Sainte Rose de Lima-dominicaine-stigmatisée (1586-1617) Partie 2/3


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IV

Fille de saint Dominique, Rose de Sainte-Marie entendait justifier ce beau titre pour réaliser, dans la mesure du possible, le type achevé que Dieu lui-même lui mettait sous les yeux. C’est de ce côté qu’elle va diriger ses efforts, et nous allons voir quelle base solide elle posa, par l’humilité et la pénitence, à la vie de sublime contemplation où elle fut élevée.

Notre Sainte ne se bornait pas à recevoir avec patience et avec joie les injures et les railleries, de quelque côté qu’elles vinssent : pensant toujours en avoir mérité davantage, elle avait l’habitude, quand on l’accusait, d’amplifier encore ce qu’on lui imputait, comme si, à l’entendre, elle eût été coupable de grands crimes et digne d’être méprisée et maltraitée de tous.

Rien ne lui était plus insupportable que les louanges : elles étaient pour elle comme un trait acéré qui semblait percer son cœur ; à ses gémissements et à ses larmes on pouvait comprendre combien ces discours flatteurs lui étaient à charge. Si une adversité, si un accident fâcheux tombait sur sa famille, elle l’attribuait sérieusement à ses fautes, et comme elle se croyait très sincèrement la créature la plus misérable qui fût au monde, elle désirait vivement voir les autres partager sa conviction.

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Quand elle se présentait au saint tribunal, c’était avec une abondance de larmes et des soupirs qui l’auraient fait aisément passer pour une insigne pécheresse. Toutefois cette contrition si extraordinaire était toujours accompagnée et relevée par les ardeurs croissantes de la charité, et c’est dans cet esprit qu’avant de commencer, elle disait à son confesseur : « Dieu soit avec vous, mon Père. Que Jésus soit notre amour ! Quand donc viendra le jour où nous l’aimerons parfaitement? Ah! Qui ne l’aime pas, ou il ne le connaît pas ou il est sans cœur. »

Outre les confessions sacramentelles, qu’elle renouvelait plusieurs fois la semaine, elle en faisait une spirituelle chaque jour, aux pieds de son Père saint Dominique : elle lui accusait en détail tout ce qui pouvait être l’ombre d’une négligence ; puis elle demandait humblement au Seigneur, par les mérites du saint Patriarche, le pardon et le remède.

Elle cachait avec soin ses maladies, pour augmenter ses souffrances et aussi pour éviter d’attirer l’attention. Mais, ce qu’elle cherchait à dérober avec plus de soin encore, c’étaient ses progrès dans la vertu et les faveurs extraordinaires qu’elle recevait de Dieu. Rose ne parlait jamais de ces dernières que pressée par l’obéissance et avec une extrême réserve. « Dès mon enfance, déclara-t-elle un jour, j’ai supplié Dieu de ne pas permettre que les grâces opérées en moi par sa bonté fussent manifestées au dehors, et, connaissant la sincérité de ma prière, il a daigné m’exaucer. »

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Si prodigieuse que nous paraisse sa vie, il est clair d’après cette parole que bien des merveilles nous en sont restées inconnues. Cependant Rose ne pouvait soustraire aux regards des hommes beaucoup d’actes héroïques: ses jeûnes et ses abstinences étaient forcément connus de ceux qui vivaient avec elle.

Dès son plus bas âge, elle s’imposait de nombreuses privations et s’interdit, entre autres choses, l’usage des fruits. A six ans, elle commença à jeûner au pain et à l’eau trois fois la semaine. Par une de ces pieuses adresses qu’on rencontre chez les Saints, elle avait trouvé le moyen de mortifier son appétit à la table commune, et cela, sous les yeux de sa mère, si prompte, pour la moindre indisposition, à accuser les rigueurs excessives de sa fille. Une servante Indienne, nommée Marianne, avait fini, à force d’amitié et de caresses de la part de Rose, par devenir un instrument docile des pénitences de sa jeune maîtresse.

