Le chemin de L’ORAISON avec Sainte Thérèse d’Avila…Travail proposé par le Frère Yannick…*Le chemin du cœur…*


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2A. Prendre un peu de temps-2

La toute première démarche de la vie d’oraison est d’oser accueillir les désirs qui montent du cœur comme l’expression d’une quête essentielle, nous nous y sommes arrêtés la fois précédente. C’est ce désir reconnu comme sien et comme possible à vivre qui met en mouvement.

  • V 8,5 « Si on persévère, je mets mon espérance en la miséricorde de Dieu, puisque nul ne l’a pris pour ami sans qu’il l’ait récompensé ; l’oraison mentale n’est rien d’autre, à mon avis, qu’un commerce d’amitié où l’on s’entretient souvent et intimement avec Celui dont nous savons qu’il nous aime. »

Nous n’avons pas encore fait le tour de tout ce que renferme cette définition de Thérèse. Je m’y arrête longuement avec vous tant cela est fondamental pour commencer et persévérer dans la vie de prière. Le commerce d’amitié fréquent et intime suppose que l’on prenne du temps. Or le temps, notre temps, c’est un bien précieux parce que court. Les journées sont courtes et trouver du temps, un peu de temps, c’est difficile.

Sauf quand il y a un match de foot à la télé, sauf quand il s’agit d’acheter un ordinateur, sauf quand… Je ne continue pas la liste. Ce que je voudrais faire sentir par-là, c’est que tout ce que nous entreprenons ou faisons est une question de motivations. Vous pourriez m’objecter que ce qui peut faire la difficulté de la vie d’oraison, c’est que justement l’urgence est quotidienne et que trouver un temps régulier chaque jour cela n’est pas évident.

Je voudrais cependant vous répondre en témoignant que la prière est d’une urgence capitale dans une période où tout semble se disloquer et que prendre du temps pour recoller les morceaux, pour se pacifier, s’unifier, ce n’est pas perdre son temps.

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  • « Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et je vous soulagerai. » dit Jésus. Mais avant de se donner, Dieu demande un peu d’effort de notre part et de la persévérance.

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  • V 8,9 « Comme il sera beaucoup parlé de ces plaisirs que le Seigneur donne à ceux qui persévèrent dans l’oraison, je n’en dis rien ici. Je dis seulement que l’oraison est la porte des si grandes faveurs qu’il m’a faites ; lorsqu’elle est fermée, je ne sais comment Il peut les accorder ; car bien qu’il veuille venir se délecter dans une âme et la choyer, il n’en trouve pas l’accès, alors qu’il la veut seule, limpide, et désireuse de recevoir ses faveurs. Si nous lui opposons beaucoup d’obstacles sans rien faire pour les supprimer, comment viendra-t-il à nous ? Et nous voulons que Dieu nous fasse de grandes faveurs ! »

 Dit autrement quel choix de vie voulez-vous faire ? Comment voulez-vous employer votre temps ? Car le choix de la prière revient à cela… Thérèse semble nous demander alors un gros sacrifice, celui de prendre du temps, un peu de temps. Au début c’est difficile, c’est vrai ; puis quand on a pu trouver un rythme, cela devient plus facile. Lorsque les activités le permettent, trouver un temps régulier, à la même heure dans le même lieu, c’est une grande force. Notre organisme a besoin de rythme.

  • Mt 6,6 « Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » Voyez comment Thérèse dit sous d’autres mots ce que nous enseigne Jésus. Jésus dit d’entrer dans sa chambre, de fermer la porte aux bruits du monde, aux préoccupations.

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  • Thérèse nous dit que Dieu veut l’âme “seule, limpide et désireuse de recevoir ses faveurs. “ Il y a un préambule important qui peut nous aider à passer de notre journée agitée à un calme propice au recueillement, c’est essayer de se détendre. C’est une première façon d’entrer dans la chambre dont nous parle Jésus. Car vous le comprenez bien sous les images, Jésus nous indique avant tout un cheminement du cœur.
  • Le même qu’à fait Zachée et Luc 19. Il est passé du bruit de la place publique, à sa maison pour accueillir Jésus dans son intimité. Comme Zachée nous sommes invités à passer du bruit de la ville, de notre mental, à la paix de la maison. La détente, la relaxation, le jeu avec les enfants peuvent nous mettre sur cette route, nous préparer à cette intimité. Attention, il suffira que vous preniez un peu de temps gratuit pour que mille tâches urgentes vous assaillent l’esprit. Mais l’urgence est-elle réelle ? Il y aura donc à s’exercer à une forme de lâcher prise. D’autant que l’avenir du monde n’est peut-être pas en jeu !…

