Le chemin de L’ORAISON avec Sainte Thérèse d’Avila…Travail proposé par le Frère Yannick…*Un chemin de foi*


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2A. Méditer-2Un chemin de foi

Il y a plusieurs manières d’être dans la prière d’oraison. Thérèse dans son livre de la Vie, au chapitre 11, nous en a partagé quatre : puiser l’eau d’un puits avec un seau, tirer l’eau avec une manivelle, détourner un ruisseau, laisser la pluie faire son œuvre. Cela correspond à quatre étapes de la vie spirituelle. Mais qu’on ne confonde pas ces états avec des seuils qui une fois franchis, sont dépassés pour toujours. Il ne faut pas confondre vie spirituelle et examen de passage pour obtenir des diplômes successifs. Thérèse y reviendra dans le Chemin de la Perfection.

 Ici, plus on approche de Dieu, plus l’humilité et grande. De sorte que la première façon de faire oraison peut être parfois pratiquée par celui ou celle qui en est à des états plus élevés. Dans cette dimension de la vie spirituelle, l’âme va et vient en toute liberté, selon ses nécessités. Mais laissons la place à Thérèse qui va nous expliquer d’une façon plus détaillée la première phase qui est la méditation. V 11,9 « Nous pouvons dire de ceux qui commencent à faire oraison qu’ils tirent l’eau du puits à très grande peine, comme je l’ai dit, car ils ont du mal à recueillir leurs sens ; habitués à l’éparpillement, ils ont beaucoup de mal. »

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Ainsi une âme qui ne prie pas est éparpillée dans ses pensées, livrée à toutes les agitations du moment qui vont et viennent et qui fatiguent sans apporter beaucoup de réconfort. Nous n’avons pas forcément conscience de cette agitation, sauf peut-être par contrastes. Il peut en effet arriver dans certains lieux qu’un grand calme intérieur se fasse, une grande paix. Puis au bout de quelque temps les soucis, les angoisses, les mille sollicitations de la vie reprennent le dessus. Une expérience de recueillement a été faite et a montré qu’une autre dimension pouvait exister. Dans le psaume 34 il y a un verset qui dit ceci : « recherche la paix et poursuis là. »

Cet espace de respiration intérieure n’est pas immédiatement accessible et il faut se donner un peu de mal pour l’obtenir. Le psaume souligne qu’il faut la poursuivre comme on poursuit quelqu’un. S’engager dans la vie d’oraison, c’est s’engager sur ce terrain de combat. Vous vous doutez qu’il risque d’être rude, surtout dans les débuts. Lorsqu’on lance un objet à une certaine vitesse, une balle, par exemple, pour la freiner, il faudra lui opposer une énergie contraire constante et cela produit de la chaleur. Qu’on songe à un train que l’on veut freiner. C’est un peu la même chose quand on désire par la prière orienter différemment nos pensées. Il y a une résistance très forte au début pour passer du tintamarre intérieur à une pensée plus unifiée.

Les événements de la journée sont là qui nous habitent, les joies et les peines, les réussites et les échecs, les scénarios que l’on répète mille fois pour réussir quelque chose, ou pour réparer une erreur. Le mental est réellement très encombré. Faire oraison, c’est réellement partir de cette situation là pour retrouver un peu d’espace, de calme. C’est réorganiser tout ce monde intérieur grouillant pour en devenir plus le maître que le sujet ou l’esclave.

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Vous pensez peut-être que je suis pessimiste. Essayez et vous verrez. Faire oraison, c’est commencer une réelle thérapie mentale. Il y aurait beaucoup à réfléchir sur l’interaction de nos pensées et de notre santé mentale et physique. Une autre image pour considérer la vie de prière, c’est l’assimiler à un exercice auquel on n’est peu habitué, comme si un membre que l’on venait à solliciter était atrophié. Il faut alors le rééduquer. Un muscle peut se rééduquer, s’assouplir, retrouver, à condition de le faire travailler avec patience et ténacité, une certaine souplesse.

