Le chemin de L’ORAISON avec Sainte Thérèse d’Avila…Travail proposé par le Frère Yannick…*AIMER*


avila2

2A. Les serviteurs de l’amour-2

Mc 10,17 3e D par 5-7 Les fois précédentes, Thérèse nous parlait de la foi et de l’humilité. Elle voit dans ces vertus le chemin qui nous permet d’accepter notre dépendance puis d’accueillir avec simplicité les grâces du Seigneur. Nous poursuivons la lecture de Thérèse et nous allons voir encore une fois la justesse de son jugement et comment en fait, elle continue de parler de l’humilité sous une autre forme, ce qui va encore nous ouvrir à de grands espaces.

  • V 11,1 « Je vais donc parler maintenant de ceux qui commencent à être les serviteurs de l’amour ; nous ne sommes rien d’autre, ce me semble, lorsque nous décidons de suivre sur ce chemin de l’oraison celui qui nous a tant aimé ; c’est là une si haute dignité que j’éprouve à y penser une joie extraordinaire, la peur servile s’élimine bientôt, si nous nous comportons comme nous le devons dans ce premier état. »

Il va nous falloir peu à peu lire tout ce paragraphe tant la pensée est serrée. Voici donc une première partie que j’ai isolée. Thérèse parle des serviteurs de l’amour. On pourrait croire qu’elle s’adresse uniquement à ses religieuses, mais est-ce bien sûr. Elle nous donne une première réponse quand elle dit : « nous ne sommes rien d’autre, ce me semble, lorsque nous décidons de suivre sur ce chemin de l’oraison celui qui nous a tant aimé » et elle continue d’ouvrir la proposition au paragraphe 3 et 4. Donc tout le monde peut se sentir concerné… L’oraison est un chemin par lequel on peut suivre “celui qui nous a tant aimé. Il y a donc un compagnonnage, une intimité de relation qui se créent qui nous permettent de marcher sur ses pas. J’espère avoir su vous partager au cours des entretiens précédents cet amour qu’a pour nous le Christ et que vous pouvez maintenant ajouter avec Thérèse :

  • « c’est là une si haute dignité que j’éprouve à y penser une joie extraordinaire, la peur servile s’élimine bientôt ».

jesus-aime-enfants

Il est certain que lorsqu’on aime on ne calcule pas, on fonce. Cependant Thérèse ajoute :

  • « si nous nous comportons comme nous le devons dans ce premier état. »

Qu’est-ce à dire, sinon qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Elle dit encore :

  • « Ô Seigneur de mon âme, mon Bien ! Pourquoi n’avez-vous pas voulu que l’âme qui décide de vous aimer et s’efforce de tout quitter afin de mieux se vouer à cet amour de Dieu ait immédiatement la jouissance de s’élever jusqu’à cet amour parfait ? Je m’exprime mal.

barre or

  • J’aurais dû dire en gémissant que c’est nous qui ne le voulons pas ; car c’est uniquement par notre faute que nous ne jouissons pas tout de suite d’une si haute dignité ; lorsqu’on arrive à ressentir parfaitement ce véritable amour de Dieu, il apporte avec lui tous les biens. Nous nous prisons si cher, nous sommes si lents à nous donner totalement à Dieu, que devant la volonté de sa Majesté de ne pas nous laisser jouir d’une chose si précieuse sans payer un grand prix, nous hésitons à nous y disposer. »

Dieu se donne donc, mais il attend de nous que nous fassions notre part du chemin. C’est là que les problèmes commencent. Nous sommes aliénés dans notre capacité de donner ou de recevoir et il y a mille lieux de notre être qui sont prétextes à replis sur soi, incapacité à faire un pas de plus. Il vous est peut-être arrivé de mettre votre main dans un cours d’eau. Comment vous y prendriez-vous pour capter le maximum d’eau ? Regardez, si vous fermez le point, il y a un peu d’eau qui reste ; mais plus vous le fermez, moins il en reste. Par contre plus vous ouvrez la main, plus vous pouvez capter d’eau, au risque de tout perdre ! Mais comme la main reste dans le cours d’eau, elle se remplit immédiatement…

Deux remarques à partir de cette image : Pour que cela marche, il faut maintenir la main dans le courant. Jésus nous appelle à demeurer en son Amour, à quitter notre petit moi pour s’ouvrir à sa présence. Humilité. Puis, il faut consentir à ouvrir la main.