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Rose obtint qu’à chaque repas, sous un prétexte quelconque, Marianne lui servît un mets spécial, composé de quelques herbes sauvages soigneusement dissimulées dans un semblant d’apprêt. Quelquefois elle s’en allait dans les champs à la cueillette de plantes ou racines nauséabondes, pour en fabriquer une sorte de liqueur mélangée d’absinthe et de fiel dont elle arrosait ses aliments, de sorte qu’on ne saurait vraiment dire si elle ne souffrait davantage en mangeant qu’en s’abstenant de manger. Les jours de jeûne ecclésiastique, elle se bornait à prendre, une seule fois, un peu de pain et d’eau. On la vit, pendant des Carêmes entiers, se sustenter seulement avec cinq pépins d’orange ou de citron chaque jour ; on la vit rester sept semaines sans boire, malgré les chaleurs insupportables du pays.

Rien de ce qui pouvait la faire ressembler à Jésus souffrant ne lui paraissait au-dessus de ses forces. Dès sa quatorzième année, elle sortait, la nuit, dans le jardin, et, chargeant ses épaules meurtries par les disciplines d’une grande et lourde croix, elle marchait à pas lents dans les allées, méditant sur le trajet douloureux du Calvaire et se laissant parfois tomber à terre pour mieux imiter le Sauveur. Elle accomplissait ce pèlerinage pieds nus et par les plus rigoureuses températures.

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Quoique son corps fût fort affaibli par les jeûnes, Rose ne laissait pas de pratiquer d’autres austérités presque incroyables. Elle se fit un cilice de crins, hérissé de pointes d’aiguilles et descendant jusqu’au-dessous des genoux. Elle le porta longtemps et ne le quitta que par obéissance. Mais aussitôt elle le remplaça par un sac grossier, dont le poids accablant et les aspérités ne lui permettaient de faire aucun mouvement sans ressentir dans tous ses membres un douloureux martyre.

Elle s’était tressé une discipline de cordes très rudes et armées de gros nœuds, et en faisait usage tous les jours, quelquefois à plusieurs reprises. Elle se servait aussi de chaînettes de fer, et avec tant de force que son sang jaillissait contre les murailles.

Elle se ceignit les reins d’une chaîne de fer à trois tours, la ferma d’un cadenas et en jeta la clef dans un puits. Cette ceinture, pénétrant dans les chairs, produisit à la longue des douleurs intolérables, auxquelles on ne pouvait apporter de soulagement par suite de la précaution héroïque de faire disparaître la clef du cadenas. La prière de la douce victime fit céder l’obstacle ; un soir, la serrure s’ouvrit par miracle et la chaîne tomba à terre.

Rose se rappela qu’à l’invitation du Sauveur, sainte Catherine de Sienne avait porté la couronne d’épines : devenue sa sœur par le Tiers-Ordre, elle aspirait à lui ressembler en ce point comme en tant d’autres. Après avoir essayé d’une couronne tressée de cordes et d’épines, elle se procura une lame d’argent qu’elle courba en cercle, munit d’un triple rang de clous très aigus, et serra fortement autour de sa tête, la recouvrant de son voile. De temps en temps, principalement le matin, en faisant sa toilette, elle changeait la position de sa couronne, afin de multiplier les plaies.

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Quand parfois quelque mouvement tendait les muscles de la tête, sa souffrance était si vive que son visage se contractait et qu’elle perdait l’usage de la parole. Longtemps on ignora autour d’elle cette effroyable pénitence. Mais un jour que le père de Rose, une verge à la main, poursuivait un de ses fils pour le corriger, il heurta la jeune fille à l’endroit de la couronne, et aussitôt trois jets de sang s’échappèrent de son front.

 

Rose se retira précipitamment dans sa chambre; sa mère l’y suivit, et demeura interdite en apercevant le sanglant bandeau. Elle en parla au confesseur de Rose, Juan de Villalobos, recteur du collège des Jésuites, lequel se fit apporter la couronne, qu’il avait autorisée sans l’avoir vue, et voulut dissuader sa pénitente de porter désormais le terrible instrument. Mais celle-ci plaida si bien sa cause, que le Père se contenta d’émousser avec une lime la pointe trop acérée des clous, et laissa l’héroïque vierge suivre l‘inspiration de l’Esprit Saint.