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  • C 23,2 « Les brefs instants que nous nous décidons à lui accorder sur le temps que nous gaspillons à nous occuper de nous et de gens qui ne nous en seront nullement reconnaissants, donnons-les-lui d’un esprit libre et dégagé de tout le reste, et la ferme décision de ne jamais les lui reprendre, malgré les peines que cela peut nous causer, les difficultés, les sécheresses… »

Le temps d’isolement peut très bien être vécu dans le métro, même si les conditions ne sont pas idéales. On est très isolé dans le métro. Les mètres carrés sont parfois très chers et il faut batailler pour gagner sa place, mais on est très seul, très isolé… et puisque la prière nous invite à nous isoler autant en profiter. Mais c’est pour trouver une présence. Zachée aussi était seul, isolé. Il est sur la place publique, Jésus passe, il ne peut le voir à cause de la foule et de sa petite taille.

 Personne ne fait attention à lui, sinon Jésus. Jésus en s’invitant chez lui le fait passer de l’isolement à la solitude de sa maison. Cette solitude avec Jésus rayonne d’une présence, d’une rencontre, et tout change. « Prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » nous dit Jésus. Alors nous pourrons sourire à ceux qui nous entourent et faire du métro un lieu de vie…


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2B. Un exercice du cœur-2

Nous nous sommes arrêtés hier à cette phrase de Jésus en Mt 6 « prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » Nous avons donc pris un peu de temps, nous avons pu nous isoler. J’ouvre une petite parenthèse : Est-ce nécessaire de laisser le téléphone sonner et d’y répondre, ne pouvez-vous pas le débrancher quelques minutes ou mettre le répondeur ? Peut-être n’y a-t-il rien d’urgent ?

Parce que si vous le laissez fonctionner, c’est justement à ce moment-là qu’il va sonner… Donc tout est prêt, vous avez un peu de temps, alors surtout soyez simples avec le Seigneur, ne soyez pas tributaires des convenances. Il est important que le corps ne soit pas une gêne ou qu’il gêne le moins possible. Alors, si être allongés sur la moquette, dans le lit, assis sur un petit banc ou en train de marcher, cela n’a d’importance que si vous êtes à l’aise, le plus possible du moins car je pense aux malades à l’hôpital. Dieu ne fait pas fi des situations pourvu qu’on lui réserve un peu de son temps et de son cœur. Il s’agit maintenant de s’adresser à Dieu et les apôtres demandent à Jésus comment prier. Celui-ci leur enseigne la prière du Notre Père.

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 Il y a certes plusieurs manière de se recueillir et Thérèse elle-même est libre par rapport à cela, elle en utilisera plusieurs selon les circonstances. Cependant, elle s’arrête longuement sur la prière du Notre Père dans le Chemin de la Perfection à partir du ch 27. Avant de nous aider à méditer sur cette prière, elle écrit en préliminaires au C22,1,3, et c’est à ce niveau que je vous convie :

  • « il est bon de considérer à qui vous parlez et qui vous êtes… » « Qui peut dire que nous avons tort de commencer par nous demander à qui nous allons parler et qui lui parle, afin de savoir quel titre nous allons lui donner ? »
  • C 22,4 : « L’humilité de ce Roi est telle que si en personne grossière je ne sais lui parler, cela ne l’empêche pas de m’écouter, il ne m’empêche pas de l’approcher, ses gardes ne me chassent point ; les anges qui sont là connaissent bien le caractère de leur Roi, qui préfère la grossièreté d’un humble petit berger dont il voit qu’il en dirait plus s’il en savait plus, aux élégants raisonnements de grands savants et doctes hommes, s’ils ne sont pas accompagnés d’humilité. Mais ce n’est pas parce qu’il est bon que nous devons être discourtois. »

Et Thérèse entend par discourtois, ceux qui font une chose et pensent à une autre. Elle propose comme clé de lecture C 22,8

  • « Mais ne parle pas à Dieu en pensant à autre chose, ce serait ne point comprendre ce que c’est que l’oraison… »

Et  elle ajoute car ce serait ne point comprendre qui l’on s’adresse.