Simplement consentir et c’est tout un travail. Pour que le sarment porte plus de fruits, il sera émondé, nous dit St Jean. Foi. Il en est ainsi de la vie spirituelle. On décide souvent de tout donner, mais au bout d’un certain temps on s’aperçoit que la main n’est pas tout à fait ouverte. Il n’y a rien d’étonnant, la vie de foi n’est pas un concept intellectuel, mais une dynamique, Jésus nous entraîne à sa suite. Il s’agit de vivre Dieu, de recevoir Dieu en soi et c’est impliquant. Viens et suis-moi, cela se conjugue au présent et c’est quitter son confort et ne trouver son aise qu’en Dieu. Pour certains, ce sera d’être auprès des plus pauvres, pour d’autre ce sera la vie d’oraison.

barre or

J’ai l’air ici d’opposer ici deux réalités qui ne font que se compléter en réalité. Les grands noms de la vie apostolique sont souvent ceux qui ont une forte vie d’oraison. De Jean Paul II à mère Térésa, voyez, c’est le même travail en fait qui se passe. La relation à Dieu nous place face au tout autre, la relation au pauvre nous place en face de l’autre. C’est un même mystère, et cela engage le même travail intérieur de purification, de détachement de soi pour s’ouvrir à l’autre. Et ce travail de don et de détachement de soi, un père ou une mère de famille ne sont-ils pas amenés à le vivre autant qu’un religieux ou qu’une religieuse ?

papillon

2B. Il faut de la détermination-2

Thérèse de Jésus se demandait pourquoi une âme qui apparemment se donne à Dieu totalement n’a pas la jouissance de s’élever jusqu’à cet amour parfait. Elle fait simplement remarquer que notre don n’est qu’apparent, et au chapitre 11, elle pense à ses sœurs en religion, elle dit qu’il ne suffit pas d’avoir fait des vœux, il faut les vivre. Or elle constate que l’âme est si fragile qu’aussitôt la première ferveur passée, l’âme récupère peu à peu tous ses biens. L’engagement religieux, comme la vie baptismale, ne sont pas des événements qui se conjuguent au passé, mais au présent. C’est aujourd’hui que je suis baptisé, que je vis mon engagement religieux. Au paragraphe de V 11,2, elle ne fait pas de cadeaux et elle enchaîne :

  • « Nous décidons d’être pauvres, et c’est un grand mérite, mais nous sommes bientôt repris par nos inquiétudes, à nouveau nous faisons diligence pour ne point manquer non seulement du nécessaire, mais du superflu et acquérir des amis qui nous le procurent ; nous nous mettons davantage en soucis, et, d’aventure, en danger, par crainte de manquer, que nous l’étions naguère, lorsque nous possédions des biens. Nous croyons aussi avoir renoncé à l’honneur en entrant au couvent, ou débuté dans la vie spirituelle en recherchant la perfection, mais à peine touche-t-on à notre point d’honneur que nous oublions l’avoir déjà remis à Dieu… »

barre or

Il est plus facile de parler des autres que de soi, non ? Mais que fait Thérèse de Jésus sinon contester notre façon de vivre par trop narcissique. Nous nous mettons en soucis pour avoir un appartement confortable, une belle auto. Tout s’organise autour de la prestance, et l’on se fait esclave d’une mode, plus que les maîtres et l’on finit par en perdre la paix. Ce n’est plus nous qui dominons le monde, c’est lui qui sournoisement empiète sur notre vie privée et nous met à genoux. Comment dès lors pouvoir s’organiser dans ce monde pour en être le maître, pour être le maître de notre destinée ? Cela suppose une hygiène, un choix de vie. On ne peut se complaire dans les soucis, dans l’angoisse et trouver la paix dans son cœur.

