Le chemin de L’ORAISON avec Sainte Thérèse d’Avila…Travail proposé par le Frère Yannick…*S’ouvrir à la vie de l’âme…*


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2A. Le bruit des pensées-2

Thérèse nous partageait sa façon de prier avec la nature, comment un livre pouvait l’aider à recueillir sa pensée, la tourner vers le Seigneur. Nous avons vu que cette manière de trouver une façon d’apaiser les tensions de la journée puis tout doucement, “comme par flatterie“, commencer à orienter les pensées vers le Seigneur, c’était le début du recueillement.

Aujourd’hui Thérèse nous avertit qu’il serait mal sain de commencer à prier sans support pour l’esprit, sans qu’il ait un support pour entrer dans le recueillement :

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  • V4,7 « Et bien que dans cette voie où il est impossible de mettre en œuvre l’entendement on parvienne plus vite à la contemplation, si on persévère, elle est très difficile et très pénible ; car si la volonté est inactive et si l’amour ne s’occupe pas d’un objet présent, l’âme se trouve comme sans appui ni exercice, la solitude et la sécheresse lui causent une grande peine, et ses pensées lui livrent un très grand combat. »

Pour se recueillir l’esprit a besoin d’avoir de quoi s’occuper sinon “les pensées lui livrent un très grand combat. “ Vous avez pu en faire l’expérience. il suffit de s’isoler, de s’asseoir, d’avoir un peu de calme, de fermer les yeux pour que les événements de la journée, ou de la semaine se présentent à flots. L’imaginaire est roi et il a un grand empire sur nous dans les débuts de la vie d’oraison si bien qu’au bout de cinq minutes, d’un quart d’heure, on a la surprise d’avoir passé son temps à tout, sauf à la prière.

 

Il ne faut pas s’en étonner. Il s’engage chez l’âme qui choisit de prendre un peu de temps pour l’oraison ce que je crois le plus terrible des combats, le combat contre soi-même, le combat contre ses pensées. J’aimerai ici vous faire réfléchir sur un des aspects de notre vie. Pouvez-vous faire attention au cours de la journée où vont vos pensées, vers quels lieux elles vous emmènent, quelles sont celles qui vous accaparent, celles qui ne cessent de revenir.

Pouvez-vous voir la part que la violence, les rêves, les fantasmes ou autres pensées prennent. Êtes-vous conscients de l’énergie que cela prend ? Êtes-vous conscients du temps que vous passez à tourner en rond ? Ne croyez-vous pas que si vous pouviez calmer le jeu un peu fou de votre mental vous seriez plus en paix ?

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 Avec ces questions, j’aimerais vous aider à prendre conscience d’un des enjeux de la prière, celui de la paix de l’esprit. Bien sûr la prière ne s’arrête pas à une thérapie mentale, elle nous mène plus loin, vers la paix du cœur lorsqu’il s’ouvre à la présence de Dieu. J’aimerais aussi vous aider à prendre conscience que de se lancer dans cette voie ne va pas de soi, surtout dans les débuts et Thérèse y reviendra souvent. Et cependant cela ne vaut-il pas la peine de faire un peu d’effort pour calmer le flot impétueux et souvent destructeur des pensées ? Je parlais de la plus terrible des guerres, parce qu’il me semble que c’est la plus fondamentale. En effet comment prétendrions-nous faire la paix dans le monde si nos pensées nous maintiennent dans une tension quasi permanente, s’il y a la guerre dans notre tête.

La paix ne doit-elle pas commencer en nous-mêmes ? Le silence dont nous parlions les fois précédentes ne peut venir qu’en s’engageant dans ce combat. Souvenons-nous de la parole surprenante de Jésus en Mt 10:34 : « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. »

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Le même Jésus un peu plus loin demandera à Pierre, qui a dû comprendre cette parole littéralement, de rengainer son épée : 26,51-52 « Et voilà qu’un des compagnons de Jésus, portant la main à son glaive, le dégaina, frappa le serviteur du Grand Prêtre et lui enleva l’oreille. Alors Jésus lui dit :  » Rengaine ton glaive ; car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive. » Vous comprenez bien alors que le combat vers lequel nous entraîne Jésus est d’un autre ordre, qu’il est contre le mal dans le monde et d’abord en soi. Ne soyons donc pas ni surpris, ni déstabilisés, mais écoutons encore Thérèse :

