Le chemin de L’ORAISON avec Sainte Thérèse d’Avila…Travail proposé par le Frère Yannick*L’ouverture du cœur*


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Thérèse d’Avila et nous…

Elle est née à Avila le 28 mars 1515 de parents profondément croyants. Elle est la troisième de neuf enfants.

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L’homme est un espoir pour l’homme. Mais Thérèse prolonge ce chemin car on ne lutte pas contre la nuit de ce monde avec des bulldozers, ou des tanks, mais avec la lueur d’une bougie. Cette lueur a brillé dans le cœur de Thérèse. Thérèse, avec d’autres va répondre à sa manière à la question de l’homme et à la question de Dieu. Car se poser la question de l’homme, c’est se poser la question de Dieu. Thérèse est postée, avec d’autres, comme un prophète pour prévenir les tempêtes à venir, pour rappeler la vocation de l’homme et sa destinée sublime, pour annoncer et témoigner par son expérience de la grandeur du cœur de l’homme dans lequel Dieu réside.

Car si l’homme n’est plus le centre du monde, si le soleil ne tourne plus autour de la terre, et telle était la vision du monde à l’époque, Dieu n’est plus l’au-delà de l’homme. Dieu n’est plus dans les étoiles, il n’est plus là-haut au ciel. Il est donc ailleurs, mais où ? L’ordre du monde est bouleversé et l’homme va peu à peu croire qu’il n’est qu’une épave isolée à la dérive, au hasard des courants. Non, Thérèse nous rappelle cette grande aventure pour laquelle l’homme est fait et dans laquelle il est appelé à marcher.

Non seulement, elle nous le rappelle, mais elle témoigne par sa propre expérience de ce que peut produire dans la vie d’un être humain l’irruption de Dieu. Dieu n’est pas dans le ciel, il est dans les cieux de notre cœur, dans cet espace infini qui habite le cœur de l’être humain. La vie au sens fort du terme prend son origine à ce niveau.

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Mais l’homme du XXème a perdu le chemin de son propre cœur, alors même qu’il découvre des espaces immenses dans l’infiniment grand comme dans l’infiniment petit. Thérèse nous propose un chemin, celui de l’oraison pour retrouver, habiter de nouveau ces espaces laissés en friches dans lesquels l’homme trouve sa véritable respiration, le sens de sa vocation, sa joie et sa béatitude. L’homme rêve de s’éclater, de découvrir de grands espaces et heureusement, mais il se trompe de moyen et de but. Thérèse est là sur le sentier et nous indique la route.

« Âme, tu dois te chercher en moi, et moi, me chercher en toi. »

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Elle est maîtresse de vie, elle a trouvé sa vocation de femme à l’aise dans sa peau, dans ce siècle où justement le rôle de la femme n’était pas mis en valeur à l’époque. Elle a su prendre sa place de femme déterminée et engagée. Elle est ainsi devenue maîtresse de vie spirituelle. Dieu a fait d’elle une femme libre, et une mère pour une grande foule d’hommes et de femme. Cette femme du XVIème a donc quelque chose à nous dire, à nous hommes à l’aube d’un nouveau millénaire. Luc 11,5-13


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2B. Des débuts difficiles-2

Thérèse est docteur de l’Église, c’est une mystique ayant des relations particulières et hautes avec le Seigneur. Le Seigneur lui parle, il lui apparaît, elle le voit. Elle a eu, elle a un grand rayonnement dans l’Église. Bref c’est une grande sainte, on pourrait même dire une sainte charismatique. Mais sa vie ne doit pas nous faire peur.

Ce n’est pas parce qu’elle a eu de grandes extases, des visions du Seigneur qu’elle doit être placée sur de hautes marches et vénérée, vénérée de loin ! C’est la meilleure manière de ne pas se sentir concerné par sa vie. “C’est vraiment quelqu’un de fantastique, mais ce n’est pas pour moi !“ Elle n’est pas née sainte. Elle a d’abord été un être humain avec ses grandeurs et ses ambiguïtés.

Si elle est née dans une famille unie, bien des points de sa vie d’enfant, d’adolescente puis de femme peuvent nous concerner. Thérèse a dû combattre pour vivre plus proche du Seigneur. Tôt, il est venu la chercher en lui donnant des grâces d’oraison. Mais cela ne l’a pas empêchée d’être attirée par le monde de sorte qu’elle s’est trouvée tiraillée, comme en position instable entre les désirs du monde et le désir de Dieu : Je voudrais seulement souligner ce point à partir du récit qu’elle fait de sa vie, chapitre 7,1 :

  • « Je commençais donc de passe-temps en passe-temps, de vanité en vanité, d’occasion en occasion, à m’exposer à de si grand dangers, mon âme se laissa ravager par de telles vanités, que j’eus désormais honte de me rapprocher de Dieu dans l’étroite intimité de l’oraison ; d’autant plus qu’à mesure que croissaient mes péchés, le goût de faire mon régal des choses vraiment vertueuses vint à me manquer. Je voyais très clairement, mon Seigneur, que cela me faisait défaut parce que je vous faisais défaut, à Vous. Le démon me tendit là les plus terribles embûches sous apparence d’humilité : voyant mon égarement je me mis à craindre de faire oraison, mieux valait, me semblait-il suivre la route commune, puisque j’étais parmi les plus misérables. »

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Autrement dit-elle s’enfonce dans un cercle vicieux. Et pourtant elle ne se découragera pas, mais il lui faudra l’aide de quelqu’un pour la remettre en marche et la faire revenir à Dieu malgré sa misère. Car l’amour de Dieu est plus grand que nos misères.