Il faut le rappeler : le péché, c’est une recherche de bonheur qui se trompe de direction. Le point de départ est bon, mais on se trompe de cible et l’on finit par se faire souffrir inutilement. Parce que le but fixé, c’est bien le bonheur !

rose-rouge

  • V 11,3 : « Jolie façon de chercher l’amour de Dieu ! Et nous voulons l’obtenir immédiatement, avoir, pour ainsi dire, les mains pleines. Nous voulons garder nos affections, puisque nous ne cherchons pas à réaliser nos désirs, et que nous ne parvenons pas à les élever de terre et avec cela l’abondance des consolations spirituelles ; cela ne va pas, et je ne crois pas que ce soit compatible. C’est donc parce que nous n’arrivons pas à tout donner à la fois qu’on ne nous donne pas ce trésor tout entier. »

Cela, Christian Bobin, dans le Très Bas, le formule magnifiquement : « Trois mots vous donnent la fièvre. Trois mots vous clouent au lit : changer de vie. Cela c’est le but. Il est clair, simple. Le chemin qui mène au but, on ne le voit pas. La maladie, c’est l’absence de chemin, l’incertitude des voies. On n’est pas devant une question, on est à l’intérieur. On est soi-même la question. Une vie neuve, c’est ce que l’on voudrait mais la volonté, faisant partie de la vie ancienne n’a aucune force. On est comme ces enfants qui tendent une bille dans leur main gauche et ne lâchent prise qu’en s’étant assurés d’une monnaie d’échange dans leur main droite : on voudrait bien d’une vie nouvelle, mais sans perdre la vie ancienne. » Ce n’est pas un appel à tout vendre et à aller sur une île déserte.

barre or

Il ne suffit pas de se promener tout nu sur la plage, cela ne change pas le cœur. C’est la ferveur des commençants à qui tout paraît possible. Vienne l’épreuve du temps qui vérifie et partage l’ivraie du bon grain, l’imaginaire du réel : le démon qui nous empoisonne est en fait dans notre cœur et il faut l’en faire sortir. Ce que à quoi nous invite Thérèse de Jésus c’est à la conversion de l’Évangile, là où nous sommes, et d’abord dans ce combat de nous-mêmes contre nous-mêmes. Ce n’est pas l’autre qu’il s’agit d’abord de convertir pour se rassurer, mais soi. V 11,4 : « Si le débutant s’efforce, avec la faveur de Dieu, d’atteindre au sommet de la perfection, je crois qu’il n’arrive jamais seul au ciel, mais qu’il y emmène beaucoup de gens derrière lui. »

« Que rien ne te trouble que rien ne t’effraie, tout passe Dieu ne change pas, la patience obtient tout Celui qui a Dieu ne manque de rien Dieu seul suffit. » P 9

barre or

2C. Il arrache et plante-2

Thérèse nous l’a fait comprendre plusieurs fois déjà qu’on ne peut aimer Dieu et le monde, le monde dans ce qu’il a d’enfermant, d’étroit, d’égoïsme, de mensongeElle nous a dit que l’oraison était un chemin qui permettait de suivre celui qui nous a tant aimé et qu’un commerce d’amitié allait tout doucement s’organiser, mais que cela ne se ferait pas sans de grandes difficultés, surtout au début. Maintenant que nous dit-elle de plus ?

  • V 11,6 : « Le débutant doit concevoir que le terrain où il entreprend de cultiver un verger où se délectera le Seigneur est très ingrat, plein de mauvaises herbes. Sa majesté arrache les mauvaises herbes et doit planter les bonnes. Sachons que cela est déjà fait quand une âme décide de faire oraison et qu’elle a commencé. Avec l’aide de Dieu, nous devons tâcher, en bons jardiniers, de faire pousser ces plantes, prendre soin de les arroser pour qu’elles ne meurent point, mais donnent un jour des fleurs dont se réjouira Notre-Seigneur. »

