Le chemin de L’ORAISON avec Sainte Thérèse d’Avila…Travail proposé par le Frère Yannick…*Dans le silence*FIN !!


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VII. Dans le silence…

2A. Le Christ notre compagnon-2

Thérèse décrit, nous l’avons vu, quatre degrés d’oraison. Le premier, c’est ce qu’elle appelle la méditation, « c’est-à-dire ce qu’il est possible d’acquérir par nos propres moyens… » En ces quelques mots du livre de la V 12,1, elle résume ce qu’elle a dit dans les chapitres précédents. La méditation des mystères de la vie du Christ nous aide à recueillir nos pensées éparpillées, à les unifier. Elle nous aide ainsi à mieux le connaître, à mieux pénétrer sa vie et son amour pour nous.

Cette étincelle initiale qui nous a rapprochée de Dieu, qui nous a fait revenir à la prière doit être entretenue, elle doit croître. La méditation vient actualiser, rendre sensible les mystères de son incarnation, de sa résurrection. Bref, le Christ de lointain qu’il était, nous devient progressivement plus familier, plus proche. Son amour pour nous touche notre cœur. V 12,1 :

  • « lorsque nous pensons à ce que le Seigneur endura pour nous, et que nous scrutons cette idée, cela excite notre compassion ; l’idée de la vie éternelle que nous espérons, celle de l’amour que le Seigneur eut pour nous et sa résurrection, excitent en nous une joie qui n’est ni tout à fait spirituelle ni tout à fait sensuelle »

Thérèse emploie même le verbe exciter tant cette familiarité peut susciter de dévotion. Le but de la méditation est là. Dieu s’est fait proche de nous, à nous de nous rapprocher de lui, d’ouvrir notre intelligence à sa présence, de marcher en sa compagnie, de faire de lui un ami, un confident, de faire de lui le compagnon de notre route.

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Mais la méditation peut prendre une forme moins intellectuelle, plus simple et spontanée :

  • V 12,2 : « Nous pouvons nous représenter nous-mêmes devant le Christ, nous exercer à vivement nous éprendre de son humanité sacrée, vivre en sa présence, lui parler, lui demander ce dont nous avons besoin, nous plaindre à lui de nos peines, nous réjouir avec lui de nos joies, et ne pas l’oublier pour autant, sans chercher des prières appropriées, mais des mots conformes à nos désirs et à nos besoins. C’est une excellente façon de faire de très rapides progrès ; ceux qui s’efforcent ainsi à vivre en cette précieuse compagnie, à beaucoup en profiter, à éprouver un amour véritable pour ce Seigneur, à qui nous devons tant, je les tiens pour avancés.
  • Pour cela, nous ne devons pas faire cas d’un manque de ferveur, comme je l’ai déjà dit, mais rendre grâce au Seigneur qui nous permet de désirer le contenter, même si nos œuvres sont minces. »

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  • Elle ajoute en V 12,3 :
  • « Cette manière de vivre en compagnie du Christ est profitable dans tous les états, c’est un moyen extrêmement sûr de progresser dès le premier degré d’oraison, d’atteindre bientôt le second, et, aux derniers, de nous garder des périls auxquels peut nous exposer le démon. »

On l’aura compris pour Thérèse, cette présence du Christ est capitale. Le but de la méditation est non d’intellectualiser, de s’enfermer dans un raisonnement intellectuel, mais de s’ouvrir à une relation. Elle avertit sur ce chemin qu’il serait illusoire de vouloir s’affranchir de cette médiation du Christ pour aller plus haut dans l’union avec Dieu V 12,1 :

  • « Il sied à l’âme qu’il n’a pas fait monter plus haut de ne pas chercher à monter seule, prenez-y bien garde car vous ne feriez qu’y perdre. »

On sent à la lecture de Thérèse qu’elle avance à pas comptés, avec précaution, tellement le sujet est délicat. Il l’était à son époque à cause de l’Inquisition. Mais il l’est encore actuellement pour les âmes qui avancent seules, sans l’expérience de quelqu’un d’autre et qui pourrait s’enfermer dans l’exclusivité d’une méthode. Elle invite ceux qui se perdent dans la méditation à lâcher prise avec leur mental pour s’ouvrir à une relation plus chaleureuse, plus immédiate, plus spontanée avec le Christ. Elle dit en V 13,11 :