Il en est ainsi de notre âme, elle n’a peut-être jamais été sollicitée pour la prière, et l’on voudrait tout à coup lui demander ce qu’elle ne peut pour l’instant donner. Évidemment au bout d’un peu de temps, le découragement arrive et l’on abandonne tout. Tout l’art de la prière est celui d’un bon éducateur qui fait avancer sans violenter le corps, mais avec beaucoup de fermeté. Ce que l’on doit faire, Thérèse le précise au même paragraphe :

  • « Ils doivent s’accoutumer à ne point se soucier de voir ni d’entendre, et à le mettre en pratique aux heures d’oraison, à demeurer dans la solitude et isolés, penser à leur vie passée… Ils doivent chercher à méditer sur la vie du Christ, et c’est une fatigue pour l’entendement. »

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Dit autrement Thérèse propose de remplacer les bruits qui nous assaillent tout au long de la journée, d’abord extérieurs, puis surtout ceux des pensées, par d’autres bruits. Il s’agit par exemple de méditer sur notre vie, puis sur celle du Christ. Au bruit sauvage des pensées incontrôlées, Thérèse oppose, celui qu’apporte la méditation. C’est la première phase du recueillement et elle est de notre ressort. Thérèse ajoute :

  • « Voilà ce que nous pouvons acquérir par nous-mêmes, bien entendu, avec la faveur de Dieu. » Elle dit bien qu’au début, c’est une fatigue pour l’entendement, c’est-à-dire l’intelligence.

2B. Un exercice de la pensée-2

Nous terminions notre entretien, hier, par cette citation de Thérèse en V 11,9 :

  • « Ils doivent s’accoutumer à ne point se soucier de voir ni d’entendre, et à le mettre en pratique aux heures d’oraison, à demeurer dans la solitude et isolés, penser à leur vie passée… Ils doivent chercher à méditer sur la vie du Christ, et c’est une fatigue pour l’entendement. »

Elle dit bien qu’au début, c’est une fatigue pour l’entendement, c’est-à-dire l’intelligence. C’est une fatigue parce que c’est une lutte, parce que c’est un exercice dont on n’a pas l’habitude, parce qu’il faut souvent se faire un peu violence pour y consacrer un peu de notre temps, parce que la fatigue est là qui parfois peut amener au découragement. Il est clair qu’avec ce petit tableau, il faut une motivation certaine, un appel du Seigneur, un désir de le goûter, un cœur touché par le désir de Dieu pour pourvoir s’engager sans y renoncer sur ce chemin.

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Ce n’est pas là une question de volontarisme, mais c’est le fruit d’une volonté touchée, saisie par Dieu. Lorsque le cœur est touché, on trouve du temps pour s’organiser. Lorsque le cœur est touché, tout suit. Le mot méditation doit être employé dans son sens étymologique (meditari) : donner ses soins à quelque chose, s’exercer à. C’est un exercice de la pensée pour réfléchir sur un point précis. Il n’y a rien de surnaturel dans cet acte. C’est simplement un exercice de l’intelligence, de la mémoire, de la volonté.

Or tout homme possède ces facultés, donc tout homme peut méditer. Ce qui différencie l’acte spirituel de l’acte naturel, c’est son orientation à Dieu. On peut ainsi prendre un évangile ou un beau texte spirituel, le lire plusieurs fois, s’en imprégner, l’analyser pour en dégager la dynamique et réfléchir à partir de cela ce qu’on peut en dégager. On n’est pas là devant un roman dont on voudrait, à peine ouvert, déjà connaître la fin.

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Il ne s’agit pas de tourner les pages, mais d’entrer par l’exercice de la pensée dans une certaine profondeur du texte, ce que veut nous dire le texte. Et l’on a souvent la grosse surprise de découvrir des choses auxquelles on n’avait pas fait attention à une première lecture rapide, souvent trop affective. Thérèse parlera dans le chemin de la Perfection de la même façon quand il s’agira de prier le Notre Père. Il s’agira de faire attention à ce qu’on dit et non pas de rabâcher. Ainsi qu’est-ce que je dis quand je dis “Notre“ ou “Père » ou “qui est aux cieux“. Pour vous qu’est-ce que ces mots veulent dire ? Ont-ils un sens, ou font-ils partie d’une simple formule apprise par cœur ?

Méditer, c’est donc un exercice du mental sur un objet déterminé pour mieux en pénétrer le sens. Dans ce simple travail, la pensée devient moins agitée, se simplifie, la paix se fait jour. Il y a des tempéraments qui sont très doués pour ce type d’exercice et ils peuvent rester longtemps en cet état. Mais méditer ainsi est-ce faire oraison ? Thérèse précisera dans le Chemin de la Perfection ch 24, 2 : « et quand je dis Notre Père, l’amour consistera à comprendre qui est ce Père et qui est le maître qui nous a enseigné cette prière. » Et un peu plus loin, para. 6 « nous devons comprendre à qui nous parlons. »

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Ce qui veut dire que l’oraison ne vise pas uniquement à recueillir nos pensées et les appliquer à de belles considérations, elle va plus loin, beaucoup plus loin. Elle vise à une rencontre. Elle nous invite à faire de Dieu le compagnon de nos journées, à instaurer une relation avec ce Dieu qui ne se voit que par le regard de la foi.