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  • V 8,4-5 : « … qu’on comprenne le grand bienfait que Dieu procure à l’âme qu’il incline à l’oraison, même si elle n’y est pas aussi disposée qu’il le faudrait ; enfin, si elle persévère, malgré les péchés, les tentations, et les mille occasions de chute que lui oppose le démon, pourquoi je tiens pour certain que le Seigneur la conduira au port du salut, comme
  • Il m’y a conduite moi-même, à ce qu’il me semble maintenant… malgré les erreurs commises, celui qui a commencé à faire oraison ne doit pas y renoncer ; c’est le moyen pour lui de se guérir ; sans l’oraison ce serait beaucoup plus difficile… Quant à ceux qui n’ont pas encore commencé, pour l’amour du Seigneur, je les conjure de ne pas se priver d’un si grand bien. Il ne s’agit pas de craindre mais de désirer… »

 

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“Il ne s’agit pas de craindre mais de désirer“ trouver l’intimité avec le Seigneur et de se cacher avec lui loin des bruits de ce monde. Paix et silence dans la présence aimée. La guérison n’est pas loin. L’amour du frère non plus !


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2B. Ne pas craindre-2

Lc 11,9 demandez cherchez frappez

Nous retrouvons Thérèse avec cette citation : V 8,5

  • « malgré les erreurs commises, celui qui a commencé à faire oraison ne doit pas y renoncer ; c’est le moyen pour lui de se guérir ; sans l’oraison, ce serait beaucoup plus difficile… Quant à ceux qui n’ont pas encore commencé, pour l’amour du Seigneur, je les conjure de ne pas se priver d’un si grand bien. Il ne s’agit pas de craindre mais de désirer… Si on persévère, je mets mon espérance en la miséricorde de Dieu, puisque nul ne l’a pris pour ami sans qu’il l’ait récompensé ; l’oraison mentale n’est rien d’autre, à mon avis, qu’un commerce d’amitié où on s’entretient souvent et intimement avec Celui dont nous savons qu’il nous aime. »

 

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La prière chrétienne nous met en relation avec Dieu, avec un Dieu qu’il ne s’agit pas de craindre mais de désirer, avec un Dieu dont nous savons qu’il nous aime, un Dieu avec qui nous pouvons converser intimement, dans l’Esprit. La prière chrétienne nous place d’emblée dans cette relation trinitaire dans laquelle pour être deux, il faut être trois. Celui qui aime, l’être aimé, l’amour. Quelques mots sont lâchés, une expérience simple est partagée, mais en fait il y a tout un parcours à faire pour chacun d’entre-nous, que nous soyons ou non avancés dans l’oraison.

Croire que Dieu nous aime ne va pas de soi. On peut l’avoir entendu, le savoir, mais quant à laisser ce savoir descendre dans le cœur rien n’est moins évident. En chacun de nous il y a des zones de l’affectivité qui ont été atteintes, blessées, de sorte que nous ne savons plus très bien ce que c’est que d’aimer, de se laisser aimer.

Et ici aimer, c’est accueillir l’Esprit puis le partager. On croit souvent qu’on aime quand on se donne, mais on oublie que l’amour est à deux niveaux, on oublie qu’il s’agit aussi d’être capable de recevoir. Or la vie spirituelle, par les confidences reçues, par ma propre expérience, montre qu’une des deux dimensions de la relation d’amour, ou même les deux, est altérée, froissée, plissée.

 

On a peur parfois de se donner dans l’amour ou de se laisser aimer. On a peur parce qu’on n’a pas connu ce genre d’expérience, ou que cela s’est soldé par un échec, une trahison ou que sais-je. Du coup on n’a plus confiance en l’autre et l’on ne sait plus donner de l’affection ou en recevoir car l’amour rend vulnérable.

On peut croire qu’on aime, mais c’est parfois plus une façon que l’on a de s’affirmer qu’une relation réellement vécue. Il y a des façons d’aimer qui sont plus des façons de s’imposer au détriment de l’autre et qui ne font que l’étouffer. Et tout cela bien sûr avec les meilleures intentions. Mais dans ces occasions, s’est-on demandé si l’autre en face de nous existait ? On peut aussi croire que l’on aime, mais en fait, on ne sait que recevoir, c’est la seule chose qui importe. Toute une stratégie a été mise en place pour attirer l’attention des autres, vient le temps de la solitude, et fatalement il viendra, et c’est le désespoir.