« Un père Dominicain me dit de ne pas renoncer à l’oraison, qu’en tout cas je ne pouvais qu’en tirer profit. Je revins donc à l’oraison, sans toutefois m’éloigner des occasions, et je ne l’abandonnais plus jamais. Ma vie était extrêmement pénible, car dans l’oraison, je voyais mieux mes fautes. D’une part Dieu m’appelait, de l’autre je suivais le monde. Toutes les choses de Dieu me contentaient vivement, celles du monde me tenaient ligotée. Je paraissais vouloir accorder ces deux adversaires, si ennemis l’un de l’autre, que sont la vie spirituelle, ses joies, ses saveurs, et les passe-temps sensuels. Mon temps d’oraison était fort pénible car l’esprit n’y était pas maître, mais esclave… Je passais ainsi de longues années, et je m’étonne maintenant comment j’ai pu autant souffrir sans renoncer à l’un ou à l’autre. » (V7,17).

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Se rapprocher de Dieu, laisser les plaisirs frivoles, les divertissements un peu fous mais passionnants, ce n’est pas facile car le cœur de l’homme est comme enivrés par les séductions passagères du monde. Il y a donc un combat que toute personne doit traverser. Un choix de vie à faire, sans nécessairement quitter le monde. En soit le monde et bon et beau, c’est notre cœur qui n’est souvent pas pur. C’est pour cela que notre relation au monde est faussée, mais le monde en lui-même est bon. Ce n’est pas le monde, ni les hommes qui sont à quitter, mais c’est notre façon d’être qui doit changer. Et c’est là que s’engage le plus terrible et le plus grand des combats.

Car c’est en commençant à travailler sur soi que la paix peut progresser dans le monde, mais cela résiste et très fort, nous le voyons avec Thérèse. Le premier des combats à mener est là. À la question de la guerre dans le monde, de la violence dans la ville, la réponse est simple : regardons ce qui habite nos pensées, nos pulsions, ne serait-ce qu’une journée et nous comprendrons. L’oraison sera l’un des leviers qui progressivement nous aidera à passer de la violence à la paix du cœur.

Thérèse n’a pas été épargnée sur ce chemin, mais elle n’a pas attendu d’être sainte pour commencer à s’engager sur le chemin de l’oraison, de la vie spirituelle. Cependant, elle a eu besoin d’un coup de pouce en la personne d’un religieux Dominicain. Ce soir je voudrais me faire cet intermédiaire entre Dieu et vous pour vous encourager sur ce chemin, pour vous redonner espoir et confiance. Malgré les difficultés, la fatigue, les soucis, votre indignité, n’abandonnez pas le chemin de l’oraison.

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Un autre aspect de la vie de Thérèse doit être souligné : A l’époque où elle avait perdu sa mère, elle avait presque 14 ans, et prenant conscience de ce qui lui arrivait, elle alla se jeter tout en larmes aux pieds de N.D.(Marie) pour la supplier d’être sa mère : « Il me semble que ma prière toute simple fut accueillie, car il est bien clair que j’ai toujours trouvé un secours près de cette Vierge souveraine, et finalement elle m’a reçue dans sa maison. » Ainsi Thérèse a dû affronter le deuil, la solitude.

Elle a connu la solitude affective, la souffrance physique. Elle n’a pas été épargnée par la vie, mais cela n’a pas été un obstacle pour la rencontre de Dieu. Dieu se fait proche de chacun de nous, même si nos vies sont traversées par le mal. Cela devrait contribuer à nous la rendre plus proche et à faire comme elle, chercher du secours là où il est le plus sûr, dans les bras de Marie ou de Jésus. Jésus lui ne nous laisse pas orphelins. Mais ce chemin ne peut s’ouvrir qu’à ceux qui s’engagent dans une vie de prière. Lc 15,1-10.

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  1. Dieu plus grand que ma misère-2

Nous nous sommes arrêtés aux embûches dans les débuts de la vie spirituelle. Nous avons vu que Thérèse toute sainte qu’elle est devenue n’a pas été épargnée et que cela devait nous encourager nous-mêmes à nous engager dans la vie de prière quelles que soient nos misères. Thérèse nous confiait, hier, qu’il lui était arrivée d’être en mauvaise passe dans ce chemin de la vie spirituelle, et qu’elle avait été prête à tout abandonner. Reprenons ce qu’elle disait :

  • « …J’eus désormais honte de me rapprocher de Dieu dans l’étroite intimité de l’oraison ; d’autant plus qu’à mesure que croissaient mes péchés, le goût de faire mon régal des choses vraiment vertueuses vint à me manquer. Je voyais très clairement, mon Seigneur, que cela me faisait défaut parce que je vous faisais défaut, à Vous »

Il peut arriver dans notre vie spirituelle, qu’après des échecs, des moments de faiblesses ou à cause d’une culpabilité mal comprise, car toute culpabilité n’est pas forcément liée au péché, il peut donc arriver qu’on se sente indigne de l’amour de Dieu et qu’on fuit sa présence comme en une autopunition.

On croit peut-être qu’ainsi on restera digne, ou bien que c’est une façon de faire pénitence et de réparer sa faute. Bref, on arrête ces temps que l’on consacrait à la prière, eucharistie ou oraison. Je ne pratique plus parce que je ne suis pas digne de l’amour de Dieu. Il faut s’arrêter à ce genre de processus qui est plus dévastateur qu’il n’y paraît. Il y a bien souvent à la racine, caché sous une apparence de générosité, de bonne conscience, d’honneur, un sentiment d’orgueil. C’est en tout cas ce que Thérèse a éprouvé en le formulant d’une façon inverse :

  • « Le démon me tendit là les plus terribles embûches sous apparence d’humilité : voyant mon égarement je me mis à craindre de faire oraison, mieux valait, me semblait-il suivre la route commune, puisque j’étais parmi les plus misérables. »

Entrer dans ce type de fonctionnement, c’est ne pas comprendre notre propre nature et ne pas comprendre la nature de l’amour que nous porte le Seigneur. Devant le mal que nous pouvons sentir en nous-mêmes, nous voulons nous éloigner de ce que nous pressentons de beau, de saint. Ce faisant nous nous coupons encore un peu plus, sinon totalement de la Source même de l’amour, de la beauté.