Ce n’est pas tout. Rose, remarquant un jour que dans la répartition des pénitences ses pieds étaient épargnés, imagina de les exposer nus à la bouche d’un four embrasé, si bien que depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête, il ne restait rien en elle qui n’eût sa part d’expiation.

Si la journée de Rose était ainsi remplie de mortifications de tout genre, la nuit, elle aussi, avait son tour. Après divers essais, Rose inventa un lit plutôt de torture que de repos. Elle plaça, sur une longue planche, des morceaux de bois non équarris, les lia avec des cordes et remplit les intervalles de cailloux pointus, de débris de tuile et de vaisselle. Comme oreiller, elle se servit successivement d’une bûche, d’une pierre rugueuse, d’un sac garni de copeaux et de fragments de jonc ou d’osier qui lui écorchaient le visage. Avant de se coucher, Rose remplissait sa bouche d’un breuvage de fiel qu’elle tenait en réserve dans un flacon près de son lit. Ce breuvage amer lui causait, surtout au réveil, une inflammation du gosier accompagnée d’une soif inextinguible.

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L’on aurait tort de croire que l’habitude de la souffrance en ôtait à notre Sainte ou en diminuât même la sensation. Maintes fois la pauvre enfant ne pouvait approcher sans frémir de sa terrible couche. Un soir, elle luttait plus péniblement que de coutume contre la répugnance de la nature, quand Jésus-Christ lui apparut sous une forme visible. « Souviens-toi, ma fille, dit-il, que le lit de la croix sur lequel je m’endormis du sommeil de la mort était plus dur, plus étroit, plus effrayant que le tien ! » Consolée par ces paroles, Rose reprit courage, et pendant seize années continua cette horrible macération.

 

Si pénible et si agité que dût être le sommeil sur une pareille couche, encore voulait-elle vaincre cet ennemi, le plus difficile à terrasser, de l’aveu de sainte Catherine elle-même. Sur les vingt-quatre heures de la journée, Rose en donnait douze à la prière, dix au travail des mains et réduisit à deux heures le temps consacré au repos et aux autres nécessités de la vie.

 

Mais quelle violence il fallut faire à la nature pour obtenir un tel résultat! L’héroïque jeune fille avait enfoncé un très gros clou dans le mur de sa chambre, à six pieds environ de hauteur. Dès que le sommeil la poursuivait, elle venait se pendre à ce clou par les cheveux qu’elle avait gardés sur le devant de la tête, et lorsqu’elle sentait qu’ils allaient céder, elle appuyait la pointe des pieds sur le plancher.

Elle passait ainsi des nuits entières, veillant et priant avec Notre-Seigneur. En outre, elle fit faire une croix dans les bras de laquelle étaient fixés deux clous, capables de supporter le poids de son corps. Voulait-elle prier plus longuement la nuit? Elle dressait cette croix contre la muraille et s’y tenait suspendue pendant son oraison. C’est à la suite de cette pénitence qu’elle n’eut plus de combats à soutenir contre le sommeil. L’ennemi était vaincu par le même instrument qui a vaincu le péché.

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V

Assurément une vie de mortifications si extraordinaires ne saurait être proposée pour modèle : les voies des élus ne sont pas les mêmes pour tous. Néanmoins, ce spectacle, propre à épouvanter notre faiblesse, ne doit pas nous décourager : tout en louant Dieu, toujours admirable dans ses Saints, nous pouvons, sans viser si haut, suivre au moins la vierge de Lima dans la pratique de vertus plus à notre portée, qu’elle savait faire éclore sur chacune de ses douleurs.