  • « Pour en revenir à ceux qui réfléchissent, je leur demande de ne pas consacrer tout leur temps à cela, bien que ce soit très méritoire ; comme ce mode d’oraison est très savoureux, ils ne conçoivent pas qu’il y ait de dimanche ni de moments sans travail pour eux. Cela leur semblerait perdre du temps, alors que j’estime cette perte très avantageuse ; comme je l’ai dit, qu’ils se tiennent en présence du Christ, et sans fatiguer l’entendement, qu’ils lui parlent et se réjouissent avec lui ; sans se fatiguer à composer des discours, qu’ils lui présentent leur besoin… »

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Et en V 13,22 elle ajoute :

« Il est bon de s’arrêter un moment pour méditer sur la passion du Christ, de penser aux peines qu’il a subiesMais ne nous fatiguons pas à ne chercher toujours que cela, restons plutôt auprès de Lui, et imposons silence à l’entendement. Occupons-le si possible à considérer Celui qui nous regarde, tenons-lui compagnie… »

Encore une fois le but de l’oraison n’est pas d’obtenir de belles pensées sur telles parties de la vie du Christ, mais c’est de s’ouvrir à une présence, celle de Jésus-Christ, et d’entrer en dialogue avec lui.

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2B. Du silence à la présence-2

La vie spirituelle nous engage dans une certaine liberté de relation avec le Seigneur et vouloir se fixer sur une méthode de prière de manière exclusive nous empêche de grandir dans l’union avec Dieu. Thérèse nous invite ainsi à ne pas faire de la méditation une méthode absolue. Mais elle nous encourage plutôt à ouvrir la méditation à une réelle relation. C’est à partir de cette relation que le Seigneur pourra conduire l’âme : C 25,1 :

  • « il est fort possible que tandis que vous récitez le Notre-Père, le Seigneur vous élève à la contemplation parfaite. Dieu montre ainsi qu’il entend qu’on lui parle, et Dieu lui parle à son tour en suspendant son entendement et en arrêtant sa pensée… L’âme comprend que ce Maître Divin l’instruit sans bruit de paroles, suspendant ses puissances, qui feraient plus de mal que de bien si elles agissaient. Elle jouit sans savoir comment elle jouit, embrasée d’amour, l’âme ne sait comment elle aime… »

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Ce mode d’oraison n’est pas le fruit de notre labeur, mais don du Seigneur. Ce n’est pas l’âme qui se plonge dans une sorte de vide des pensées, c’est le Seigneur qui la place dans cet état. C’est pourquoi il n’est pas bon d’arrêter les pensées et de se plonger dans le silence trop tôt en croyant ainsi passer dans une étape ultérieure de la vie spirituelle comme passer de la méditation à la contemplation. Écoutons Thérèse V 12,4 :

  • « Ceux qui voudraient aller au-delà, élever leur esprit jusqu’à goûter des délices qui ne leur ont point été donnés, perdraient, ce me semble, l’un et l’autre ; c’est là un état surnaturel et lorsqu’il y a perte de l’entendement (la faculté de comprendre), l’âme se retrouve déserte et dans une grande sécheresse. Comme tout cet édifice est fondé sur l’humilité, plus nous sommes près de Dieu, plus cette vertu doit grandir, sinon tout est perdu. Il y a une sorte d’orgueil à vouloir monter plus haut de nous-mêmes… »

Elle le dit bien l’état surnaturel que l’on recherche est l’œuvre du Seigneur et il ne dépend pas de nos efforts. C’est lui alors qui empêche l’entendement d’agir. Thérèse insiste V12,5 :

  • « Prétendre ou penser suspendre l’entendement de nous-mêmes, voilà ce que je demande de ne point faire ; il ne faut pas non plus cesser de l’utiliser, sous peine de devenir froid, stupide, et de ne rien obtenir ; car quand le Seigneur suspend et arrête notre entendement, il lui donne de quoi l’émerveiller et s’occuper… »

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Le Seigneur nous a donné une mémoire, une intelligence, une volonté et c’est pour que nous puissions nous en servir au fil des jours, aussi bien dans nos occupations que dans notre vie spirituelle. Il ne suffit pas d’arrêter notre entendement pour que nous soyons tournés vers Dieu et plus proches de lui.