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On retient en fait jalousement tout pour soi sans s’en rendre compte. Les gammes sont infinies et dans ces multiples relations on se débat souvent comme on peut sans bien savoir quel chemin prendre. Or la relation à Dieu sera teintée des mêmes couleurs car on ne peut comprendre cette relation qu’à partir de notre vécu, d’où les multiples images de Dieu que nous nous faisons. Dieu pourra être pris pour celui qui donne tout comme une mère généreuse et infinie, ou bien il pourra être pris pour celui qui capte tout.

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Rien d’étonnant alors que ce Dieu puisse faire peur. Et l’on aurait raison de craindre un tel Dieu et de le fuir. La crainte vient d’autant s’amplifier, que si on ne sait pas se donner à ce Dieu imaginaire, on risque fort d’être pris d’un sentiment de culpabilité dont on aura du mal à se sortir. C’est une prison qui risque de refermer ses portes sur nos consciences mal éclairées tant que la révélation de Dieu en Jésus-Christ n’aura pas fait son chemin de libération dans nos cœurs. Dieu n’est pas là pour nous manger, nous détruire.

C’est un Dieu de vie. Et Jésus dans l’Évangile viendra peu à peu nous aider à purifier ces représentations incomplètes ; à passer de nos projections au Dieu vivant et vrai. Tout cela la prière nous le fait traverser car elle nous ajuste et nous fait expérimenter cette relation trinitaire. Dans cette relation Dieu n’est pas expérimenté comme un Dieu pour lui, mais un Dieu pour moi. Dans la vie d’oraison, il se peut produit des blocages qui sont en fait l’appel de Dieu à un dépassement de notre comportement, à une conversion de notre relation.

Le mode de relation de Dieu c’est le don et s’il y a souffrance c’est que nous avons tendance à limiter ce don, à le garder pour nous ou à le refuser. Or ce qui est de l’ordre du don est gratuit. Toute la vie spirituelle vise à m’inscrire dans cette dynamique. Alors si Dieu est pour moi, je puis être à lui ! Je suis invité à entrer dans cet espace de gratuité. C’est cela l’oraison thérésienne.


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2C. Oser accueillir la vie comme Zachée-2

Cette citation de Thérèse de Jésus que nous avons déjà méditée va nous entraîner un peu plus loin encore : V 8,5

  • « Si on persévère, je mets mon espérance en la miséricorde de Dieu, puisque nul ne l’a pris pour ami sans qu’il l’ait récompensé ; l’oraison mentale n’est rien d’autre, à mon avis, qu’un commerce d’amitié où on s’entretient souvent et intimement avec Celui dont nous savons qu’il nous aime. »

 

Thérèse d’Avila va nous inviter à lire l’Évangile pour approfondir ce qu’elle nous dit. Comme la prière chrétienne nous invite à la relation avec Dieu autant se poser la question fondamentale : qui est Dieu pour moi. Je crois qu’on ne se pose pas suffisamment cette question. Elle est essentielle cependant. Dieu se révèle en Jésus-Christ, c’est une révélation de l’amour de Dieu pour nous qui ne sera jamais achevée en profondeur.

De la réponse à cette question dépendra notre relation avec Dieu dans la prière. En effet je ne puis m’adresser à lui de la même façon si je me considère comme esclave, serviteur ou fils. L’Évangile de Zachée en Luc 19 va nous aider sur cette route. Zachée est là-haut sur son arbre pour voir plus que pour être vu, et Jésus est en bas sur le chemin.

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Or c’est Jésus qui lève les yeux et le regarde. Que s’est-il passé dans ce jeu des regards ? Car maintenant tout bascule…. Moment de vision, de contemplation dans les regards échangés. Jésus va plus loin que Zachée ne l’aurait imaginé. Cela aurait pu se terminer par une simple rencontre si Jésus ne prenant l’initiative ne lui demande de descendre et de l’inviter chez lui. Zachée n’en demandait pas tant !

Zachée homme de désir, mais Jésus ? Si Zachée voulait simplement voir qui était Jésus, Jésus lui, désire partager l’amitié avec cet homme. Mais voilà, pour que la rencontre se fasse il faut être sur le même plan ! A Zachée qui monte pour voir, Jésus dit de descendre.

Il faut descendre pour voir, non seulement pour voir, mais pour accueillir Jésus, chose que Zachée n’aurait jamais osé demander ou imaginer. Renversement de situation Zachée, poussé par son désir, s’était élevé, et il lui est demandé de descendre ; non seulement de descendre, mais d’accueillir Jésus à sa table, lui le collecteur d’impôts. Descendre, le verbe se charge de valeurs symboliques : On passe alors de la sphère publique au domaine privé, de la vie publique à l’intimité de la table et c’est une descente. Une descente du bruit de la foule vers le silence et l’intimité du cœur.