arbre-colore

barre or

La tournure de la phrase est curieuse : « Sa majesté arrache les mauvaises herbes et doit planter les bonnes. Sachons que cela est déjà fait quand une âme décide de faire oraison et qu’elle a commencé. » L’âme décide donc de faire oraison et elle commence ; au dire de Thérèse cela correspondrait en fait à l’action du Seigneur en elle. Deux sujets différents pour une même action, c’est assez difficilement compréhensible. Il faut savoir ou c’est l’âme ou c’est le Seigneur ! Pour que l’articulation des deux phrases se tienne, il faut entendre que faire oraison ne peut correspondre qu’à un appel du Seigneur, une action spécifique de l’Esprit-Saint dans le cœur d’une personne.

L’âme se contente de coopérer à cet appel lorsqu’il est entendu, car Dieu ne cesse d’appeler. Cependant si tout le monde est appelé à la prière, tout le monde n’est pas forcément appelé à faire les deux heures d’oraison quotidiennes vécues au Carmel, tant chez les moniales que chez les religieux. C’est Dieu qui met au cœur ce désir de le rencontrer, ce désir de marcher avec lui, tout près de lui.

  • 1Co12,4-7 « Il y a diversité de dons, mais le même Esprit ; diversité de ministères, mais le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous. Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune. »

Là encore il est bon de préciser que quelqu’un engagé dans le monde peut se sentir appelé à cette quête et qu’il ne pourra pas avoir deux heures, ni même une heure de libre. Que fera-t-il alors ? J’aurais envie de préciser en la matière, que la vie n’est pas faite que de compétitions à gagner, en ce sens que le but de l’oraison n’est pas de faire tant de minutes d’affilée, chrono en main.

barre or

On ne juge de la qualité de son oraison au temps passé, mais à la paix reçue, mais à la foi plus forte, mais à la charité renouvelée. Ce serait autrement mal comprendre ce qu’est la prière et donner trop de place à l’esprit du monde. Dieu est amour et vérité, ce n’est pas en se faisant illusion qu’on progressera à sa rencontre. Ce qui compte, c’est la qualité de la relation.

Prendre par exemple dix fois cinq minutes au cours d’une journée sera beaucoup plus profitable pour que le Seigneur grandisse dans le cœur que vouloir à tout prix prendre une heure parce qu’on a vu les autres faire comme cela et qu’on veut en faire autant.

prier

La vie spirituelle n’est pas une question de mayonnaise, mais une question de cœur et c’est d’ailleurs là que le Seigneur nous attend. La pratique de l’oraison apprendra en fait qu’il ne s’agit pas uniquement de réserver un temps dans la journée, de découper sa journée en rondelles de saucisson, bien séparées les unes des autres en se disant après que je suis quitte, que j’ai fait mon devoir, que j’ai réussi à caser toutes mes petites affaires, que j’ai réussi à tenir autant de temps. Dieu n’est pas là et il se jouera bien de nous si nous l’enfermons dans ce genre de petites boîtes.

 

Encore une fois la vie de prière n’est pas une question de techniques. Vous constaterez aussi qu’il suffit de s’isoler quelques minutes pour que toute la journée, ou plus, reflue dans la pensée : les tensions, comme les joies, les moments loupés comme ce qui a bien marché. Tout revient pêle-mêle. Cela veut dire en fait que c’est toute ma journée qui doit être peu à peu bâtie, convertie, vécue plus en accord avec l’Évangile pour que je puisse le soir ou le matin me retrouver devant le Seigneur en paix.

Dans cette ligne-là, il est bon d’isoler une ou deux choses seulement pour ne pas se perdre et à partir de cette constatation de répétitions d’événements mal vécus, on peut se poser de très bonnes questions sur la nature de nos failles. On peut faire les mêmes constatations pour ce qui a été positif et qu’il faut savoir reconnaître…

barre or

Pourquoi l’enseignement sur la prière en St Mt 5-7, se trouve-t-il au centre de ce qu’on appelle le Sermon sur la Montagne ? C’est aussi toute la dynamique de prend Thérèse de Jésus lorsqu’elle rédige le Chemin de la Perfection.