Le silence n’est pas de soi ouverture à Dieu et il n’est pas de soi le signe que le cœur est pur ou charitable. Comme la méditation, le silence intérieur que l’on chercherait à obtenir peut provoquer une plus grande paix. Mais ce n’est pas là la voie du recueillement thérésien. Dans notre univers agité, angoissé, ces techniques peuvent apporter de grands fruits en canalisant le flot des pensées, en procurant une sorte de respiration intérieure.

 C’est une sorte de recueillement où la main de l’homme est trop présente. Or il s’agit de s’ouvrir à l’action de Dieu dans notre cœur et de le laisser faire son œuvre de sanctification en nous. L’oraison thérésienne va au-delà des méthodes. Il pourra être bon à certaines personnes de s’exercer au silence par des techniques de relaxation, par la pratique du Zen, mais c’est pour pouvoir ensuite se tourner vers le Christ, pour pouvoir entrer en relation avec lui, en faire un ami.

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Nos psychologies sont multiples, nos conditions de vie aussi, cela nous façonne et ouvre à chacun un chemin particulier à parcourir et la vie d’oraison n’est pas en dehors de ce chemin-là. Partir de la réalité est un bon principe. Pour certains il sera plus utile de faire silence quelques instants que d’essayer de méditer sur un texte quel qu’il soit. Le silence a ses vertus propres. Mais il n’est que passage et comme la méditation, il n’est pas une technique absolue. Il est moyen, chemin possible pour l’âme.

Puis la méthode doit être abandonnée pour que l’âme puisse aller plus loin, au lieu de s’enfermer dans une sorte de petite bulle. Nous sommes dans la vie chrétienne et si Dieu s’est incarné, s’il a pris les chemins de notre humanité, c’est pour nous rejoindre et nous ouvrir à une vie de relation. Nous sommes encore avec l’arbre symbolique de Zachée. Nous cherchons Dieu en montant, par l’ascèse, par la pratique de techniques et c’est louable. Ce faisant nous montons sur le petit arbre de notre perfection.

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Que se passe-t-il ? Jésus passe en dessous, au ras des pâquerettes. Pour le rencontrer, il nous invite à descendre et à l’accueillir chez nous, en notre cœur, là où il a encore mal. Il veut y déposer sa paix, mettre en nos cœurs son Esprit. Or tout cela se passe dans un dialogue, dans une relation, dans un cœur à cœur. Cela Thérèse l’a compris, l’a vécu et témoigne de l’importance de cette relation et elle nous dit à sa façon de descendre de notre arbre. Cette montée l’expression de notre désir de voir Dieu et cela est bon.

Mais notre cœur a besoin d’être évangélisé, de s’ouvrir à la présence du Dieu vivant. L’ouverture au silence se fera après, mais il sera coloré d’une façon différente, il sera habité d’une Présence. C’est Jésus-Christ qui nous emmène au Père.

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2C. L’humanité du Christ-2

Il y a le silence que l’on peut produire en soi par diverses techniques, c’est un silence d’ordre psychologique. Le mental se purifie de tout ce qui l’encombre et s’apaise. Puis il y a le silence qui est un fruit de la vie spirituelle, qui est le fruit d’une rencontre. Jésus alors nous emmène vers plus grand que lui, vers le Père, l’innommable. Pour Thérèse c’est Jésus qui nous aide à faire ce passage et c’est toute la Révélation qu’elle reprend à son compte ici. Si Jésus nous aide à nous ouvrir au Père, s’il est médiateur c’est que son rôle est fondamental. Jn 14,6 :

  • « Jésus lui dit : Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. »

D’où l’importance pour Thérèse de ne pas abandonner l’humanité du Christ sous couvert de spiritualité. V 22, 1 :

  • « Certains livres sur l’oraison expliquent que bien que l’âme ne puisse atteindre d’elle-même à cet état, puisqu’il est uniquement l’œuvre surnaturelle du Seigneur qui agit sur elle, elle peut y aider en haussant son esprit au-dessus de toutes les choses créées et en l’élevant avec humilité, après avoir vécu de longues années d’une vie d’ascèse et progressé dans la vie d’oraison.