Et ce n’est pas évident dans les débuts de s’adresser à quelqu’un qu’on ne voit pas, qu’on ne sent pas. Si l’on a une belle intelligence, on peut prendre tous les textes possibles, les fouiller par la pensée dans tous les sens, mais l’on ne se sera pas engagé dans une relation. Or Thérèse nous invite à considérer celui à qui on s’adresse et toute la force de son enseignement est là en fait. Dieu est vivant et dans l’oraison on s’adresse à lui.

Plus qu’une façon de faire, c’est une manière d’être. Ainsi à chaque mot du Notre Père, elle nous invite en même temps à penser à qui ces mots s’adressent. Aussi la méditation prend une couleur nouvelle, elle devient par les mots égrenés recueillement de la pensée, puis relation trouvée avec celui à qui on s’adresse. Si bien qu’avec un peu d’expérience, et elle le dira elle-même, le but de la méditation n’est pas tant de parcourir tout le Notre Père, mais de se trouver en sa présence.

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2C. Méditer et contempler-2

La méditation nous l’avons vu est un moyen pratique pour recueillir ses sens, les unifier, les orienter d’une façon consciente vers Dieu. Notre volonté, notre mémoire, notre intelligence sont sollicitées par cette pratique. En soit, il n’y a rien encore de proprement spirituel à ce niveau. La vie spirituelle apparaît lorsque ces facultés sont orientées vers Dieu.

Lorsque je médite le Notre Père, peu à peu mes pensées s’ordonnent, s’apaisent, mais ce n’est à ce niveau encore qu’une simple thérapie mentale. Lorsque peu à peu j’oriente les pensées vers celui à qui je m’adresse et que je prends du temps à considérer qui il est, il y a une élévation du cœur à partir des mots sur lesquels j’appliquais la pensée à la présence de Dieu expérimentée dans la foi. L’intelligence s’ouvre et laisse place à Dieu perçu par la foi. C’est ce passage là en fait qui est important et qui est visé par Thérèse, comme par Jean de la Croix.

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Et c’est à ce niveau que se place la vie contemplative, où l’on passe de la méditation à la contemplation. On entend par contemplation une oraison caractérisée par la prédominance du simple regard, de la vue simple et affectueuse. Par rapport à la méditation, la pensée se simplifie à l’extrême pour admirer et entrer dans le mystère de Dieu. Il n’est plus alors nécessaire de discourir, de réciter tout le Notre-Père, un seul mot peut suffire, une seule image et l’âme se trouve recueillie, absorbée parfois par Dieu. Il peut ainsi arriver de rester une heure sur l’un des articles du Notre Père, le cœur étant saisi par ce Dieu qui peu à peu se fait jour, présent. Car il est vivant ! L’oraison vise à cette expérimentation. C’est alors le démarrage de la vie spirituelle, de l’action de Dieu dans le cœur de la personne.

  • C 25,1 : « il est fort possible que tandis que vous récitez le Notre Père, le Seigneur vous élève à la contemplation parfaite. Sa Majesté montre ainsi qu’elle entend qui lui parle, et sa Grandeur lui parle à son tour en suspendant son entendement et en arrêtant sa pensée… L’âme comprend que ce Maître Divin l’instruit sans bruit de paroles, suspendant ses puissances, qui feraient plus de mal que de bien si elles agissaient. Elle jouit sans savoir comment elle jouit, embrasée d’amour, l’âme ne sait comment elle aime… »

Dans les quatre manières qu’à l’âme d’arroser le jardin, la première correspond à la méditation et les autres sont une ouverture progressive vers la contemplation. Dans la méditation, l’âme tire du fruit de son propre trésor, de ses propres richesses. Mémoire, intelligence et volonté sont à l’œuvre. Dans cette phase, l’âme peut être embarrassée par ses propres richesses intellectuelles et ne pas comprendre qu’il y a une autre profondeur à son être. Elle peut faire quantité de constructions mentales et en tirer de la joie. Mais où est Dieu là-dedans ?