Elle nous dit qu’elle va parler de l’oraison, qu’elle se prépare à en parler, et en fait il faudra attendre la moitié du livre pour qu’elle commence à en parler. Que fait-elle avant ? Elle prend le temps d’en placer les fondations qui sont l’amour du prochain, le détachement du créé, la véritable humilité. Tout un programme n’est-ce pas ? Une petite précision, il ne faut pas attendre d’être arrivé pour se mettre en chemin, mais l’inverse, il faut oser se mettre en chemin pour arriver.

barre or

2D. Oraison et mérites-2

  • V 11,6 « Avec l’aide de Dieu, nous devons tâcher, en bons jardiniers, de faire pousser ces plantes, prendre soin de les arroser pour qu’elles ne meurent point, mais donnent un jour des fleurs dont se réjouira Notre-Seigneur. »

Pour Thérèse arroser les plants que le Seigneur a mis dans le jardin c’est la part de l’oraison. Il y a l’appel à une vie d’oraison, une quête de Dieu qui vient du fond de nous-mêmes et il y a le principe de réalité, le choix de vie que je fais. Comment vais-je pouvoir répondre aux appels du Seigneur dans ce choix de vie ? Car c’est bien à moi de faire ce choix ! En ce qui concerne la vie d’oraison, est-ce que je vais pouvoir consacrer plusieurs fois cinq minutes, une demi-heure, plus ?

Il y a en moi l’expression d’un désir, il a le principe de réalité. Et souvent un conflit résultera de ce processus, conflit qui orientera un choix de vie, un peu moins de temps ici un peu plus là, peut-être même jusqu’à la question de la vie religieuse, pourquoi pas ? Avec Thérèse, nous poursuivons notre marche. Il s’agit d’arroser le jardin, mais alors comment pouvons-nous procéder ? Thérèse nous en montre quatre, qu’elle assimile à quatre degré d’oraison : V 11,7-8

 puits

barre or

  • Tirer à grand peine l’eau d’un puits ;
  • En tirer plus à moindre peine avec une manivelle ;
  • Amener directement l’eau d’une rivière ou d’un ruisseau, ce qui arrose mieux car la terre se gorge mieux d’eau et on n’a pas besoin d’arroser si souvent ;
  • Enfin laisser la pluie faire son travail sans que nous ne prenions aucune peine, c’est alors l’œuvre du Seigneur lui-même, et c’est de beaucoup préférable à tout ce que j’ai dit. Il est bon là encore de faire attention à la pensée de Thérèse et de lire le texte avec lenteur. En effet derrière la simplicité des images se cachent quelques vérités. Il semblerait que l’on passe du labeur au laissé faire.

hostie-esprit saint5

  • On s’aperçoit que la vie spirituelle n’est pas une question de mérites. Elle n’est pas du donnant donnant et Thérèse de Lisieux nous l’a bien montré. Elle est une question de don dans la gratuité et ce, depuis la création de l’homme. Dieu est Vie, et la Vie de Dieu jaillit en Don, en fruits de l’Esprit. Dieu n’est pas castrateur, mais donateur de Vie.

 

  • À nous de savoir être attentifs aux dons qu’Il nous fait. C’est pourquoi, dans la vie d’oraison on peut s’être évertués à “tirer à grand peine l’eau d’un puit“ pendant de longues années et on peut avoir, en même temps, passer à côté du don que Dieu veut nous faire de sa présence. On va souvent chercher midi à quatorze heure.

barre or

  • Thérèse de Jésus et Jean de la Croix nous aident à vivre cette dimension de la prière avec plus de simplicité, mais à la condition d’une avancée dans la vie théologale plus ferme, c’est-à-dire une foi, une espérance, une charité plus vive. Dieu vient sonner à notre porte à toute heure et l’on peut à la fois êtres très occupés à penser à Lui et ne pas reconnaître que c’est Lui qui est en train de frapper.