  • C 24,2 « car il ne faut pas qu’on puisse dire de nous que nous parlons sans comprendre ce que nous disons, sauf s’il nous semble suffisant de suivre une habitude, en nous contentant de prononcer les mots, et que cela suffise… Ce que je voudrais que nous fassions, c’est ne point nous en contenter ; car quand je dis Credo, il me semble juste de comprendre et de savoir ce que je crois, et quand je dis Notre Père, l’amour consistera à comprendre qui est ce Père, et qui est le maître qui nous a enseigné cette prière. »

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Pour Thérèse, l’exercice de l’oraison est un exercice du cœur non un exercice de l’intelligence. Ce que l’on dit doit descendre dans le cœur ou provenir du cœur. Attention : Thérèse ne se situe pas au niveau de l’émotion quand il s’agit d’aimer Dieu. Elle ne dit pas non plus que l’intelligence ne sert à rien. Mais elle dit qu’il est capital pour entrer dans la prière d’oraison de s’exercer à l’amour, de considérer celui à qui on s’adresse non pas seulement de mots, ni d’intelligence, mais avec amour. Pour cela, l’exercice de la connaissance de Dieu est fondamental. En plus de la Bible, il y a sur le marché d’excellents livres qui nous aident à mieux comprendre qui est Dieu comme celui de Jean-Noêl Besançon dont le titre provocateur dit bien ce dont il s’agit : “Dieu n’est pas bizarre“, éd. Bayard/Centurion.

Ce pourrait être un bon livre pour commencer votre oraison. Il ne s’agit pas là de lire un roman, mais de laisser la lecture imprégner notre cœur, le nourrir.

« Cette divine prison De l’Amour avec lequel je vis a fait mon Dieu captif et libre mon cœur ; Et voir mon Dieu prisonnier Cause en moi une passion telle Que je meure de ne pas mourir. »

 

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2C. De la tête au cœur-2

Thérèse nous invitait à nous exercer à l’amour par nos lectures, nos méditations. Elle nous invitait à considérer qui était celui à qui nous adressions. Elle faisait remarquer que la connaissance intellectuelle n’était pas suffisante, mais qu’il s’agissait d’éveiller notre cœur par une meilleure connaissance de Dieu. Un jour la grâce peut passer plus fort, Dieu semble répondre d’une manière significative à nos efforts et peut se servir des moindres événements, joie, souffrance, regard croisé… Ce fut le cas pour Thérèse à la vue d’une statue du Christ, une statue qu’elle avait pu maintes et maintes fois contempler. Cette fois-ci, son cœur fut touché et la vue de cette statue lui inspira une grande dévotion. Depuis son mode d’oraison a pris une intensité nouvelle :

  • V 9,3 « Comme je ne pouvais discourir avec l’entendement, mon mode d’oraison était de tâcher de me représenter le Christ en moi, et je me trouvais mieux, ce me semble, de le rejoindre là où je le voyais le plus solitaire. Il me semble que lorsqu’il était seul et affligé comme un indigent, il devait me recevoir. J’avais souvent de ces simplicités… »

Ce n’est plus la méditation du Notre Père qui lui servait pour se recueillir, mais la contemplation du Christ. La vie de son Dieu souffrant d’amour pour elle excitait en retour sa dévotion et une relation intime pouvait s’engager entre elle et Lui. Les méthodes d’oraison préconisées à son époque limitaient l’exercice de l’âme à la méditation des mystères de la Passion du Christ sans chercher à élever le cœur à quoi que ce soit de divin. Dans les Relations 4, elle précise :

  • « sans songer jamais à quoi que ce soit de divin : elle ne considérait que les créatures ou les choses qui l’éclairaient sur la brièveté de tout au monde. »

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Cette méditation discursive lui apparaissait comme essentiellement un exercice de l’intelligence et croyait que toute l’affaire était dans la pensée. Et certes il y a des personnes pour qui ce type de méditation est quasi naturelle.

Il y en a qui ont la capacité par la pensée d’échafauder quantité de schémas et ce type de méditation ne peut que renforcer leur tempérament sans les faire progresser dans la relation avec Dieu. Il faut faire un pas de plus pour s’ouvrir au recueillement, il faut que cela descende dans le cœur profond. Et souvent c’est à ce niveau qu’il y a des blocages. On s’accroche à l’exercice de l’intelligence et on n’ose pas aller plus loin. Le chemin de la tête au cœur s’il est le plus court, n’est pas le plus simple pour beaucoup de personnes.