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Nous agissons en fait comme si nous pouvions trouver par nous-mêmes ce qui nous fait défaut. Or plus nous nous éloignons de la Source de la Vie, de l’Amour, plus nous sommes livrés à nous-mêmes, à notre fragilité, à notre solitude. Et la solitude dans ces conditions-là n’est pas tenable. La solitude va nous entraîner dans des situations encore plus dramatiques et tout cela Thérèse le dit : « sous apparence d’humilité ». Cette apparence d’humilité est peut-être en fait une des formes d’orgueil les plus sournoises. Or l’orgueil nous coupe de toute relation authentique, elle fait de nous des êtres uniques, solitaires.

  • « Voyant mon égarement, je me mis à craindre de faire oraison. Mieux valait, me semblait-il suivre la route commune, puisque j’étais parmi les plus misérables. »

Le raisonnement est beau, digne d’une conscience noble, mais il tombe à côté de la vérité. Thérèse a failli tomber dans le piège. Et elle a eu besoin de quelqu’un qui lui redonne confiance, qui la remette sur le chemin de l’intimité avec Dieu. Mais alors, me direz-vous comment s’approcher de Dieu quand on se sent misérable ou indigne ? Je vous renvoie à l’Évangile de St Luc avec la rencontre de Jésus et de Zachée au chapitre 19. Je n’ai pas le temps ici d’en reprendre tout le commentaire.

Je vous indique la pointe de ce récit qui en est la conclusion :

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« Je suis venu chercher et sauver ce qui est perdu ».

C’est une révélation. Dieu ne vient pas pour les bien-portants, mais pour ceux qui ont mal, qui se sente mal à l’aise dans leur peau, qui ont soif d’autres espaces. Comme pour Zachée, Jésus dit à ceux-là :

« Aujourd’hui je dois demeurer dans ta maison », c’est-à-dire dans la maison de ton cœur. Ta maison, comme ton cœur est peut-être mal rangée, tu as mal à ton cœur, alors ne perds pas de temps et vite accueille-moi et offre-moi ce qui ne va pas en toi. Laisse-moi t’aimer tel que tu es.

Je suis là qui t’attends pour t’aider sur ton chemin. Tu souffres, alors je souffre moi aussi que tu me fermes ton cœur et que tu cherches la vie par toi-même. Je suis la Vie au fond de ton cœur. Je suis mort sur la croix à cause de ton indifférence, de ton orgueil. S’il te plait laisse-moi t’aimer. Accorde-moi un peu de temps chaque jour pour que je puisse descendre dans ton cœur et peu à peu le restaurer.

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  1. Ambiguïtés de notre amour pour Dieu-2

Posséder l’amour croire que Dieu cherche à nous posséder Gn 3,9

Nous retrouvons Thérèse dans son enfance pour cheminer avec elle sur le chemin de l’amour de Dieu. En bonne castillane, Thérèse a un tempérament absolu. Les livres que son père lui mettait entre les mains ainsi que le soin que sa mère prenait à la faire prier éveillèrent chez elle l’amour de N.D. (Marie) et de quelques saints. Que peuvent faire de telles lectures dans le cœur d’un enfant passionné ? Sinon exalter les passions. Cela peut être positif, mais cela peut véhiculer certaines ambiguïtés.

Que faisons-nous quand nous laissons les enfants passer des heures à regarder des dessins animés qui exaltent la violence, la toute-puissance. Quoi d’étonnant que les enfants s’identifient à ces héros mi- dieux, mi-hommes. Seulement ils ne sont qu’enfants et nous que des hommes et la prise de conscience de la réalité est parfois dramatique. On ne joue pas impunément avec le mensonge. Avec Thérèse ce sont les récits des hommes qui se sont consacrés à Dieu. Récits qui n’étaient pas dépourvus non plus de toute ambiguïté. L’enfant a besoin pour se structurer de s’identifier à de grands personnages, encore faut-il que les modèles qu’on lui propose soient constructifs.

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  • « Voyant le martyre que certains subissaient pour Dieu et leur bonheur d’aller rejoindre de Seigneur, je désirais vivement mourir ainsi. Peut-être pas par amour, mais pour jouir au plus vite des grands biens du ciel que les livres m’avaient décrit. Je recherchais mon frère pour parler avec lui des moyens d’y parvenir. Nous formions le projet d’aller au pays des Maures en mendiant pour l’amour de Dieu, afin d’être décapitée là-bas… Il nous arrivait de passer de longs moments à en parler ainsi et nous aimions à répéter bien des fois : « pour toujours, toujours ! » Alors que je prononçais longuement ces mots, le Seigneur me faisait la grâce, malgré mon jeune âge, de me faire comprendre ce que c’est que le chemin de la vérité ».

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Et c’est à 7 ans qu’elle met son plan à exécution… en fait de martyr c’est une fessée qui l’attendra ! Ramenés à la maison par un oncle, Thérèse et Rodrigo prendront leur revanche, se faisant ermites au fond du jardin. La sainte notera avec une sorte d’attendrissement leurs efforts d’enfants pour bâtir des ermitages dont les pierres s’effondraient aussitôt. Débuts émouvants du travail de la grâce. Sens de l’absolu déjà chez Thérèse et besoin de faire partager sa foi et son élan vers Dieu. Mais ce sens de l’absolu aura besoin d’être évangélisé. Thérèse désire voir Dieu non pas par amour pour lui, mais pour jouir des biens du ciel. Elle est un peu comme nous aux débuts de notre vie. Notre amour des personnes, de Dieu, n’est pas toujours des plus intéressés. Il n’est pas pur. On aime, non la personne en elle-même, mais pour ce qu’elle a.