On passe de la vie en société avec toutes ses apparences (un tel c’est le pharmacien, une telle est médecin, un autre c’est le boulanger..) à la sphère de la vie privée, là où l’on quitte ses chaussures de ville pour prendre les pantoufles ; là où l’on dénoue sa cravate qui serre trop la gorge ; là où l’on vit tel qu’on en a envie, tel qu’on ose le faire, à l’abri de tous les regards indiscrets.

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Et c’est une descente. Et c’est là que Jésus attend Zachée, non sur son arbre. Il l’attend là où il est réellement, tel qu’il est. Il l’attend dans sa maison alors que Zachée n’a pas eu le temps de la préparer (vite il descendit, vite il couru).

C’est dans l’empressement que Zachée l’accueille et il l’accueille chez lui, telle qu’est la maison. C’est là que Jésus vient le rencontrer, qu’il vient rencontrer tout homme, non dans son prestige, mais face à face, en sa vérité. Descendre, Jésus vient nous rejoindre sur nos chemins d’humanité et nous le cherchons sur les hauteurs, nos propres hauteurs. Cette descente est une révélation de Dieu qui se joue en Jésus, non pas d’un Dieu imaginaire, mais de Dieu en sa réalité.

Car en quelque sorte Jésus descend dans la maison de Zachée. Quel est alors l’enjeu de cette révélation qui s’opère pour nous avec Zachée ? C’est de passer de notre tête, de notre esprit à notre cœur pour y découvrir la joie. Cette descente va lui permettre de rencontrer Dieu, mais c’est bien après avoir fait un chemin de vérité sur lui. Et ce qui lui a permis d’entrer sur ce chemin, c’est la rencontre du regard aimant de Jésus. Le regard de Dieu a illuminé son cœur et lui a montré en même temps sa misère.

Non pas sa misère toute nue, mais en même temps l’amour de Dieu en son cœur, cet amour infini qui déborde de toute part, plus grand que toute misère. Alors pour lui c’est la joie. Il cherchait à voir qui était Jésus, il a vu… Il a vu l’amour se presser sur son cœur et il a osé l’accueillir. C’est ce pas qu’il nous demande d’abord de faire : oser recevoir son regard et dans ce regard trouver la vie. Voilà le chemin de l’oraison, de la rencontre de Jésus dans l’intimité de notre cœur.

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2D. Croire en l’amour de Dieu-2

Lc 7,36-47 Zachée dans St Luc 19 nous a montré comment être téméraires : il a osé descendre de son arbre pour accueillir Jésus chez lui, dans son cœur. La témérité ici c’est d’avoir osé regarder Jésus et en fin de compte de s’être laissé regarder. Zachée c’est l’antihéros de nos bandes dessinées où le personnage principal cache sa fragilité sous des apparences d’invincibilité au prix d’une violence à tout casser.

Zachée lui, se laisse atteindre dans sa vulnérabilité et c’est ce qui lui a permis d’accueillir la vie. Il nous a montré ce que nous enseigne Thérèse d’Avila V 8,5

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  • « Il ne s’agit pas de craindre mais de désirer. »

 

Dieu n’est pas à craindre, mais est offert à notre quête, à notre désir de vivre. Pour cela il vient chercher et sauver ce qui en nous est perdu. Nous sommes des êtres de désirs, nous avons dans notre cœur quantité de capacités enfouies, surtout nous avons une immense capacité à aimer et à être aimés. Nous avons un désir fou d’être reconnus, compris. Le travail à partir des contes revient à la mode actuellement et qu’est-ce qu’un conte si ce n’est une forme d’expression qui aide à remonter cette quête que l’on a enfoui dans un recoin du cœur.

 

Il ne s’agit pas là de faire de nous des supermen mais de nous aider à retrouver ce que nous avons enfoui ou à trouver ce qui nous habite et que nous n’avons pas découvert. Il s’agit tout simplement de s’humaniser. L’Évangile est à ce niveau et la prière dans la rencontre de celui qui seul peut nous sauver de nous-mêmes entre dans cette dynamique.