Dans cette existence, semée de merveilles sans nombre, il est un fait peut-être plus admirable, c’est de voir la frêle adolescente, malgré ses maladies et ses pénitences, toujours la première au travail, toujours douce et affable, montrant une gaieté qui faisait le charme de ses parents et de ses amis. Prétendra-t-on qu’il n’y a rien à glaner ici?

Mais là ne se termine point le chapitre des souffrances de notre bienheureuse Sœur. Une âme prédestinée comme la sienne pour être, au milieu du monde, une représentation vivante de Jésus crucifié, devait connaître tous les genres de peines, et spécialement les peines intérieures. « Parce que vous étiez agréable à Dieu, disait l’archange Raphaël à Tobie, il a été nécessaire que la tentation vous éprouvât. » II est pour les âmes justes, en effet, des heures sombres, qui succèdent par intervalles aux merveilleuses clartés de l’oraison, et aux jouissances sensibles de la grâce. Rose connut cette épreuve et y montra un prodigieux courage. Un changement subit s’opérait parfois dans son intérieur : elle se voyait seule dans un désert, au milieu d’une nuit épaisse : tout sentiment des choses de Dieu avait disparu. C’était comme une espèce de mort et de déchirement, une sorte de réprobation, qui lui faisait crier comme Jésus mourant : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonnée ? »

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L’espace de quinze années, il ne se passa pas un jour que la jeune vierge ne fût ainsi réduite à une mystérieuse agonie, durant une heure et plus ; l’habitude, loin de diminuer son tourment, ne servait qu’à en augmenter la rigueur. Les consolations qui suivaient, « inondaient, il est vrai, son âme en proportion de la grandeur de ses peines », mais le lendemain, à heure fixe, le même supplice recommençait. Il fallait que le calice fût bien amer pour que cette Sainte, si patiente et si mortifiée, priât Dieu de le détourner de ses lèvres. Mais incontinent, elle ajoutait : « Que votre volonté se fasse et non pas la mienne », et cette complète soumission lui apportait un peu de soulagement.

 

Ce n’était là du reste qu’un surcroît ajouté à ses peines ordinaires : la souffrance était l’état normal de sa vie. Dans son amour généreux pour Jésus-Christ, remarque un historien, elle eût rougi de se voir sans croix un seul instant : le Bien-Aimé de son cœur ne le permit pas. Rose eut à souffrir de tous les côtés à la fois : de la part de sa famille qui, croyant à un état fiévreux, voulait l’obliger à force remèdes : de la part même de directeurs inexpérimentés, trop prompts à rejeter sur la rêverie, l’imagination, l’excès du jeûne ou de la fatigue, les phénomènes extraordinaires dont elle était l’objet ; enfin les maladies ne la quittèrent jamais complètement.

 

La conduite de Dieu sur cette âme d’élite impressionna les plus fameux théologiens de l’Université de Lima, et l’on jugea utile de soumettre la fille de saint Dominique à de longs et minutieux interrogatoires. Elle répondit à tout sans hésitation. Avant de lever la séance, les docteurs déclarèrent à l’unanimité : « que Rose était arrivée à l’oraison d’union par la voie la plus directe et sans avoir presque passé par la voie purgative, le Seigneur ayant attiré son cœur à lui dès sa plus tendre enfance; qu’elle avait supporté avec un courage héroïque la plus accablante épreuve qui se puisse imaginer, et qu’elle avait gardé dans cet état d’abandon et de désolation une soumission parfaite à la volonté divine. »

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A dater de ce moment, elle fut regardée par les hommes de piété qui eurent occasion de la connaître comme une âme remplie de l’Esprit de Dieu, possédant le don de sagesse et gouvernée par une science divinement infuse. Un jour qu’elle se trouvait à l’église de Saint-Dominique, elle pria le Frère sacristain d’appeler son confesseur. Le Frère se rend aussitôt vers le Père de Lorenzana, religieux de grand savoir et de haute perfection, et lui dit : « Mon Père, la petite Rose est là, qui vous attend. — Ah ! Mon Frère, répondit le saint homme, que dites-vous? Cette Rose que vous appelez petite, l’univers entier connaîtra un jour sa grandeur devant Dieu. »

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Sainte Rose of Lima

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VI

On conçoit facilement qu’une âme dévouée à Dieu avec tant de générosité, devait recevoir dès ici-bas des récompenses hors de pair. Son Époux céleste l’honorait de communications et de visions merveilleuses : elle vivait avec lui dans la plus étonnante et la plus divine familiarité.