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  • « Voyant le martyre que certains subissaient pour Dieu et leur bonheur d’aller rejoindre de Seigneur, je désirais vivement mourir ainsi. Peut-être pas par amour, mais pour jouir au plus vite des grands biens du ciel que les livres m’avaient décrit. »
  • Il a dans cette forme d’amour en fait le désir de s’attribuer le bien de l’autre, même si l’on ne cherche pas à lui faire du mal d’ailleurs. On cherche à posséder ce que l’on n’a pas et sans s’en rendre compte on a tendance à écraser, à détruire, ceux-là même que l’on aime. Il a mille façons plus ou moins subtiles pour arriver à ses fins à ce niveau.
  • Vous connaissez je suppose cette citation de Prévert :
  • «Tu dis que tu aimes les fleurs, tu les coupes ! Tu dis que tu aimes les poissons, Tu les manges ! Tu dis que tu aimes les oiseaux, tu les mets en cage ! Lorsque tu me dis : “je t’aime“, j’ai peur ! »

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  • C’est déjà un signe de santé que l’on puisse prendre peur dans de telles conditions! Vous me direz, soit de cette forme d’amour pour une personne, mais on ne peut s’approprier Dieu ! Je dirais que fort heureusement, on ne peut s’approprier Dieu, mais il reste que notre cœur, n’est pas encore mûr pour entrer dans une relation gratuite ! Et qu’il y a un chemin à parcourir avant d’arriver à cette pureté de la relation dans l’amour.
  • Dans les débuts de notre vie spirituelle, l’amour que nous avons pour Dieu a quelque chose de cela. Comme pour Thérèse il aura besoin d’être purifié. Dans les débuts de la vie spirituelle nous pouvons projeter un tel amour de Dieu pour les hommes. Hors Dieu n’est pas celui qui me porte un amour possessif, castrateur. Devant cet amour-là, j’aurais raison de le craindre. Dieu se révèle tout autre. Dans les débuts de la vie spirituelle, Dieu peut être pris pour un héros tout puissant qui va réformer le monde d’une main ferme, qui va abolir la souffrance d’une façon définitive, qui va punir le méchant et le rayer de la carte de la vie. Dieu n’est pas sur ce registre-là. La vie d’oraison avec Thérèse va nous amener peu à peu à rencontre Dieu dans sa vérité, sa réalité et ce sera émerveillement et apaisement.

  • Vingt ans sur une mer orageuse-2

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Avant de faire une lecture suivie avec vous de Thérèse dans le livre de sa vie et de voir ainsi comment elle peut nous aider sur les chemins de l’oraison, je voudrais encore mettre un préliminaire, en guise d’encouragement. On en a bien besoin. On a vu que Thérèse a dû combattre presque pieds à pieds pour s’avancer sur le chemin de la vie spirituelle. Qu’elle oscillait entre les plaisirs de l’oraison et les plaisirs du monde et que cela a été un rude combat pour elle.

  • « J’ai passé près de 20 ans sur cette mère orageuse, me relevant mais mal, puisque je retombais… Je puis dire que c’est une des manières les plus pénibles que l’on puisse imaginer ; car je ne jouissais pas de Dieu et le monde ne me contentait point. » V8,2

La position est des plus inconfortables. Le cœur est attiré, mais il ne peut prendre de décisions fermes qui le libéreraient. La volonté est comme aliénée, presque anesthésiée, Thérèse se sentait ligotée. On voudrait bien faire, mais on s’aperçoit qu’on ne peut pas faire ce que l’on voudrait. L’important ici est de faire comme Thérèse, être patiente et tenir bon malgré tout. On vit à une époque où l’on veut tout et tout de suite. On veut jouir du monde et des autres tout de suite. Il suffit d’avoir un peu d’argent, d’être un peu débrouillard et l’on arrive à ses fins.

On est dans une époque où le temps et l’espace se resserrent et on ne supporte plus d’attendre.

Et c’est peut-être pour cela que l’on n’est pas heureux. Le bonheur en effet ne s’achète pas, il se donne gratuitement. Il résiste à toute volonté d’emprise.

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Du plaisir, on en a à volonté. Mais le bonheur profond et durable résiste à toute possession. On voudrait que le monde soit aux pieds de nos désirs.

Ce n’est pas le chemin de la vie spirituelle, ni de la vie relationnelle avec ses semblables. Il faut de la patience avec les autres, avec soi et aussi avec Dieu. La patience, c’est cette prise en compte de ce chemin d’humanité que je dois parcourir. La patience, c’est cette prise en compte de cette humanité dans laquelle je suis immergé. Je suis un être humain qui a son propre fonctionnement et à qui il faut du temps pour comprendre et assimiler la vie relationnelle.

Or Dieu est relation pure. S’il vient à mes devants, s’il s’accommode à mon humanité, c’est pour que moi aussi je fasse ce même chemin vers lui. Et c’est dans ce chemin que je vais trouver peu à peu la porte de la liberté et la joie. C’est dans ce chemin que je vais peu à peu découvrir ma propre humanité. Or ce chemin est fait de joies, de désirs et d’échecs. C’est tout cela qu’il s’agit d’accueillir comme faisant partie intégrante de moi-même. C’est en expérimentant les réussites et les échecs que je pourrais construire mon humanité et ma vie spirituelle, car c’est tout un. En V10, 9, elle écrit :

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  • « Je montrerai quelques obstacles qui, à mon avis, empêchent d’avancer dans cette voie de l’oraison, et d’autres choses qui sont un danger, selon l’expérience que le Seigneur m’en a donnée ; j’en ai parlé plus tard avec des hommes très doctes et des personnes qui vivent dans la spiritualité depuis des années ; ils voient que depuis 27 ans à peine que je fais oraison, le Seigneur m’a donné plus d’expérience, à force de faire des faux-pas et de buter en chemin, qu’à d’autres en 47 ou 37 de pénitences et de persévérance dans la vertu, sur cette voie…
  • Qu’il soit béni pour tout… quand on verra que d’un bourbier aussi sale et aussi mal odorant, il a fait un verger plein de si douces fleurs » 27 37 47 sont des chiffres qui doivent nous faire réfléchir… Thérèse fait encore remarquer qu’à l’issue de paroles entendues à l’oraison :
  • « Ne crois pas ma fille, que l’union consiste à être tout près de moi, car ceux qui m’offensent le sont aussi, même contre leur gré. Elle ne consiste pas non plus dans les régals et les délices de l’oraison, même si je les accorde à un très haut degré ; ce n’est souvent qu’un moyen de gagner les âmes, même si elles ne sont pas en état de grâce. » Faveur 1572 p. 551 Il faut de la patience et de l’humilité sur ce chemin.
  • Il se peut bien que dans les débuts l’on ait une relation très forte avec le Seigneur, presque immédiate et l’on a l’impression que lui et nous c’est tout un. Le temps passant, ces expériences deviennent moins fortes, moins sensibles et l’on croit que Dieu s’éloigne de nous ou que l’on s’éloigne de lui, sans qu’il y ait de faute apparente de notre part. Parfois cela peut aller jusqu’au désespoir. En fait nous nous heurtons à un faux problème car ce niveau de la relation que le Seigneur nous attend, mais il veut nous emmener plus loin et nous aider à passer du sensible à l’esprit, car il est Esprit.