Les échecs de la vie, les relations qui n’ont pu aboutir ont pu provoquer un manque de confiance en nos capacités et on les a mis en veille. Quelque chose en nous est perdue, caché à notre propre regard. Jésus nous dit, nous crie même en différents endroits de l’Évangile, son désir d’entrer en relation avec nous pour nous aider à nous retrouver, à faire de nous des hommes et des femmes debout.

Entrer dans cette dynamique de la prière, c’est s’ouvrir à une relation d’amour. On ne s’approche pas de Dieu en Jésus parce qu’il le faut, parce qu’on nous a dit que cela faisait partie de la caisse à outils du parfait chrétien. On vient à Jésus parce qu’on a fait une expérience si minime soit-elle de l’amour de Dieu, ou parce qu’on souhaite la faire. On vient à Jésus parce que notre cœur nous y appelle, plus loin que tout raisonnement.

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 Il y a à la fois le désir et la peur qui inhibe ce désir, peur d’un Dieu imaginé à travers le filtre de notre inconscient. On demandait à des enfants à une réunion de catéchèse pourquoi les apôtres empêchent les enfants d’approcher Jésus ?

L’une des réponses était : “Parce qu’il a des pouvoirs qui sortent de lui“. Il y a d’autres images encore qui nous paralysent et nous empêchent d’avancer comme celle-ci : “Dieu va tout me prendre et je vais me perdre !“. N’oublions pas le récit tragique après la chute racontée en Gn 3. Dieu se promène dans le jardin à la brise du soir, et Adam a peur et il se cache.

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 L’Adam en chacun de nous a peur de Dieu parce qu’il a perdu toute relation avec Lui et qu’il s’est bâti de fausses images de son créateur. Thérèse nous le rappelle :

  • « Si on persévère, je mets mon espérance en la miséricorde de Dieu, puisque nul ne l’a pris pour ami sans qu’il l’ait récompensé ; l’oraison mentale n’est rien d’autre, à mon avis, qu’un commerce d’amitié où on s’entretient souvent et intimement avec Celui dont nous savons qu’il nous aime. »

 

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Elle nous invite à faire de ce temps de la prière un commerce d’amitié. Qu’est-ce qu’un commerce sinon un échange. Elle nous dit que cet échange doit être fréquent et intime. C’est parce que les relations sont fréquentes que l’on apprend à se connaître, à évacuer toute crainte ou peur.

Le propos de la prière, c’est de faire expérimenter l’amour de Dieu pour nous, l’amour que Dieu verse dans nos cœurs. « Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et moi je vous soulagerai » Venir à Jésus, c’est balayer toute peur, c’est oser venir à lui avec notre poids de mal être, de misère, de blessure, de péché.

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C’est oser dans cet état se laisser rejoindre par le regard de Jésus. C’est comprendre alors que Dieu nous aime tels que nous sommes, que l’on n’a pas à attendre d’être saints pour s’approcher de lui. Le seul saint, c’est Lui et c’est son amour en nous qui nous rendra saints, ce ne sont pas nos efforts, si louables soient-ils.

Ils ne sont que saut de puce devant l’infini de l’amour de Dieu. Dieu passe sur notre chemin, il nous attend non du haut de sa toute puissance, mais sur nos sentiers de tous les jours, en bas, comme pour Zachée.

« Cette divine prison De l’Amour avec lequel je vis A fait mon Dieu captif …Et libre mon cœur Et voir mon Dieu prisonnier cause en moi une passion telle Que je meure de ne pas mourir. » Poésie 1

 

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2E. Laisser jaillir notre désir-2

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La fois précédente je faisais remarquer que la dynamique de la prière, était de s’ouvrir à une relation d’amour. On ne s’approche pas de Dieu en Jésus parce qu’il le faut, parce qu’on nous a dit que cela faisait partie de la caisse à outils du parfait chrétien. On vient à Jésus parce qu’on a fait une expérience si minime soit-elle de l’amour de Dieu, ou parce qu’on souhaite la faire. Il y a un souhait, un désir, une attente.

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  • V 8,9 « Comme il sera beaucoup parlé de ces plaisirs que le Seigneur donne à ceux qui persévèrent dans l’oraison, je n’en dis rien ici. Je dis seulement que l’oraison est la porte des si grandes faveurs qu’il m’a faites ; lorsqu’elle est fermée, je ne sais comment Il peut les accorder ; car bien qu’il veuille venir se délecter dans une âme et la choyer, il n’en trouve pas l’accès, alors qu’il la veut seule, limpide, et désireuse de recevoir ses faveurs. Si nous lui opposons beaucoup d’obstacles sans rien faire pour les supprimer, comment viendra-t-il à nous. »

 

Vous entendez ? Dieu veut venir se délecter dans notre cœur et le choyer ! Thérèse de Jésus n’invente rien, elle ne fait que reprendre l’Évangile de St Jean et l’actualiser.