Ce chemin va engager toute l’affectivité, va traverser des zones de notre être blessées, va demander de lâcher prise en engageant la confiance par l’exercice de la foi. Dans la vie d’oraison, toutes les zones de notre être seront peu à peu sollicitées. Cela pourra occasionner parfois des tensions, des moments où l’on se croira perdu, alors qu’il s’agira d’une conversion de notre être en profondeur…

Ne l’oublions pas, Thérèse est restée vingt ans assise entre deux chaises, si j’ose résumer ce qu’elle en dit. Ne pouvant se conformer totalement à l’effort de pensée que cela imposait, après avoir longtemps peiné, elle finira par prendre un peu de liberté grâce à la lecture d’Osuna. Il lui permettra de prendre son essor en donnant une plus grande place à la simplicité et à l’amour.

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  • 9,3 « Comme je ne pouvais discourir avec l’entendement, mon mode d’oraison était de tâcher de me représenter le Christ en moi »

Vient-elle de nous dire. Elle continue un peu plus loin :

  • V 9,6 « Je ne pouvais penser au Christ qu’en tant qu’homme ; c’est ainsi que jamais je ne puis me le représenter intérieurement, malgré tout ce que je lisais sur sa beauté et les images que je regardais ; j’étais quelqu’un qui est aveugle, ou dans l’obscurité, qui bien qu’il parle avec une personne, sachant qu’il est avec elle, car il est certain qu’elle est là, ne la voit pourtant pas. C’est ce qui m’arrivait quand je pensais à Notre-Seigneur. »

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  • 9,5 « pour en revenir à ce que je disais du tourment que me causaient mes pensées, cette manière de procéder sans discours de l’entendement a cette particularité que l’âme doit être tout entière gagnée ou perdue ; je précise qu’elle doit avoir perdu la considération. Si elle fait faire des progrès, ils sont très grands, car l’âme progresse dans l’amour. Mais nous n’en arrivons là qu’à nos dépens, à l’exception des personnes que le Seigneur veut amener rapidement à l’oraison de quiétude… pour celles qui s’acheminent sur cette voie, un livre aide à se recueillir promptement. Quant à moi, il m’était également favorable de voir la campagne… Ces choses évoquaient pour moi le Créateur, je dis bien qu’elles m’éveillaient, me recueillaient, me servaient de livres. »

 

Beaucoup de choses sont dites dans ces quelques lignes qu’il nous faudra reprendre et approfondir.


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2D. Le travail du cœur-2

La foi Ep 3,14 Nous avons commencé à parler de l’ouverture du cœur à la présence de Dieu, passage de la méditation de la vie du Christ à l’expérience du Christ en soi. Il s’agit non pas de la vision, mais du sentiment de sa présence de la même manière que l’on peut sentir la présence de quelqu’un à côté de soi dans une pièce sombre. On ne voit rien, mais on sait qu’il est là. Nous touchons là une des expériences de la vie de foi.

Il y a comme un passage de la foi, de ce que je crois, à une expérimentation vivante et vécue de cette foi. Il y a comme une intensité dans le touché de Dieu que j’expérimente dans la foi. C’est la même foi, vécue avec une pureté différente. La foi devient de plus en plus vive jusqu’à devenir presque rencontre. Le Christ devient de plus en plus vivant parce que nous faisons l’expérience plus intensément. Cette expérience-là, c’est la foi qui est devenue vivante. C’est cela le passage de la tête au cœur.

C’est ce passage qui est tout l’objet de la vie chrétienne parce qu’il n’est jamais achevé sur cette terre. Bien au contraire, toute l’expérience spirituelle va nous amener à plonger dans cette dimension de la foi, dans une foi toujours plus pure, puisque l’objet de la foi, c’est Dieu lui-même. Dieu se donne en effet à ma liberté par l’acquiescement que je fais de sa présence. C’est le passage à la foi. Dans la foi, Dieu se donne totalement. Or comme Dieu est infiniment pur, il faudra que la foi qui m’a été donnée se purifie et qu’elle puisse m’aider à recevoir Dieu avec plus d’amplitude. Saint Jean de la Croix s’étend beaucoup sur ce sujet et on sent les traces d’une polémique chez Thérèse au paragraphe 6 de V 10.

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 Elle y dit que la foi a besoin d’être éveillée et fortifiée par les faveurs de Dieu, et que peut être certains n’ont besoin que de la vérité de la foi pour accomplir des œuvres, mais que ce n’est pas son cas. Ce qui est une façon de dire son désaccord. Cette vie de foi va engager en fait tout mon être. Qui dit foi, dit confiance, c’est la même racine, se fier à. Et l’on comprend bien dès à présent ce dont je parlais précédemment à propos des passages plus ou moins difficiles dans la vie d’oraison.