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II. L’ouverture du cœurbarre coeur

2A. Emmaüs ou le chemin de l’oraison-2

Avec Thérèse d’Avila, vous l’avez compris, c’est la tradition du Carmel qui nous rejoint. Thérèse va nous emmener dans son expérience de la prière et cette expérience nous la retrouvons comme en résumé dans l’évangile que je citais la fois précédente. Il s’agit de l’épisode d’Emmaüs dans Luc 24. Deux disciples de Jésus s’en retournent de Jérusalem, tout déconfits. Leur maître vient de sombrer lamentablement et a été exécuté. C’est l’amertume, la désillusion, tous les espoirs se sont envolés. Or un inconnu les croisant va cheminer avec eux. Ce personnage va les aider à relire toute leur histoire et à y donner sens. Puis tout doucement, ils vont passer de la désillusion à la compréhension des événements qui se sont passés.

Ils découvrent peu à peu la réalité et la profondeur de ce qui vient d’arriver et leur cœur commence à brûler. Avec l’espérance, c’est plus que la vie qui renaît, c’est une résurrection. Le soir vient, c’est le temps de se séparer, mais les deux pèlerins invitent l’inconnu à leur table. Et là, oh surprise, à la fraction du pain, quelque chose se passe, ils reconnaissent l’inconnu, c’est le Christ. Alors même que l’inconnu prend visage, il disparaît à leurs yeux, laissant le pain rompu et la place au mystère.

 Jésus a disparu des regards mais pas de leur cœur. Il y a là, si on y réfléchit, toute l’aventure spirituelle superbement décrite. C’est d’abord l’expérience d’un cheminement sur une route, la route de notre vie. Route avec ses espoirs, ses désillusions ; puis c’est le passage du cheminement à la rencontre d’un inconnu qui aidant à relire la vie passée permet de découvrir un nouveau sens à la vie, un sens plus profond. C’est pourquoi le cœur brûle.

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Non tout n’est pas absurde. La vie a un sens. De la route, on passe à l’auberge pour le partage du repas. C’est l’expression de l’amitié, le passage d’une rencontre fondamentale à l’approfondissement de cette rencontre : qui est Jésus ? Or cette rencontre prend peu à peu la forme d’un visage connu jusqu’à ce que ce visage se voit en plein jour, transfiguré et c’est la lumière du Christ qui apparaît.

C’est alors que s’opère un autre passage. Jésus après s’être fait reconnaître, va nous emmener plus loin encore dans son intimité. Le pain qu’il rompt, c’est lui-même qui se donne à chacun. Ce qui veut dire que, plus loin que l’amitié, il y a, symbolisé par la manducation du pain le passage au fond de l’être, au fond du cœur. C’est pourquoi Jésus disparaît des regards. Pour se faire plus intime encore, pour se faire plus proche de chacun de nous encore. C’est le passage de la rencontre sensible, à une rencontre plus profonde qui est hors de toute expérience sensible.

C’est le passage de la vie quotidienne à la vie dans la foi. Nos deux pèlerins ont vu et ils ont cru. Mais c’est le pain qui est resté et une expérience au fond du cœur, l’expérience d’une relation retrouvée à un niveau plus fondamental, dans la foi. La vie de prière dans le christianisme, c’est cela. C’est cette reprise à notre propre compte de l’expérience des pèlerins d’Emmaüs.

Ce passage de la vie quotidienne avec ses joies et ses déceptions ; de cet extérieur de notre être, vers une dimension plus intérieure, plus intime de notre être où Dieu nous attend avant de nous renvoyer, mais différents, vers nos frères. C’est cet itinéraire que Thérèse d’Avila va nous aider à parcourir, ayant fait elle-même le chemin. La prière c’est l’expérience d’une rencontre qui peu à peu va structurer, donner sens et nourrir à son niveau le plus profond notre vie.

Nous lirons pas à pas quelques textes qu’elle a écrits. D’abord dans son livre de la vie, puis si le temps le permet dans cet autre livre qui s’appelle le livre des Demeures. Le temps et l’espace sont là qui se compresse. Il faut faire de plus en plus de choses le plus vite possible. Notre vie s’étale et se considère au nombre de choses que l’on a fait. On gagne en surface, mais on oublie que notre vie a une profondeur.

Peut-être même fuit-on cette profondeur. Jésus est là et nous attend au bord du chemin, le chemin de nos vies, le chemin de nos cœurs, pour faire route avec nous, s’inviter à notre table, partager son amitié et plus encore si nous le voulons. Voulez-vous vous engager sur ce chemin avec Thérèse de Jésus ?


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2B. L’oraison de recueillement-2

Nous voilà en route avec Thérèse d’Avila, carmélite, sur le chemin de l’oraison. Je vous conseille le petit livre écrit par le P. Emmanuel Renaud, Carme, dans la revue Vive Flamme de 1992, le n° 198 Edt du Carmel : la manière d’oraison thérésienne. Différentes méthodes peuvent être adoptées pour faire ce chemin. J’ai choisi de lire progressivement les textes qu’elle a écrits et de les commenter avec vous.

Elle parle d’abord d’elle-même puis généralise pour s’adresser à chacun d’entre nous. On va ainsi s’apercevoir qu’elle a eu des questions que beaucoup d’entre nous se posent encore. Elle est attirée par Dieu, mais ne sait pas comment faire pour le rejoindre. Elle lit la littérature de son époque, fait des essais, erre, se trompe, puis peu à peu trouve son chemin qui la mènera à l’union à Dieu et fera d’elle une réformatrice et une fondatrice pour le Carmel, puis une sainte.