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Car il est encore peu, bien peu présent, même s’il est à l’œuvre, même si l’âme se tourne vers lui. C’est l’âme qui prend encore, pour ainsi dire, toute la place. Selon le langage imagé de Thérèse, elle prend le seau, le jette à l’eau puis le tire à bout de bras. Le résultat est plutôt moyen et la fatigue est grande. Dieu est discret et respectueux. Si l’on parle, il se tait.

Mais, s’il nous arrive de nous taire, alors sans bruit de mots, il apporte sa fraîcheur en nos cœurs. Le but de l’oraison, c’est de faire une place à Dieu dans notre cœur pour qu’il puisse y déposer son amour. Puisque l’âme en ne méditant plus, laisse la place vide en quelque sorte, elle a l’impression pendant quelques instants de ne plus rien faire, de se trouver dans une sorte de vide des pensées, et elle se sent comme perdue et elle a envie de retourner en arrière. Relisons cette phrase

  • « …L’âme comprend que ce Maître Divin l’instruit sans bruit de paroles, suspendant ses puissances, qui feraient plus de mal que de bien si elles agissaient. »

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Or l’âme ne comprend pas toujours. Et c’est là le point délicat, puisque justement Dieu agit délicatement et que l’âme peut se sentir, dans les débuts un peu décontenancée par cette nouveauté. Qu’elle n’ait donc pas peur, mais garde confiance, car c’est Dieu qui maintenant agit. Il est clair que l’âme perd maintenant toutes ses sécurités, puisque ce n’est plus elle qui agit directement, et il lui faut avancer dans la foi, dans la confiance, sans violence. Cela impose un lâcher prise de l’intelligence, de la mémoire, de la volonté pour avancer dans la foi, l’espérance, l’amour. Et ce passage peut être vécu douloureusement. C’est dans cette lumière qu’on comprend ce que Thérèse écrit en V 11,15 :

  • « ils vivent dans l’affliction, persuadés de ne rien faire. Ils ne peuvent souffrir que l’entendement cesse d’agir ; alors que d’aventure la volonté s’amplifie et se renforce, ils ne s’en rendent pas compte… »

Vous comprenez pourquoi il ne faut pas se fixer aux différentes façons d’arroser le jardin, comme autant de repères qui viendraient confirmer notre progression. On peut très bien passer de la première étape à la quatrième et réciproquement. Dieu est le maître et c’est lui qui a l’initiative, à l’âme de se laisser faire, d’être attentive à son action.

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2D. Croire que Dieu est-2

S’ouvrir à la présence de Dieu en soi se fait par divers phases successives, par divers lâcher prise ou détachements et l’âme dans ce cheminement peut se sentir un peu perdue, dépourvue. Il y a encore d’autres lieux de détachement, de conversion. On lit en V 11,13 :

  • « Notez bien que je parle d’expérience : l’âme qui s’engage résolument dans cette voie de l’oraison mentale, et qui peut obtenir d’elle-même de ne pas faire grands cas de ce que les plaisirs et ces tendresses, se consoler ou se désoler, lui fassent défaut, ou que le Seigneur veuille bien les lui accorder, doit savoir qu’elle a déjà couvert une grande partie du chemin ; elle n’a donc pas à craindre de retourner en arrière, pour beaucoup qu’elle bronche, car l’édifice est fondé sur des bases solides. »

 

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Dans cette aventure de la vie de prière qu’est l’oraison on aime bien avoir des repères, savoir si l’on avance. On juge de cette progression au goût que l’on éprouve, aux expériences que l’on fait. Dans les débuts, surtout lorsqu’on arrive à la foi après une conversion, certains ont des fortes joies intérieures de sorte que l’on pense que Dieu et soi, c’est tout un. D’autres peinent pendant de longues années et éprouvent un peu d’inquiétude à la vue du peu de fruits de leur labeur. Or la vie spirituelle n’est pas au niveau du ressenti, de la sensibilité, de l’émotivité. Thérèse nous invite à aller plus loin dans la vie spirituelle, c’est-à-dire dans l’amour. Au milieu du paragraphe précédent V 11,12 elle note :

  • « bouchez-vous les yeux plutôt que de penser : “Pourquoi donne-t-il de la ferveur à celui-là au bout de si peu de jour, et pas à moi, après tant d’années ?“ »

 