En effet vivre la confiance ne va pas de soi quand justement certaines expériences négatives de la vie m’ont montré qu’il fallait se méfier de l’autre. Je prends cet exemple, mais de multiples autres possibilités existent et viennent baliser le parcours du croyant et le transformer parfois en saut d’obstacles. Beaucoup d’expériences qui n’ont pu se faire, qui se sont terminées par un échec viennent altérer le poids de confiance que je peux faire à l’autre. On peut imaginer cela par l’épisode de la tempête apaisée en St Mt 14,28-31 :

  • « Pierre lui répondit : Seigneur, si c’est toi, ordonne que j’aille vers toi sur les eaux. Et il dit : Viens ! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus. Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur ; et, comme il commençait à enfoncer, il s’écria : Seigneur, sauve-moi ! Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

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Il y a bien des occasions de notre vie où comme Pierre nous expérimentons la fragilité de notre foi. Elle n’est pas à changer, mais à purifier. C’est ce qui arrive à Pierre au cours de son épreuve. Il passe peu à peu de soi, de ses hésitations humaines à Dieu. Je viens de parler un peu de la foi, mais on pourrait aborder des choses semblables à propos de l’espérance ou de la charité.

A ce niveau de la relation à l’autre et à Dieu tout se tient. S’engager dans la vie d’oraison, c’est se placer sous cette lumière du Christ et se laisser transformer peu à peu par elle.

Quand elle entre, elle fait jaillir la lumière et en même temps fait apparaître certaines zones d’ombre. Il n’y a pas à s’étonner de cela. Mais cela met en valeur toute l’importance de l’oraison et fait comprendre qu’elle est un combat contre soi-même, contre le monde, contre le démon.

Thérèse dira dans les premiers chapitres du livre de la Vie combien sont fort les ennemis et combien l’âme doit se déterminer à prendre du temps pour l’oraison, quoi qu’il en coûte.

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C’est d’autant plus nécessaire que l’enjeu est de taille : s’ouvrir à la présence du Seigneur de l’univers en soi. Sur ce chemin Thérèse nous encourage tant qu’elle peut. Si elle nous montre les difficultés, c’est pour que nous n’en soyons pas étonnés. Il y a une énergie en elle qui est communicative.

  • V 8,4-5 : « Si j’ai longuement écrit cela c’est … pour qu’on comprenne le grand bienfait que Dieu procure à l’âme qu’il incline à l’oraison, même si elle n’est pas aussi disposée qu’il le faudrait, enfin si elle persévère, malgré les péchés et les tentations, et les milles occasions de chute que lui oppose le démon, pourquoi je tiens pour certain que le Seigneur la conduira au port du salut, comme il m’y a conduite moi-même. » « malgré les erreurs commises, celui qui a commencé à faire oraison ne doit pas y renoncer ; c’est le moyen le plus sûr pour lui de se guérir ; sans l’oraison ce serait beaucoup plus difficile. Si le démon lui suggère la tentation de renoncer par humilité comme il l’a fait pour moi, qu’il ne cède point ; qu’il croit que Dieu ne peut faillir à sa parole. »

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Mais peut-être Thérèse fait-elle ici une trop large part au démon, à ce principe du mal qui nous habite.

Il me semble que nous y avons largement notre propre part, que les blessures de notre cœur, de notre esprit, sont autant de portes largement ouvertes à son action. Et ces portes nous avons parfois un malin plaisir à les maintenir grandement ouvertes. Dit autrement nous avons notre propre part de responsabilité au mal qui habite notre cœur et celui du monde. C’est un long chemin que celui de lâcher tous les replis personnels et de s’ouvrir à la confiance à Dieu.

2E. De l’humilité-2

1D2,8 Nous avons commencé à réfléchir sur l’oraison comme lieu d’un travail, comme lieu de l’intégration de notre affectivité profonde, lieu de la relation à Dieu. Cela exige une remise de soi à Dieu dans la foi. Il faut donc peu à peu se quitter, passer de l’autonomie revendicatrice à l’acceptation de la relation comme nécessaire à mon épanouissement. C’est une forme de l’humilité et c’est chemin pour accéder à mon affectivité profonde, reliée à Dieu. Dans le livre de la Vie que nous parcourons pas à pas et qui nous a fait déjà bien cheminé, elle aborde ce thème d’une façon originale. Souvent quand on entend le mot humilité, nous entendons le mot humiliation, vexation. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

Un cœur humble pourra traverser des humiliations sans dommages. Comme le roseau, il ploie sous le vent. Le chêne lui se fracture et parfois casse. Le sujet est vaste, mais ici Thérèse nous en avertit tout de suite :