Sous ce rapport, la vie de sainte Rose contient des traits ravissants qu’il faut lire avec la simplicité des enfants de Dieu. Malgré les longues heures qu’elle passait en oraison, la pieuse vierge ne laissait pas d’employer un certain temps à la lecture. Or, il arriva plusieurs fois que l’Enfant Jésus vint se poser sur le livre entr’ouvert. Sa taille, d’une ténuité extrême, ne dépassait guère la longueur de la main, mais ce corps et le visage étaient d’une grâce incomparable. « Lis-moi, lui disait-il intérieurement; lis-moi avec attention, car je suis le Verbe ou la Parole éternelle, et si petit que tu me voies, je n’en renferme pas moins les trésors de la sagesse et toute la science de Dieu. »

Quand Rose, occupée de son travail manuel, faisait ses fleurs ou sa broderie, il s’asseyait sur son métier, lui souriant doucement, tendant vers elle ses petits bras comme pour l’inviter à le caresser. On suppose que ces faveurs durent lui être accordées tous les jours, à partir d’une certaine époque, car elle se plaignait amoureusement lorsque Jésus tardait à paraître. « Voici l’heure, et le Bien-Aimé ne paraît pas, disait-elle. La douzième heure a sonné et je suis encore privée de son aimable présence ! Venez, Seigneur, vous le savez, votre petite Rose ne peut vivre sans vous! »

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Une fois elle était demeurée très tard à sa cellule du jardin paternel. Après une longue oraison, elle fut prise d’un vertige : le malaise, loin de passer, ne faisait que croître : Rose était comme anéantie et se sentait près de mourir. Minuit venait de sonner; comment appeler au secours? Elle essaya cependant de sortir et de se traîner vers la maison de ses parents, afin de prendre quelques gouttes d’un élixir dont elle avait parfois expérimenté la puissance. Une pensée subite traversa son esprit : « C’est dimanche aujourd’hui et je dois communier : sacrifierai-je ce bonheur pour un soulagement corporel?

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D’autre part, si je refuse à mon corps le secours qu’il réclame, ma faiblesse ne me permettra pas d’aller à l’église! » Dans cette perplexité, elle recourut à son divin Époux. Jésus apparut et lui dit :« Applique tes lèvres à la plaie de mon côté ; il a été ouvert pour le salut du genre humain ; mes fidèles y trouveront toujours le réconfort dont ils ont besoin. » Et le Seigneur la fit boire non de bouche, comme sainte Catherine de Sienne, mais de cœur, à l’ouverture qui donne entrée à son adorable Cœur. — Une force nouvelle se répandit immédiatement dans les membres de Rose, en même temps qu’une joie surnaturelle inondait son âme.

La Sainte aimait beaucoup les fleurs. Elle en avait partout, dans son jardin, autour de son ermitage. Elle cultivait avec une sollicitude particulière un basilic très beau, qu’elle se proposait de porter à l’église quand il serait en pleine floraison. Peut-être s’y était-elle un peu trop attachée. Un matin, sans que le fait pût s’expliquer naturellement, le basilic se trouva déraciné et flétri. Rose se retirait tout attristée, lorsque Jésus se présenta à elle. « Eh quoi! lui dit-il, vas-tu t’affliger pour la perte de cette plante, quand je te reste, Moi qui suis la fleur des champs et le lis de la vallée? Tu es ma fleur, mais je veux que dans ton cœur il n’y ait place pour nul autre que pour Moi. »

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Rose comprit la leçon, et s’appliqua si bien au détachement total et absolu, que le Seigneur pouvait dire, un peu plus tard, à une pieuse femme de Lima qui jouissait aussi des familiarités divines : « Je porte ma Rose dans l’endroit le plus intime de mon cœur, parce que le sien est tout à moi. » C’était vrai à la lettre. Le regard du Maître s’arrêtait donc sur cette petite fleur du parterre angélique, et bientôt un délicieux mystère d’amour allait s’accomplir en elle.