jesus-frappe-porte

  • Il faut aller jusqu’à laisser notre savoir sur Dieu pour connaître Dieu. Dans ce monde un peu obscur parfois, les éclats de lumière, les clins d’œil de la vie sont autant de repères, d’encouragements pour qui sait les voir. Tout peut être chemin vers la prière. Ici Thérèse nous dit qu’on arrive à tirer l’eau du puits, c’est-à-dire avec une corde et un seau, mais à grand peine et que c’est assez peu efficace en fait.
  • Dit autrement, ce n’est pas parce qu’on fait des efforts, des prouesses spirituelles qu’on travaille bien, qu’on est plus près de Dieu, même si ces efforts sont nécessaires au début. On pourrait même aller jusqu’à dire, en lisant pas à pas, que moins l’âme fait de travail, mieux elle se porte, plus elle laisse de place au Seigneur et le travail est mieux fait.

barre or

  • Notez que Thérèse ne dit pas de ne rien faire et d’attendre que les choses viennent, ce qui serait du quiétisme ou de l’insouciance. Il y a une image dans la vie monastique qui court pour parler de la vie spirituelle, pour parler de celui qui chercher Dieu et n’arrive pas à le trouver. On compare la vie spirituelle à un escalier qu’on va gravir. Les marches correspondent aux différentes phases de la vie ascétique, plus on les gravit plus on s’approche de la porte qu’il s’agit d’ouvrir, car derrière il y a Dieu. Ce travail est à faire.

 

  • Alors évidemment à coup de volonté on finit bien un jour par y arriver à cette porte et avec la même détermination que l’on a mise pour gravir les marches, on empoigne cette porte et on pousse. On pousse, jusqu’à épuisement. C’est un peu le combat de Jacob. Finalement à bout de fatigue, on finit par lâcher prise, descendre quelques marches, un peu d’humilité ne fait pas de mal, et s’asseoir, découragé. C’est alors que la porte s’ouvre !

Mais dans l’autre sens… Il était important qu’on gravisse les marches, que l’on essaye d’ouvrir la porte. Tout cela nous a enrichis sur la connaissance de nous-mêmes, sur l’exercice des vertus, sur la connaissance de Dieu. Il faut du temps pour que nous puissions récolter les fruits de notre labeur et que nous nous disposions à recevoir Dieu, gratuitement et que nous puissions commencer à nous donner à lui gratuitement. Il faut du temps pour construire une relation.

jardin-arroser

barre or

2E. Arroser le jardin-2

Thérèse commence à nous parler de quatre formes d’oraisons possibles. Elle prend la comparaison du jardinier voulant arroser son jardin. A l’introduction de ce V 11, elle écrivait : « Ce chapitre est très utile aux débutants et à ceux qui ne goûtent pas les saveurs de l’oraison. »

Puis elle constatait que c’est tout d’abord parce qu’on ne se donne pas totalement à Dieu que Dieu ne se donne pas totalement à nous. On voudrait recevoir sans trop prendre de risque en osant la confiance.

Suivent donc les quatre façons d’arroser. Ici, on peut pousser le raisonnement de Thérèse comme suit : avec la première nous peinons beaucoup, mais au moins nous avons l’impression de faire quelque chose, de ne pas perdre notre temps. Nous avons vraiment l’impression de nous donner à lui, mais cette impression est en fait subjective, basée sur notre activité, non sur l’efficacité du travail.

Avec les deux ou troisièmes autres nous faisons de moins en moins, mais nous avons encore l’impression d’être pour quelque chose à l’arrosage du jardin. Nous avons soit tourné une manivelle, soit détourné une partie du cours d’eau jusqu’au champ. On peut cependant le remarquer, le travail se fait d’autant plus efficacement que nous avons une part active moindre.

Avec la quatrième, nous attendons que tout vienne du ciel, aux deux sens du terme, d’en haut, de Dieu et surtout nous le laissons faire. Il faut s’être en fait longuement exercé dans la vie spirituelle pour incarner cela dans le quotidien. Quand le Seigneur agit tout reste rutilant de son passage. Que ce rien faire ne fasse pas illusion cependant.

