.

Ils ne sont que saut de puce devant l’infini de l’amour de Dieu. Dieu passe sur notre chemin, il nous attend non du haut de sa toute puissance, mais sur nos sentiers de tous les jours, en bas, comme pour Zachée.

« Cette divine prison De l’Amour avec lequel je vis A fait mon Dieu captif …Et libre mon cœur Et voir mon Dieu prisonnier cause en moi une passion telle Que je meure de ne pas mourir. » Poésie 1

 

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2E. Laisser jaillir notre désir-2

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La fois précédente je faisais remarquer que la dynamique de la prière, était de s’ouvrir à une relation d’amour. On ne s’approche pas de Dieu en Jésus parce qu’il le faut, parce qu’on nous a dit que cela faisait partie de la caisse à outils du parfait chrétien. On vient à Jésus parce qu’on a fait une expérience si minime soit-elle de l’amour de Dieu, ou parce qu’on souhaite la faire. Il y a un souhait, un désir, une attente.

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  • V 8,9 « Comme il sera beaucoup parlé de ces plaisirs que le Seigneur donne à ceux qui persévèrent dans l’oraison, je n’en dis rien ici. Je dis seulement que l’oraison est la porte des si grandes faveurs qu’il m’a faites ; lorsqu’elle est fermée, je ne sais comment Il peut les accorder ; car bien qu’il veuille venir se délecter dans une âme et la choyer, il n’en trouve pas l’accès, alors qu’il la veut seule, limpide, et désireuse de recevoir ses faveurs. Si nous lui opposons beaucoup d’obstacles sans rien faire pour les supprimer, comment viendra-t-il à nous. »

 

Vous entendez ? Dieu veut venir se délecter dans notre cœur et le choyer ! Thérèse de Jésus n’invente rien, elle ne fait que reprendre l’Évangile de St Jean et l’actualiser.

  • Jn 14:23 « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui. »

Est-ce que nous croyons que cette parole s’adresse à nous, chacun d’entre-nous ? Ou bien ne pas réserve-t-on cela qu’à ceux qu’on appelle des saints, comme un moyen trop rapide de ne pas se sentir concernés par cette parole. Ce sont des promesses qui parfois peuvent nous surprendre, nous déranger.

On les entend, mais on n’ose y croire et en même temps si l’on écoute bien son cœur on en crève de désir. Mais, devant cette promesse on dit que c’est trop beau que cela n’est pas pour soi, et l’on va voir ailleurs ou alors on ne progresse pas dans cette intimité avec le Seigneur.

La toute première démarche est de croire en la promesse de Dieu puis oser désirer recevoir ses faveurs. Nous en avons trop brièvement parlé hier. Il nous faut oser désirer, oser laisser monter les désirs profonds qui nous habitent, ne pas en avoir peur.

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  • V 30,19 : « Oh ! que de fois, je me rappelle l’eau vive que le Seigneur donna à la Samaritaine c’est pourquoi j’aime beaucoup cet Évangile. Déjà, quand j’étais enfant, je l’aimais beaucoup sans comprendre la valeur de ce bien, et je suppliais très souvent le Seigneur de me donner de cette eau… »

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Ces désirs profonds sont parfois refoulés, masqués par d’autres désirs plus immédiats, mais notre cœur reste marqué par cet appel à l’infini de sorte qu’il ne se satisfait jamais de ce qu’il a. Dans ce désir inassouvi, il y a un appel du cœur vers Dieu et un cri de Dieu au fond du cœur. Ces différents appels sont souvent cachés, masqués tant ils nous encombrent ou nous font peur.

Regardons ce qui se passe avec la Samaritaine en Jn 4.

Jésus, assis au bord d’un puits, se laisse approcher par une femme. Au cours d’un dialogue, il la rejoint dans ses occupations journalières. En fait, il va l’aider à creuser le puits de son cœur pour y dégager l’eau vive qui y coule. Ce sont d’abord les désirs quotidiens qui sont abordés, besoins matériels, impératifs de la vie biologique. Puis peu à peu Jésus sondant le cœur de la Samaritaine lui fait prendre conscience qu’une autre soif la tenaille plus profonde et fondamentale, elle a soif d’être aimée et demeure insatisfaite alors qu’elle a essayé de la désaltérer auprès de nombreux compagnons.

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De cette soif la Samaritaine passe à la question du sens de la vie, de la quête spirituelle et de la confusion dans laquelle elle est : “Où faut-il adorer ?“ Vous voyez que ces questions ne sont pas loin de celles que nous nous formulons. Jésus est là qui nous aide à faire le même chemin. Il nous aide à dégager des multiples désirs qui nous assaillent, les plus fondamentaux. Alors n’ayons pas peur de les laisser venir, remonter, Jésus ne nous laissera pas seuls. Il est là dans le temple de notre cœur et attend un peu d’attention de notre part et de la persévérance. Aux âmes qui sont tentées de se décourager Thérèse dit C 19,2 :

  • « Elles sont peut-être à moins de deux pas de la source d’eau vive, dont le Seigneur a dit à la Samaritaine que celui qui en boira n’aura plus jamais soif. Que de raison et de vérité dans ces paroles, dites de la bouche de la Vérité même ! Il est vrai que l’âme n’aura jamais la soif des choses de cette vie, mais elle grandit pour les choses de l’autre plus que la soif naturelle ne nous permet de l’imaginer. Quelle soif on a d’éprouver cette soif !

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  • L’âme comprend son grand prix et pour pénible et épuisante que soit cette soif, elle porte en soi la satisfaction qui l’apaise ; de sorte que cette soif n’étouffe que les choses terrestres ; elle rassasie si bien que lorsque Dieu la satisfait, l’une des plus grandes faveurs qu’il puisse accorder à l’âme est de la laisser assoiffée, d’une soif qui ne fait que grandir chaque fois qu’elle boit de cette eau. »

À Suivre…IV. Le chemin du cœur…barre-rose-et-coeur-rougeGIF


 

Publié dans Le chemin de l’oraison-commenté par Frère Yannick | Tagué