 

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  • Ces livres leur recommandent beaucoup d’éloigner toute imagination corporelle et de l’élever à la contemplation de la Divinité ; car bien qu’il s’agisse de l’humanité du Christ, disent-ils, c’est une gêne pour ceux qui sont très avancés, cela les empêche d’atteindre à la contemplation la plus parfaite… Ils croient que puisque tout est esprit dans cette pratique, n’importe quoi de corporel peut la gêner ou l’empêcher, qu’ils doivent chercher à se mettre dans l’attitude parfaite, entourés par Dieu de toutes parts, et se voir abîmés en Lui. Il m’arrive de juger cela bon ; mais qu’on s’éloigne entièrement du Christ, qu’on identifie ce divin corps à nos misères, ou à toutes les choses créées, je ne puis le souffrir. »

C’est la méditation des mystères de la vie du Christ, la méditation du Christ en son humanité qui se fait par l’imagination qui est visée ici, et qu’on invite à dépasser par le silence pur de la contemplation. Cette affirmation a une part de vérité. Dieu est Esprit et il est plus grand que tout, il dépasse tout ce qu’on peut imaginer de lui. Il faut pour le trouver en vérité dépasser toutes les images que l’on a de lui. Et moins l’esprit sera encombré par toutes ses constructions, plus l’âme sera dans la vérité.

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Thérèse a eu sous les yeux le livre d’Osuna dont nous avons déjà parlé, le Troisième abécédaire, et c’est contre cela qu’elle réagit. On lit par exemple : « Il convient à ceux qui cherchent à atteindre la haute et pure contemplation de laisser les créatures et la sainte humanité du Christ pour monter plus haut. » ou « Ceux qui ont le très haut amour de Dieu ne cherchent que sa déité. » (V.F. 198 p 16, notes du P. Emmanuel) Mais c’est précisément nier toute la révélation que Dieu fait de lui dans l’incarnation de son Fils. Col 1,15-19 :

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  • « Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui. Il est la tête du corps de l’Église ; il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin d’être en tout le premier. Car Dieu a voulu que toute plénitude habitât en lui. »

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Si Dieu a pris le chemin de notre humanité, c’est qu’il avait quelque chose à dire de notre propre humanité. En prenant corps, il en montre, entre autres choses, la grandeur et la noblesse infinies ; que cette humanité, en fait, est à découvrir, à bâtir, surtout à recevoir de lui ; que le véritable homme, c’est Jésus. Le Christ en son incarnation, Dieu homme, déploie en même temps devant nos yeux tous les mystères de la divinité.

Il est le Chemin, la vérité, la vie et vouloir s’affranchir de cette vérité pour aller directement à Dieu, c’est vouloir jouer à l’ange et refuser le chemin d’incarnation que lui-même a parcouru. C’est en quelque sorte refuser une part de notre identité et fuir la réalité sous couvert de spiritualité. Par la médiation de l’humanité du Christ, elle nous invite au réalisme de l’incarnation, à accepter par contre coup notre propre humanité et celle des autres, à nous réconcilier avec nous-mêmes.

La vie spirituelle n’est pas une drogue qui nous fait faire de grands voyages en quittant notre corps. La vie spirituelle est rencontre de notre être blessé dans l’immense tendresse de Dieu. Elle est réintégration et acceptation de notre corps, de notre vie psychique avec ses failles et ses grandeurs sous cette lumière de Dieu.

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 C’est un chemin d’incarnation. Thérèse voit deux raisons à cette fuite :

  • le premier : un manque d’humilité, si sournois, si caché, qu’il nous passe inaperçu. V 22,9 :
  • « Ce qui ne me semble pas bon, c’est de nous habituer malignement et soigneusement à ne pas essayer de toutes nos forces d’avoir toujours devant les yeux cette Humanité sacrée ; c’est vivre l’âme en l’air, comme on dit, car elle semble sans appui, même si elle se croit pleine de Dieu. »

Là est cette ambiguïté cachée, se croire plein de Dieu et faire l’impasse de Jésus-Christ.