  • V 10,4 « Car on confond avec l’humilité le fait de ne pas reconnaître les dons du Seigneur. Comprenons bien, bien, ce qui en est : nous n’avons nullement mérité ces dons de Dieu, remercions-en sa Majesté, car si nous ne reconnaissons pas ce que nous avons reçu, nous ne sommes pas incités à aimer. C’est chose certaine que plus nous nous trouvons riches, tout en sachant que nous sommes pauvres, plus nous progressons, en particulier dans la véritable humilité. Autrement, l’âme intimidée se croit incapable de grandes choses, et si le Seigneur commence à lui accorder ses biens, elle s’en effraie, par peur de la vaine gloire. »

 

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Que nous dit Thérèse, sinon : “avance au large, déploie tes voiles, laisse le vent te porter au loin, tu as besoin de lui ; alors s’il souffle utilise-le et goûte l’ivresse du voyage en rendant grâce pour tout bien reçu.“ Vous voyez peut-être depuis que nous sommes ensemble combien la vie spirituelle se tient et que nous ne nous sommes pas trop attardés en tournant autour de cette définition que Thérèse fait de l’oraison au chapitre 8 :

  • « un commerce d’amitié fréquent et intime avec Celui dont on sait qu’il nous aime. »

C’est parfois alors que nous percevons l’amour de Dieu, que nous percevons cette relation comme fondamentale, que vient comme en contre point cette réaction : “et après, qu’est-ce qu’il va me demander ?“. Bien souvent ne dit-on pas un peu frileusement : “soit pour qu’il m’aime mais pas de trop près !sous-entendu, “je n’ai pas envie de souffrir et la croix qu’il me propose, qu’il la donne à d’autres !“

Sur une douce lumière qui commençait à s’éveiller dans notre cœur, un sombre nuage surgit qui avale tout et empêche toute progression. Comme si Dieu voulait nous faire souffrir ! Nous n’avons pas besoin de lui pour cela. Ouvrez avec un autre regard les journaux… Nous poussons même la perversion jusqu’à aller tuer au nom de Dieu.

Or Dieu se propose à notre cœur pour y déverser sa tendresse et il va jusqu’à en mourir sur la Croix. Il meurt de notre indifférence, de notre peur de recevoir de l’amour, en lâchant nos peurs et nos violences. Car, pour ne pas oser accueillir le don de Dieu nous restons enfermés avec notre violence et nos peurs. Il y a plusieurs façons de se donner dans l’amour. La première chronologiquement, dans notre relation aux hommes, je pense ici au bébé, et dans notre relation à Dieu, c’est de recevoir l’amour.

Recevoir de l’amour, c’est permettre à l’autre d’exister en notre cœur. C’est lui permettre ainsi d’exister dans la vie. A condition bien sûr que cet amour que l’autre veut nous donner ne soit pas une mainmise sur notre liberté, qu’il ne soit pas senti comme étouffant. Or tel n’est pas le projet de Dieu sur nous qui respecte infiniment notre liberté.

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Accepter l’amour de l’autre, c’est recevoir de sa richesse et ne pas se prendre pour le centre du monde. Denis Vasse dans son livre “l’autre du désir et le Dieu de la foi », au Seuil, le dit bien : « L’homme prétend produire l’amour qui le fait vivre et en être le maître comme si le trésor de la rencontre pouvait s’acquérir par son travail… »

 

Il y a en nous un orgueil fondamental qui fait que nous avons difficilement accès à la source de toute vie, puisque nous prétendons nous suffire à nous-mêmes. Sans être dans cet excès, il y a quelque chose de cela qui peut nous handicaper dans la vie d’oraison et sous couvert d’humilité nous empêcher d’avancer.

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Car pour avancer nous avons besoin de force et où prendre cette force sinon dans l’amour que Dieu nous porte. Et comment accepter cet amour en nos cœurs, si nous avons peur, aussitôt reçu, de le perdre. Humilité et foi, confiance. V 10,6 « Nous devons renouveler nos forces pour servir, et nous garder de l’ingratitude ; le Seigneur nous donne ses grâces à cette condition, et si nous n’usons pas bien de ce trésor et de la haute situation dans laquelle il nous place, il les reprendra, et nous nous retrouverons beaucoup plus pauvres qu’avant… » N’est-ce pas une façon de lire la parabole des Talents de l’Évangile ? Mt 25,14


À Suivre…V.Aimer

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