Relisez la vie de Thérèse d’Avila, et vous verrez le nombre de fronts ou de chantiers à traiter qui s’ouvraient en même temps devant elle… Ces quatre façons d’arroser que nous présente Thérèse marquent des seuils dans la vie d’oraison, des passages. Il y a des moments de conversion internes à la vie d’oraison qui permettent d’accéder à des capacités de goûter et de sentir Dieu différemment.

barre or

L’image que prend Thérèse montre que cela correspond à une présence de Dieu de plus en plus marquée. Dieu se prépare un nid en notre cœur, il respecte notre chemin et prend le temps. Cependant, ces passages ne vont pas toujours de soi et l’âme peut se sentir un peu désorientée dans les débuts. Ses repères changent, il lui est bon de faire moins et de laisser la place au Seigneur et parfois l’âme se demande un peu où elle en est.

Parce que ne croyez surtout que comme Thérèse vous allez avoir des apparitions de Dieu avec une carte à la main pour vous montrer où vous êtes ou que vous verrez des phénomènes surnaturels et que c’est là-dessus que vous allez vous appuyer pour avancer. On a tendance à réduire Dieu à nos fantasmes.

Or Dieu est vivant et vrai : donc il résiste au mensonge. Si vous vous engagez avec de tels désirs, vous encourez de gros risques et vous vous faites de belles illusions et cela n’a pas été le chemin de Thérèse : V 11,13 :

 marie-madeleine

barre or

  • « Oui, l’amour de Dieu ne consiste pas dans les larmes, ni dans ces saveurs et tendresses que nous désirons souvent pour notre consolation, mais c’est servir Dieu avec justice, force d’âme et humilité ».

C’est uniquement par la foi, l’espérance et la charité qu’ici-bas on s’unit à Dieu. Relisez l’épître au Cor 12 et 13. Or les passages d’un mode d’oraison à un autre exigeront simplement une plus grande qualité de ma foi, de mon espérance, de mon amour pour lui. C’est simple en soi et c’est là qu’il y a souvent toute la difficulté.

La progression dans l’union à Dieu est là. Mais cette progression engage toute ma vie, tout mon être parce que c’est une progression dans la relation à l’autre, moyennant foi, espérance et charité. D’où les hésitations, les moments de sécheresse, où l’on croit reculer alors qu’il n’en est peut-être rien. S’engager dans la vie de foi fait parfois un peu peur quand on s’agrippe à la logique humaine.

Là il s’agit de se laisser porter par le vent. Tout va bien tant que l’on est près de la côte, le fait de la voir bouger nous donne une vitesse relative du bateau. Mais quand peu à peu elle s’éloigne, les repères s’estompent et il faut faire confiance au vent, lui remettre notre sort. Nous n’avons qu’un seul moyen de contrôle pour savoir si nous progressons et Thérèse le soulignera : l’amour du prochain.

jesus-enfant

Sur ce parcours, nous opposons de nombreux freins à l’action du Seigneur. Il faut apprendre de lui le chemin de la confiance. Cela va à l’encontre de notre société qui veut qu’on s’assure de tout, sur tout et qui demande des preuves. On s’assure pour la mort, pour sa carte bancaire, pour son chat… et trouve-t-on réellement la paix ?

Est-ce cela le remède à notre angoisse ? Ici, dans la vie d’oraison, il n’y a pas de compagnie d’assurance, il y a l’apprentissage de la confiance comme l’enfant quand il exerce ses premiers pas. Avancer, c’est aller de déséquilibre en déséquilibre, et c’est cela l’apprentissage de la foi, de la foi vive.

C’est là que nous trouvons notre paix et notre réconfort.


À Suivre …VI. Un chemin de foi

barre-rose-et-coeur-rougeGIF


 

Publicités

A propos Myriamir

''LA PEUR NE VIENT PAS DE DIEU '' *Messages-Prophéties-Par les Saints et les Prophètes* *En cette Fin des Temps-Jésus et Marie parlent à leurs Enfants ! https://myriamir.wordpress.com/
Cet article, publié dans Le chemin de l’oraison-commenté par Frère Yannick, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.