  • le second point : nous ne sommes pas des anges mais nous avons un corps. Vouloir faire l’ange pendant que nous sommes sur terre, c’est de la folie.

Thérèse nous renvoie au réalisme de notre propre humanité. La tête dans les étoiles, mais les pieds sur terre. C’est sur terre que se joue notre vie spirituelle.

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2D. Méditation et silence-2

Thérèse, par le chemin de l’oraison nous invite à une avancée dans la foi et la confiance au Dieu vivant. Elle nous aide à ne pas nous éterniser dans les premières phases de l’oraison de recueillement qu’elle appelle la méditation. L’âme doit s’émanciper et oser s’adresser au Seigneur dans une relation plus simple, plus immédiate, voir un simple regard. Elle nous invite à passer de la tête au cœur.

 Elle nous aide à passer d’une conception trop intellectualisée de l’oraison et de Dieu à une relation plus simple et plus immédiate et plus profonde. Avec la méditation, nous sommes dans l’ordre de la communication, c’est-à-dire que nous échangeons des informations. Je lis un texte et j’entre dans sa profondeur et le texte me délivre son message. Je prends à desseins cette formulation très contemporaine car elle masque une ambiguïté énorme. Je communique ou je reçois des informations, des messages, mais d’une façon très neutre parce que cette communication est médiatisée. Je ne suis pas en relation directe avec l’autre personne. Ainsi marche l’audiovisuel.

Mais la communication d’informations peut aussi inaugurer des relations dans lesquelles j’ai à m’engager, à me risquer et c’est une autre aventure qui commence alors. Avec la communication, au premier degré de l’échange, je reste dans une sorte d’isolement, de solitude. Mais s’il m’est possible à partir de cela, de créer des contacts, je passe de l’isolement à une relation. C’est un peu de cela qu’il s’agit quand on passe de la méditation à l’oraison. On lâche le support et l’on entre dans un nouveau registre. On s’ouvre à une relation avec Dieu.

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Et Dieu s’engage à son tour dans cette relation. Dieu alors n’est pas confondu avec une machine automatique qui lorsque j’appuie sur un bouton me délivre une bouteille de jus de fruits, ou des messages. Dieu n’est pas celui que je prie pour qu’il exauce mes besoins les plus farfelus. Il est là comme un vis-à-vis à qui je m’adresse, que je cherche à connaître, à qui je puis partager mes soucis.

Il est là devant moi, en moi, pour me répondre, non d’une manière magique, non pour être à la remorque de mes petites et mesquines insatisfactions, mais pour m’emmener dans son univers qui est paix et joie. Il m’est bon donc de ne pas faire de la méditation lorsque j’y prends goût une méthode absolue. Je peux m’y sentir à l’aise, y trouver une certaine joie, m’y sentir en sécurité.

Thérèse nous emmène plus loin et nous invite progressivement à faire un pas de plus dans une relation réelle et confiante avec Dieu. Il y là un passage qui peut être difficile pour certains. Remarquons, l’équilibre et le dynamisme de Thérèse, elle nous aide à ne pas nous enfermer dans la méditation, mais à parler à Dieu avec le cœur et ainsi à nous ouvrir à une présence. Mais encore, elle s’adresse à ceux qui veulent aller trop vite et qui sous couvert de spiritualité, abandonnent la médiation du Christ pour s’immerger plus rapidement et plus profondément dans la vie contemplative, pour être en Dieu immédiatement. Elle leur dit patience et humilité.

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  • V 22,10 : « nous ne sommes pas des anges, mais nous avons un corps. Vouloir faire l’ange pendant que nous sommes sur terre, c’est de la folie ; notre pensée doit avoir d’ordinaire un point d’appui, même si l’âme sort parfois d’elle-même, ou si elle est souvent si pleine de Dieu qu’elle n’a besoin d’aucune chose créée pour se recueillir.