  • Jn 14:23 « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui. »

Est-ce que nous croyons que cette parole s’adresse à nous, chacun d’entre-nous ? Ou bien ne pas réserve-t-on cela qu’à ceux qu’on appelle des saints, comme un moyen trop rapide de ne pas se sentir concernés par cette parole. Ce sont des promesses qui parfois peuvent nous surprendre, nous déranger.

On les entend, mais on n’ose y croire et en même temps si l’on écoute bien son cœur on en crève de désir. Mais, devant cette promesse on dit que c’est trop beau que cela n’est pas pour soi, et l’on va voir ailleurs ou alors on ne progresse pas dans cette intimité avec le Seigneur.

La toute première démarche est de croire en la promesse de Dieu puis oser désirer recevoir ses faveurs. Nous en avons trop brièvement parlé hier. Il nous faut oser désirer, oser laisser monter les désirs profonds qui nous habitent, ne pas en avoir peur.

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  • V 30,19 : « Oh ! que de fois, je me rappelle l’eau vive que le Seigneur donna à la Samaritaine c’est pourquoi j’aime beaucoup cet Évangile. Déjà, quand j’étais enfant, je l’aimais beaucoup sans comprendre la valeur de ce bien, et je suppliais très souvent le Seigneur de me donner de cette eau… »

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Ces désirs profonds sont parfois refoulés, masqués par d’autres désirs plus immédiats, mais notre cœur reste marqué par cet appel à l’infini de sorte qu’il ne se satisfait jamais de ce qu’il a. Dans ce désir inassouvi, il y a un appel du cœur vers Dieu et un cri de Dieu au fond du cœur. Ces différents appels sont souvent cachés, masqués tant ils nous encombrent ou nous font peur.

Regardons ce qui se passe avec la Samaritaine en Jn 4.

Jésus, assis au bord d’un puits, se laisse approcher par une femme. Au cours d’un dialogue, il la rejoint dans ses occupations journalières. En fait, il va l’aider à creuser le puits de son cœur pour y dégager l’eau vive qui y coule. Ce sont d’abord les désirs quotidiens qui sont abordés, besoins matériels, impératifs de la vie biologique. Puis peu à peu Jésus sondant le cœur de la Samaritaine lui fait prendre conscience qu’une autre soif la tenaille plus profonde et fondamentale, elle a soif d’être aimée et demeure insatisfaite alors qu’elle a essayé de la désaltérer auprès de nombreux compagnons.

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De cette soif la Samaritaine passe à la question du sens de la vie, de la quête spirituelle et de la confusion dans laquelle elle est : “Où faut-il adorer ?“ Vous voyez que ces questions ne sont pas loin de celles que nous nous formulons. Jésus est là qui nous aide à faire le même chemin. Il nous aide à dégager des multiples désirs qui nous assaillent, les plus fondamentaux. Alors n’ayons pas peur de les laisser venir, remonter, Jésus ne nous laissera pas seuls. Il est là dans le temple de notre cœur et attend un peu d’attention de notre part et de la persévérance. Aux âmes qui sont tentées de se décourager Thérèse dit C 19,2 :

  • « Elles sont peut-être à moins de deux pas de la source d’eau vive, dont le Seigneur a dit à la Samaritaine que celui qui en boira n’aura plus jamais soif. Que de raison et de vérité dans ces paroles, dites de la bouche de la Vérité même ! Il est vrai que l’âme n’aura jamais la soif des choses de cette vie, mais elle grandit pour les choses de l’autre plus que la soif naturelle ne nous permet de l’imaginer. Quelle soif on a d’éprouver cette soif !

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  • L’âme comprend son grand prix et pour pénible et épuisante que soit cette soif, elle porte en soi la satisfaction qui l’apaise ; de sorte que cette soif n’étouffe que les choses terrestres ; elle rassasie si bien que lorsque Dieu la satisfait, l’une des plus grandes faveurs qu’il puisse accorder à l’âme est de la laisser assoiffée, d’une soif qui ne fait que grandir chaque fois qu’elle boit de cette eau. »

À Suivre…IV. Le chemin du cœur…barre-rose-et-coeur-rougeGIF


 

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