C’est ce chemin peu à peu élaboré qui lui donnera le titre de docteur de l’Église. Thérèse est en fait malgré son langage du XVIe très moderne. Les textes que nous lirons d’elle sont pris dans ses œuvres traduites par Marcelle Auclair, aux éditions DDB. Dans V4, 7 nous lisons :

  • « Au départ, cet oncle dont j’ai dit qu’il habitait sur notre route, me donna un livre…Ce livre vise à enseigner l’oraison de recueillement… Comme le Seigneur m’avait déjà accordé le don des larmes et que j’aimais la lecture, je me mis à rechercher les moments de solitude, à me confesser fréquemment, et à m’engager dans cette voie, avec ce livre pour maître. Car je n’ai pas trouvé de maître, je précise de maître qui me comprenne, bien que j’en aie cherché pendant vingt ans à partir de ce moment ; cela me fit grand tort et je revins souvent en arrière ; je fus même en danger de me perdre entièrement alors qu’un maître aurait pu m’aider à éviter les occasions que j’eus d’offenser Dieu…
  • Le Seigneur commença à tant me choyer dans cette voie qu’il me fit la grâce de m’accorder l’oraison de quiétude, et je parvins même quelquefois à l’union, sans savoir en quoi consistaient l’une et l’autre, sans connaître leur grand prix… Il est vrai que cette oraison d’union durait fort peu, à peine, me semble-t-il le temps d’un Ave Maria ; mais ses effets en moi étaient si grands bien que je n’eusse pas vingt ans à cette époque, je croyais tenir le monde sous mes pieds… Je tâchais autant que possible de vivre en gardant en moi la présence de Jésus-Christ, notre Bien et Seigneur, et c’était là mon mode d’oraison. »

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Thérèse emploie plusieurs termes que l’on va reprendre. Elle parle tout d’abord de l’oraison de recueillement. Il s’agit de se recueillir pour trouver Dieu car l’homme est créé à l’image de Dieu et cette image, il la porte gravée au plus profond de son être. C’est dans cet espace secret qu’il peut retrouver la racine de son existence qui est Dieu et c’est ce qui fait pour le chrétien la valeur infinie et sacrée de tout homme. C’est dans cet espace que l’homme peut retrouver l’accès à cette relation fondatrice, relation détruite mais restaurée par le baptême. St Augustin était très lu à l’époque, elle-même, comme Jean de la Croix et d’autres ont parcouru le livre des Confessions. Dans ce livre Augustin nous partage son expérience, sa conversion, son cheminement vers Dieu. Il écrit Conf 27,38 :

  • « Bien tard je t’ai aimée, ô beauté si ancienne, et si nouvelle, bien tard je t’ai aimée ! Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors et c’est là que je te cherchais, et sur la grâce de ces choses que tu as faites, pauvre disgracié, je me ruais ! Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi ; elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant, si elles n’existaient pas en toi, n’existeraient pas ! Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité ; tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité ; tu as embaumé, j’ai respiré et haletant j’aspire à toi ; j’ai goûté, et j’ai faim et j’ai soif ; tu m’as touché et je me suis enflammé pour ta paix. »

Augustin s’est rué dans son désir de vivre et de goûter les choses de ce monde, mais il cherchait, comme beaucoup d’entre nous, mal. Puis une expérience de Dieu à l’intime de son être lui a fait comprendre où il pouvait trouver sa joie : au fond de son cœur. Dieu n’est pas si loin, si haut qu’il ne se laisse trouver parce qu’il habite en nous, au fond de ce que nous appelons le cœur. Mais comment le rejoindre ? Nous verrons cela la prochaine fois. Luc 10,38 Marthe et Marie

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2C. Se recueillir-2

Thérèse cherchait un moyen pour s’ouvrir à la présence de Dieu, comme nous-mêmes aussi peut-être. Elle trouve un livre qui l’initie au recueillement, qui l’invite à chercher Dieu en elle-même, au plus profond d’elle-même. Il s’agit d’un passage, de passer de notre univers agité, sollicité par mille tâches vers un autre univers au fond de soi-même comme nous le montrait l’évangile d’Emmaüs en St Luc au chapitre 24.

Là surgissent les premières difficultés. Nous aurons l’occasion d’en parler lorsque nous lirons le livre des Demeures. Déjà cependant il nous faut être attentif à cet aspect. Il s’agit donc de se recueillir, c’est-à-dire de réfléchir, de méditer avec le sens de rassembler, réunir. Nous avons à rassembler notre esprit dispersé par les mille sollicitations de nos journées, par les fatigues ou les contrariétés multiples.

Dit autrement, pour se recueillir, il faut apprendre à se poser, à ne rien faire ne serait-ce que quelques instants, au travail, comme à la maison ; prendre le temps d’arrêter toute agitation extérieure ou mentale.

Cet arrêt des activités permet de souffler, de prendre souffle. C’est de cela qu’il s’agit en fait au plus profond en jouant sur les mots. Nous sommes dans une période où l’espace et le temps se compriment. Il nous faut faire le plus de choses, le plus rapidement possible, au travail comme à la maison et même dans les loisirs. Nous pouvons faire ainsi quantité de choses, mais nous nous étalons en largeur et ce que nous prenons dans l’espace nous le perdons au niveau du cœur.

Cette agitation quotidienne si l’on n’y prend garde envahit toute notre vie. Il faut se dépêcher pour faire les courses, se dépêcher pour partir en vacances… Faut-il se dépêcher de vivre ? Posé autrement, est-ce par ce moyen là que l’on remplira notre vie, que l’on vivra heureux ? Nous traversons d’immenses espaces mais vers où ?

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Nous oublions qu’il y a un espace au fond de nous-mêmes, nous oublions que nous avons un cœur et qu’il appelle. Nous manquons souvent de souffle, de profondeur parce que dans cette course au paraître nous crevons de soif. Le pire, c’est que nous cachons cela derrière les masques reluisants du faux-semblant, du paraître. Nous sommes souvent comparables à de belles vitrines où tout est bâti sur du carton.