 

  • Cet état n’est pas habituel, mais dans les affaires, les persécutions, les épreuves, lorsqu’on n’est pas dans la paix coutumière, aux heures de sécheresse, c’est un très bon ami que le Christ, car nous voyons l’Homme en lui, nous voyons ses faiblesses, ses épreuves, et il nous tient compagnie ; si on en prend l’habitude, il nous est très facile de le trouver près de nous. »

Le point d’appui de la pensée, c’est la présence de l’humanité du Christ, de façon globale non détaillée. Il s’agit pas de voir de quelles couleurs sont ses yeux, ses cheveux. Il ne s’agit pas de le visualiser mais de le considérer avec le regard de la foi. Elle ajoute cependant avec réalisme car même cela n’est pas magique :

  • « à certains moments pourtant nous ne pourrons obtenir ni l’un ni l’autre. Il sera bon, alors, comme je l’ai déjà dit, de ne pas nous habituer à rechercher des consolations spirituelles. »

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Elle dit que c’est le moment d’embrasser la croix.croix jesus Dieu nous fait expérimenter alors le manque et la limite pour creuser en nous des capacités nouvelles ou pour nous aider à aller plus loin dans la relation avec lui. L’épreuve du manque ou de la limite est capitale pour qu’on ne confonde pas Dieu et nous-mêmes, Dieu et notre pensée, Dieu et nos sentiments, Dieu et l’imagination que l’on s’en fait.

Cette épreuve marque une distance et nous renvoie à notre solitude. Mais cette solitude n’est pas vide, elle est chemin pour s’ouvrir à une relation authentique, elle est espace pour la parole et donc prise de distance. Dieu n’est pas réductible au sentiment que j’en ai. Cet espace qui autorise la parole maintient dans une relation authentique et permet l’ouverture du désir à un niveau plus profond.

Le lieu de la parole ici est le retour sur soi pour comprendre ce qui est en jeu dans cette épreuve et cela a besoin d’être formulé, mis à distance. Cette épreuve est généralement passage vers un autre état plus paisible et profond. C’est une conversion intérieure, abandons de repères anciens pour avancer dans la foi vers Dieu. C’est une ouverture plus grande du regard intérieur. Elle apparaît à divers moments de la vie spirituelle pour nous inviter à aller plus loin dans la vie de foi. Ce peut être le signe de l’abandon de la méditation comme de l’ouverture à la vie contemplative.

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2E. La vie spirituelle-2

Nous voilà au bout de notre parcours avec Thérèse de Jésus. Nous avons lu ensemble les chapitres 7 à 13 de son livre de la Vie. Vous avez pu constater que Thérèse de Jésus est une femme très incarnée et réaliste. Tout au long de nos partages ce sont des aspects de notre vie relationnelle qui ont été mis à jour car pour elle la vie de prière est une vie de relation dont Dieu est le partenaire privilégié.

Or cette vie de relation se vit dans un corps, elle s’incarne. Cette mise en route n’est pas toujours facile et nous y avons rencontré des obstacles dus à nos conditions de vie, à notre psychologie. C’est une venue de l’Esprit de sainteté dans notre humanité blessée. C’est une aventure dans la vie de foi, d’espérance et d’amour.

Pour Thérèse, l’oraison est un chemin de sanctification puisqu’il est marche et ouverture vers Celui qui est la sainteté même. La sainteté n’est pas un état qui s’obtient à coup de volonté, à coup d’ascèse, de jeûnes répétés.

Notre regard est un peu faussé à ce niveau par toutes les projections mentales, toutes les idées que nous avons sur la perfection. Nous assimilons souvent perfection et sainteté parce que tous les messages que nous recevons au quotidien exaltent cette idée. Nous avons devant les yeux les images publicitaires d’hommes ou de femmes parfaites dans leur corps, dans leur mental, dans leur vie conjugale.

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Nous avons devant les yeux l’image d’êtres infaillibles performants, efficaces, rapides des héros de films ou de sportifs. Or la vie, et la vie spirituelle surtout, n’est pas faite de compétitions à gagner. Mais elle bien plus que cela. Elle est d’abord réconciliation de moi avec moi-même par la prise en compte de mes failles, de mes limites reconnues et acceptées.

Elle est prise de conscience de ma finitude et de celle des autres. Ce qui permet cette prise de conscience de mon humanité qui est être en relation, c’est la découverte et l’accueil de l’amour infini du Dieu Sauveur. C’est dans ce double accueil assumé et accepté qu’il y a ouverture vers l’infini de ce Dieu qui se donne en sa beauté en sa tendresse. Il y a donc pas à pas sur le chemin de l’oraison des phases de conversion d’un Dieu imaginé à un Dieu qui se révèle. Il y a réconciliation en profondeur avec ce Dieu qui va bien au-delà de toutes les images que j’ai pu me faire de lui.