Dieu donne, Dieu fait sentir sa présence, c’est important ; mais il attend en retour qu’on l’aime pour lui. La marche à la suite du Christ nous invite à dépasser cette dimension sensible, émotionnelle pour aller plus profond dans la relation à Dieu. Attention, il ne s’agit pas de la nier, de l’occulter. Il s’agit d’aller à un niveau plus profond dans la relation. Thérèse nous invite à aller plus loin que notre ressenti dans ces quelques mots : « qui peut obtenir d’elle-même de ne pas faire grands cas de ce que les plaisirs et ces tendresses, se consoler ou se désoler, lui fassent défaut, ou que le Seigneur veuille bien les lui accorder, doit savoir qu’elle a déjà couvert une grande partie du chemin. »

Il faut vivre tout simplement dans la foi. Jean de la Croix prendra l’image de l’enfant que la mère porte dans ses bras pour l’allaiter. Puis quelque temps après, il devient suffisamment grand et fort, elle le pose par terre pour qu’il marche tout seul. L’enfant porté dans les bras, c’est l’enfant que Dieu nourrit de sa grâce, de ses consolations pour le fortifier. Celui qui marche, c’est celui qui, suffisamment fort et confiant en sa mère, ose faire ses premiers pas et c’est la vie dans la foi, c’est la vie dans l’Esprit qui commence. Cette marche nous entraîne peu à peu vers une expérience de Dieu plus en profondeur, vers une authentique relation dans laquelle on est deux. Écoutons encore Thérèse de Jésus nous dire à la fin de V 11,12 :

  • « et plaise à Votre Majesté de ne pas donner une chose aussi précieuse que votre amour à des gens qui ne vous servent que pour goûter vos plaisirs. » et dans le paragraphe suivant : « Oui, l’amour de Dieu ne consiste pas dans les larmes, ni dans ces saveurs et tendresses que nous désirons souvent pour notre consolation, mais c’est servir Dieu avec justice, force d’âme et humilité. Sinon ce serait recevoir, ce me semble, plutôt que donner nous-mêmes quelque chose. »

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Quand Thérèse parle de l’oraison, elle nous invite à nous y engager avec détermination de telle sorte que rien ne nous arrête, surtout pas l’absence de consolation. Elle parle de s’engager résolument, avec détermination. Elle pense aux âmes qui dans les débuts peinent et s’épuisent à monter l’eau du puits. Elle pense aux âmes qui méditent, qui font travailler l’entendement et ne trouvent que sécheresse :

  • « Mais que fera celui qui au bout de longs jours ne trouve que sécheresse, déplaisir, fadeur, et si peu d’envie de puiser l’eau que s’il ne se rappelait qu’il fait plaisir au Seigneur du verger et qu’il lui rende service, s’il n’hésitait à perdre tout ce qu’il a déjà fait, car il espère encore un gain du grand travail qui consiste à descendre bien des fois le seau dans le puits et à le remonter sans eau, il abandonnerait tout ?… Qu’il prenne donc la décision de ne pas laisser tomber le Christ avec la croix, même si cette sécheresse devait durer toute la vie. Le temps viendra où tout lui sera payé à la fois. »

Elle ajoute V 11,11 :

  • « Ces peines ont leur prix, en personne qui les a endurées de longues années, je sais qu’elles sont immenses… Mais j’ai vu clairement que Dieu ne manque point de beaucoup les récompenser, même dès cette vie, car, vraiment, une seule des heures de celles où le Seigneur m’a accordé depuis ses saveurs me semble avoir payé toutes les angoisses que j’ai longtemps endurées pour persévérer dans l’oraison.

 

  • Je crois à part moi que souvent le Seigneur veut donner au commencement, et d’autres fois sur la fin, ces tourments, et les nombreuses autres tentations auxquelles on est en butte, pour éprouver ceux qui l’aiment, savoir s’ils pourront boire le calice et l’aider à porter la croix, avant de déposer en eux de grands trésors. Je crois que sa Majesté veut nous mener par ce chemin pour notre bien, pour que nous comprenions le peu que nous sommes, car les faveurs qui suivront seront d’une si haute dignité qu’il veut nous donner d’avance l’expérience de notre misère pour qu’il ne nous arrive pas la même chose qu’à Lucifer. »

Les faveurs que Dieu veut nous faire sont si grandes qu’il fortifie les fondations. Alors patience et courage dans la joie de l’espérance.

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2E. La place du corps-2

Le Seigneur veut mettre en nous sa joie, veut agrandir l’âme de façon divine, C’est ce qu’il nous promet surtout dans l’Évangile de St Jean. Thérèse actualise ces promesses et nous encourage sur le chemin.