Mais elle passe la figure de ce monde, n’est-ce pas ? Nous oublions qu’il y a dans nos vies un immense espace laissé en friche. Et s’il y a un mal être dans la société actuelle, c’est à ce niveau qu’il se trouve. Nous avons perdu cette relation fondamentale à nous-mêmes, nous avons perdu l’accès à notre propre cœur. Aussi se recueillir c’est permettre à notre être de retrouver cette dimension oubliée mais fondamentale de notre existence. Nous sommes emportés sur la grande locomotive de notre vie, elle est lancée, mais vers quels espaces ? Metro-boulot-télé-dodo est-ce bien de cela dont nous avons besoin ?

 N’y a-t-il pas une part de notre être qui se révolte ? Se recueillir c’est peu à peu mettre un frein à cette locomotive, c’est se donner une sorte de respiration qui nous permet d’inspirer quelques goûtes de cet Esprit Saint qui nous est donné et qui nous montre que l’on est aimé, infiniment aimé. Se recueillir, c’est faire une halte dans chaque journée de notre vie, quelques instants ou plusieurs minutes, selon les possibilités.

C’est se donner la possibilité de prendre quelques instants de gratuité en accueillant le silence qui monte du cœur, sans peur. Car ce n’est pas le silence qui fait peur, mais notre cœur angoissé. Et c’est une fausse thérapie que de se livrer aux bruits et à l’agitation pour fuir cette angoisse. Je vous conseille à ce sujet ce magnifique petit livre écrit par Michel Hubaut, Les chemins du silence, collection “l’aventure spirituelle“ DDB. Il commence par cette citation d’E. Rostand :

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  • « Le silence… c’est le plus grand plaisir, le chant le plus parfait, la plus haute prière… Silence, ami profond qu’on écoute se taire… Arrêt des boniments. Trêve des éloquences. Evasion d’entre les paroles. Vacances. Délassement délicieux. Cerveaux guéri de tous les coups dont il était endolori par tous les bruits que font les gens qu’on rencontre, et qui ne cessent de parler pour ou contre… »

Le recueillement c’est la porte qui commence à s’entrouvrir, c’est déjà, mais de loin encore entendre la source qui ruisselle et qui rafraîchit au fond du cœur.

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2D. Un échange entre Dieu et l’âme-2

Nous avons fait un grand pas précédemment en découvrant que Dieu était au fond du cœur. C’est bien beau de savoir cela me direz-vous, mais comment aller à la recherche de Dieu au fond de moi ? C’est pour répondre à cela que Thérèse d’Avila parlait de se recueillir pour s’ouvrir à cette présence de Dieu :

  • « Au départ, cet oncle dont j’ai dit qu’il habitait sur notre route, me donna un livre… Ce livre vise à enseigner l’oraison de recueillement. Le Seigneur commença à tant me choyer dans cette voie qu’il me fit la grâce de m’accorder l’oraison de quiétude, et je parvins même quelquefois à l’union, sans savoir en quoi consistaient l’une et l’autre, sans connaître leur grand prix… Il est vrai que cette oraison d’union durait fort peu, à peine, me semble-t-il le temps d’un Ave Maria ; mais ses effets en moi étaient si grands bien que je n’eusse pas vingt ans à cette époque, je croyais tenir le monde sous mes pieds… » V4

Il s’agit d’un livre écrit par le franciscain Francisco de Osuna. Dans ce livre, le troisième abécédaire, « Osuna propose de chercher l’union à Dieu dans la prière par la voie du recueillement intérieur.

Il conseillait simplement de faire silence en soi-même, de se rendre “sourd, aveugle et muet“, de “vider l’entendement de toute pensée humaine du créé“ en appliquant le principe “ne penser à rien“ pour pouvoir être attentif à Dieu. Il fallait fixer le regard sur Dieu seul et sa Divinité. D’autre part, on devait faire large place au “cœur“, c’est-à-dire à l’amour, ce qui était bien dans la ligne franciscaine. » (E. Renaud, la manière d’oraison thérésienne, V.F).

Si Thérèse trouve là un chemin d’intériorité qui lui profite, déjà elle nuance sa lecture. Le P. Emmanuel, religieux Carme, nous fait remarquer que : « La première interprétation erronée possible de l’enseignement d’Osuna venait du fait qu’on était tenté de faire en soi le “silence absolu“ de façon à la fois prématurée et par trop radicale, en supprimant toute activité de l’esprit (ce qui est appelé ici l’entendement pour l’intelligence, la compréhension) avant que Dieu n’invite à le faire. Osuna parle en plus de faire place au cœur. Thérèse précise aussitôt :

  • « Je tâchais autant que possible de vivre en gardant en moi la présence de Jésus-Christ, notre Bien et Seigneur, et c’était là mon mode d’oraison. » avila-stetherese

Il ne suffit pas de faire le silence pour arriver à cette forme d’oraison qu’elle appelle l’oraison de quiétude. Il ne faut pas confondre hygiène mentale et vie de prière. La vie spirituelle chrétienne ne tient pas en un silence des pensées que l’on obtiendrait par quelques techniques adaptées. La vie spirituelle chrétienne nous place d’emblée dans une relation à Dieu et au frère. Or la relation à l’autre, quel que soit cet autre, n’est pas une question de technique. C’est une des ambiguïtés de notre époque où la technique entre dans toutes les dimensions de notre vie.

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Déformé par notre éducation on croit ainsi qu’il suffit d’appuyer sur un bouton pour entrer en relation avec l’autre. Bien souvent on confond relation et communication. Je communique des informations à quelqu’un d’autre, et j’ai à ma disposition des techniques de communication. Bien sûr je caricature, mais à peine parfois…

Or la relation à l’autre, à Dieu, résiste à cette forme d’échange. Je peux arriver à une forme de silence intérieur par des méthodes de relaxation ou des méthodes venant d’autres religions. Mais est-ce bien cela qui va nourrir mon cœur ? Car à ce niveau de mon être, c’est d’une relation dont j’ai besoin, c’est un espace dans lequel je peux me dire, et un espace dans lequel je peux recevoir. C’est un échange qui s’instaure entre Dieu et l’âme. C’est la même chose dans nos vies.