C’est cette rencontre qui m’aide à faire les différents passages de la vie spirituelle que nous avons commencé à aborder. Car plus son visage est mis à jour, plus j’accepte sa présence, plus je la désire même. Cette rencontre permet en même temps d’assumer ma propre humanité dans sa réalité car c’est cette humanité blessée, imparfaite que Dieu vient épouser pour la transformer.

Ma petitesse, ma finitude se dévoilent, mais ne provoquent pas d’humiliation, elles ne sont pas non plus écrasement, bien au contraire puisqu’elles permettent l’accueil de l’infini de Dieu dans la singularité de mon humanité. C’est bien cette exaltation que je cherche sans le savoir. La sainteté est donc cette ouverture du cœur à ce Dieu infiniment bon pour qu’il puisse mettre en mon cœur le plus profond de lui-même, son Esprit Saint.

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La sainteté est donc et surtout l’accueil de Dieu dans ma vie pour qu’il puisse y faire son œuvre de réconciliation. C’est le chemin de l’incarnation de l’Esprit de Dieu dans mon humanité. C’est lui qui fait l’essentiel du travail dans notre humanité consentante. Notre part, c’est de nous engager dans ce travail de réconciliation et donc de vérité.

Mais il y a des ténèbres en nous qui n’aiment pas le travail de la lumière et ce peut être l’occasion de conflits et de souffrances. C’est le prix de la conversion, du déploiement de tout ce qui a été froissé, de tout ce qui est limité et étroit pour une vie plus grande. Entrer dans le chemin de l’oraison, c’est entendre cet appel à naviguer au large qui réside au fond du cœur. L’oraison nous entraîne sur ces rives lointaines par ce qu’elle est brèche ouverte à la lumière divine. Elle est appel de notre désir le plus profond à s’ouvrir à cette relation d’amour de Dieu.

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 Elle est appel de l’amour à s’engager dans une relation de plus en plus étroite avec Dieu et du coup elle nous rend solidaire de l’humanité pour y porter cette joie, cette espérance qui jaillit du plus profond de l’être. Elle est marque de l’infini de notre être dans un corps limité et faillible. Elle est appel de l’infini de Dieu dans la particularité de nos existences. Finalement elle devient débordement de la joie de Dieu. Mais avant il faut que la joie de Dieu fasse son nid en nos cœurs, qu’elle s’y installe. Dans les chapitres suivants Thérèse de Jésus commencera à parler de l’oraison de quiétude. Dans cette forme d’oraison, les

  • « délices et les contentements sont si différents de ceux d’ici-bas qu’ils semblent combler le vide fait en notre âme par nos péchés. C’est au plus intime d’elle-même que notre âme ressent cette satisfaction. Il lui semble tout trouver à la fois, sans savoir ce qu’elle a trouvé. » V 14,6 .
  • Thérèse continue sa route à vous de la lire maintenant si vous voulez aller plus loin et profiter de son expérience. Joie à vous dans l’Esprit.

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Source : http://www.carmel.asso.fr/-Meditations-du-Frere-Yannick-.html

Frère Yannick est un frère carme de la Province de Paris des Carmes Déchaux, au couvent de Lille  Il a écrit plusieurs articles consultables sur le site du Carmel en France à l’adresse :
http://www.carmel.asso.fr/-Meditations-du-Frere-Yannick-.html
On y retrouve donc son travail sur le chemin d’oraison avec Thérèse d’Avila je n’ai pas eu le temps de regarder, mais certainement les autres contenus doivent mériter le détour, car, comme vous le dites, cet auteur est très accessible, (bien que le sujet de l’oraison ne soit pas si aisé, surtout à partir des quatrièmes demeures – chez Thérèse)

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A propos Myriamir

''LA PEUR NE VIENT PAS DE DIEU '' *Messages-Prophéties-Par les Saints et les Prophètes* *En cette Fin des Temps-Jésus et Marie parlent à leurs Enfants ! https://myriamir.wordpress.com/
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