 

Le but est là, mais sur le chemin il y a des difficultés, des obstacles et tout en nous engageant avec fermeté, car elle attend que celui qui s’engage à l’oraison soit déterminé, résolu, elle nous conduit avec souplesse. C’est tout notre être qui va à Dieu, non pas l’esprit d’un côté, l’âme de l’autre, le corps d’un autre encore. L’homme est un et il faut reprendre une conception plus biblique de notre être dans laquelle le corps et l’âme sont intégrés, comme une pièce avec deux faces.

Les difficultés rencontrées dans l’oraison peuvent venir de difficultés spirituelles, mais aussi corporelles. Thérèse parle d’indispositions corporelles. En V 11,15 :

  • « notre âme, pauvre petite captive, participe aux misères du corps ; et les changements du temps, les accès d’humeur, l’empêchent souvent, malgré elle, de faire ce qu’elle veut, ils la font souffrir de toutes les manières ; et plus on veut lui faire violence à ces moment-là, pis cela est, et plus le mal dure ; il faut au contraire avoir la prudence d’examiner s’il s’agit de cela, et ne pas étouffer la malheureuse… c’est un grand malheur de vivre dans cette misère, sans pouvoir faire ce qu’elle veut, par la faute du si mauvaise hôte qu’est le corps. »

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Elle ajoute qu’il faut en la matière beaucoup de prudence, car il arrive que cet état vienne du démon. Dit autrement, il ne s’agit pas de devenir esclave de son corps mais de tout examiner avec discernement.

Aujourd’hui nous parlerions différemment tant les relations entre le corps et l’âme commencent à être mis à jour. On entend par âme, en gros, nos facultés psychiques. Il y a des résonances multiples qui vont de l’un à l’autre. On parle beaucoup de somatisation. Soma, c’est le corps. Des tensions psychiques raisonnent jusque dans le corps et se fixent en certaines parties souvent déjà fragiles de ce corps. Le corps ne ment pas, il exprime à sa façon ce qui ne peut ou n’est pas encore advenu à la parole.

Mais les clés de lecture sont parfois difficiles à trouver, si tant est qu’on cherche bien à faire la lumière en soi. Il me semble qu’il y aurait là tout un champ d’investigation à explorer. Qu’est-ce que mon corps veut me dire de ce que je suis, du mal être que je porte ? J’ai parmi plusieurs exemples connu une personne souffrant d’une sciatique chronique, or cette sciatique se manifestait surtout après des conflits d’ordres relationnels. Il est grandement probable qu’il y a là un problème physiologique, mécanique à la base, mais la relation avec les problèmes psychologiques est évidente.

Il y a une interaction de différentes composantes qu’il serait peut-être bon de mettre à jour. Qu’est-ce qui est là en jeu ? Pourquoi les tensions se fixent-elles là et pas ailleurs ? Chez ceux ou celles qui se lancent dans la vie contemplative, il y a le même phénomène. L’âme participe aux misères du corps et réciproquement. Et ces épreuves peuvent être de véritables freins au développement de la vie spirituelle.

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On accuse le corps d’être un frein alors qu’il ne vient qu’extérioriser, que manifester un problème plus intérieur, des tensions psychologiques. Je crois qu’il faut surtout regarder le corps comme une caisse de résonance, comme un lieu de concrétisation de ce qui se passe au plus profond de l’âme. La rencontre du frère peut engendrer des tensions, obligé à des conversions. Il en est de même dans la vie spirituelle où l’on s’ouvre au Dieu vivant et donc au Dieu tout autre. Cela passe par des phases de conversion qui engendrent des tensions. Dans cette dimension avec ses connaissances et son vocabulaire, Thérèse vient nous dire qu’il faut ici agir avec doigté. Elle écrit V 11,16 :

  • « Qu’elle serve alors le corps pour l’amour de Dieu, afin que le corps serve souvent l’âme à son tour ; et qu’elle s’accorde la distraction de quelques conversations vraiment saintes, qu’elle aille à la campagne, selon ce que conseillera le confesseur. L’expérience qui nous fait comprendre ce qui nous convient est toujours un grand bienfait, et on sert toujours Dieu. Son joug est doux, la grande affaire est de ne point tirer l’âme à la traîne, mais de la conduire avec douceur, pour son plus grand avancement. »

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Il faut parfois écouter son corps et s’accorder des temps de détente des espaces de liberté comme autant d’exutoire à certaines tensions qui montent du plus loin de nous-mêmes. Mais s’il faut conduire avec douceur, qu’on n’oublie pas de s’interroger sur ce que cela peut signifier…


À Suivre …VII. Dans le silence

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