Lorsqu’on est avec un ami, que l’on a beaucoup échangé, il y a un moment où l’on désire se taire. Cet instant ne vient pas rompre la relation, mais bien au contraire permet de la prolonger, lui donne de la profondeur. Le silence est alors coloré, rempli d’une présence. C’est à ce niveau-là que nous emmène la prière et nous aurons l’occasion d’y revenir au cours de nos entretiens.


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2E. Le recueillement-2

Nous disions donc qu’il ne suffisait pas pour se recueillir de désirer faire silence, que le silence en lui-même ne faisait pas la prière et qu’il n’était pas une question de technique. En fait le silence, pour le chrétien, est le fruit d’une relation. Ce n’est pas un état que l’on obtient à coup de volonté, mais c’est un don. Mais nous sommes pour l’instant au début de notre parcours et l’important, c’est de se mettre en chemin et de se donner des moyens pour se recueillir. Pour lors si l’on ne parle pas de techniques, il y a des méthodes. On pourrait presque dire qu’il y a autant de méthodes que d’individus. Pour adapter les méthodes à sa personnalité, il est bon d’en connaître les principes.

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  • V4,9 « Je crois maintenant que le Seigneur n’a pas voulu que je trouve quelqu’un pour me guider car il m’eût été, ce me semble, impossible de persévérer pendant les dix-huit années que durèrent cette épreuve et ces grandes sécheresses, à cause de mon incapacité à réfléchir. Pendant ces années- là, si ce n’est après la communion, jamais je n’ai osé commencer à faire oraison sans un livre…
  • Le livre y remédiait, il me tenait compagnie, ou, tel un bouclier, il recevait les coups fréquents de mes pensées. La sécheresse ne m’était pas habituelle, sauf lorsque je n’avais pas de livre ; alors mon âme se dissipait immédiatement ; tandis qu’avec la lecture, je recueillais bientôt les pensées égarées et je menais mon âme comme par flatterie. Souvent même il me suffisait d’avoir un livre. Il est des fois où je lisais peu, des fois où je lisais beaucoup, selon la grâce que le Seigneur me faisait. »

Maintenant plus qu’à l’époque de Thérèse nous nous heurtons à cette difficulté qui est de passer du travail, de la vie familiale, de la vie sociale, de la vie scolaire des enfants… à un temps disponible pour se recueillir.

A cette difficulté pour trouver du temps, s’ajoute celle de la fatigue. Et cette fatigue est une fatigue nerveuse. Elle n’est pas du même ordre que celle que l’on peut sentir après une grande marche, un travail physique. Elle est plus encombrante. Le corps est là qui a enregistré les tensions de la journée. Dès lors il est difficile de se retrouver à genoux ou dans une autre position pour prendre un instant de recueillement. Il y a une fatigue d’abord à évacuer. Nous ne sommes pas de purs esprits et notre corps à sa place.

Les douleurs au dos, à l’estomac, aux intestins sont souvent des signes d’alarme. Si on ne respecte pas cette dimension, tôt ou tard il y aura le retour du bâton. La prière lors du recueillement n’est pas un bout de temps que je prends, que j’isole dans ma journée. Elle fait partie intégrante de tout ce que j’ai vécu. Il ne suffit pas de tourner une page et de décider qu’à un moment donné je vais me recueillir. Ce n’est pas du travail à la chaîne, mais c’est un espace que je prends dans la journée pour puiser à la vie qui est en moi.

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C’est une ouverture à une relation qui habite mon cœur. Cette ouverture prend un peu de temps, comme un apprivoisement. Notre corps y tient une place. Le recueillement tel que nous le propose Thérèse emprunte les chemins de notre humanité. Il s’agit de trouver une nourriture pour notre intelligence dans laquelle l’affectivité est sollicitée. Il s’agit simplement d’orienter nos facultés d’une autre façon, de recueillir nos sens, notre intelligence en les unifiant. Il s’agit de passer des sens, de ce qu’on éprouve par nos sens à l’esprit, puis de l’esprit au cœur.

Attention, ici quand on parle du cœur, ce n’est pas l’affectivité, les sentiments, mais c’est le centre profond de nous-mêmes. Nous recevons dans nos relations, dans nos activités quotidiennes des informations, des images, des sensations. C’est notre intelligence, notre mémoire, notre volonté qui sont sollicitées ; nous sommes touchés, nourris, vivifiés par ces échanges. Tout cela se fait par notre sensibilité, j’entends là l’activité de nos sens. Parfois lorsque nous sommes dans la nature l’émerveillement du paysage, le chant d’un oiseau, le bruit d’une source, la saveur d’un fruit sauvage, une odeur, flattent nos sens.

 Les tensions se relâchent, quelque chose au fond de nous est touché, toute activité du mental s’arrête, une paix profonde se produit peu à peu. Le recueillement, c’est cela. C’est ce lâcher prise de notre mental et c’est l’accès à une zone plus profonde de notre être. La musique, la vue d’un tableau, un regard échangé, un coin de ciel bleu, un peu de marche et mille autres occasions peuvent en être la source, comme le préliminaire. Quelques mots de Thérèse illustrent bien ce qui vient d’être dit :

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  • V 9,5 « Pour celles qui s’acheminent sur cette voie, un livre aide à se recueillir promptement. Quant à moi, il m’était également favorable de voir la campagne ou de l’eau, ou des fleurs. Ces choses évoquaient pour moi le Créateur, je dis bien qu’elles m’éveillaient, me recueillaient, me servaient de livre ».

À Suivre… III. S’ouvrir à la vie de l’âme…


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A propos Myriamir

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Cet article, publié dans Le chemin de l’oraison-commenté par Frère Yannick, Sainte Thérèse d’Avila, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.