Un dimanche des Rameaux, après la bénédiction des palmes, les sacristains se répandirent dans l’église pour les distribuer au peuple. Tous les assistants reçurent la leur; mais soit inattention, soit oubli, seule parmi ses compagnes, Rose n’eut point de part à la distribution commune. Ce fut avec grande confusion qu’elle suivit la procession les mains vides. Quand la cérémonie eut pris fin, elle accourut se réfugier dans la chapelle du Rosaire, et là, sous le regard de sa bonne Mère, donna libre cours à ses larmes. Puis, surmontant son chagrin : « A Dieu ne plaise, ô ma douce Souveraine, dit-elle, que je regrette plus longtemps une palme qui m’eût été donnée par une main mortelle ! N’êtes-vous pas le palmier magnifique qui embellit le désert de Cadès? Vous me donnerez un de vos rameaux et celui-là ne se flétrira pas. »

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Soudain la Reine du ciel abaisse un regard joyeux sur l’Enfant Jésus qu’elle tenait dans ses bras et le reporte ensuite sur Rose avec une ineffable tendresse. Le divin Enfant la regarde à son tour et prononce distinctement ces mots : « Rose de mon cœur, sois mon épouse. » Hors d’elle-même, Rose s’écrie : « Je suis votre servante, Seigneur. Oui, si vous voulez ce que je n’oserais ambitionner, je serai à vous et vous demeurerai éternellement fidèle ! »

« Tu vois, ma fille, ajouta Marie, le rare honneur que Jésus a daigné te faire en te prenant pour épouse : pouvait-il mieux te prouver la grandeur de son amour? » L’extase de Rose se prolongea longtemps, et son âme fut gratifiée d’une plénitude de dons célestes que la parole humaine est impuissante à décrire. A peine rentrée dans son ermitage, Rose pria l’un de ses frères de lui dessiner un anneau avec un emblème religieux, sans rien lui dire de la merveille accomplie en sa faveur. Celui-ci réfléchit quelques instants, et, saisissant un papier, y traça le dessin d’un anneau, orné d’un brillant sur lequel il écrivit le nom de Jésus. Rose lui demanda une petite inscription à l’intérieur du cercle : et sous le coup de la même inspiration, le jeune homme prit .la plume et traça ces mots en exergue : Rosa cordis mei, tu mibi sponsa esto : « Rose de mon cœur, sois mon épouse. » La pieuse enfant ne fit rien paraître de sa surprise; mais on devine sa joie et sa reconnaissance en entendant répéter et confirmer par son frère, ignorant de ce qui s’était passé, les paroles mêmes de son divin Époux. L’anneau fut fabriqué, l’inscription gravée, et la sainte fille le porta au doigt jusqu’à sa mort.

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Dès lors, son amour ne fit plus que s’élever; les élans de son âme, qu’elle ne pouvait plus comprimer, se traduisaient par des paroles de feu ou par des invitations aux êtres de la création à aimer leur auteur.

« Éléments, disait-elle, eaux et terres, anges et hommes, insectes et oiseaux, plantes fleuries, grands arbres, venez à mon aide : aimons Dieu, aimons Dieu! »

Parfois, saisissant une harpe, bien qu’elle n’eût jamais appris à manier cet instrument, elle en tirait de doux accords pour accompagner la plaintive mélodie qu’elle adressait au Ciel. Et, à sa voix, les arbres, les plantes et les fleurs s’agitaient en cadence, comme pour payer un tribut à la louange du Créateur. Nous avons parlé plus haut des moustiques qui hantaient l’ermitage de Rose. Le matin, notre Bienheureuse, ouvrant la porte et la fenêtre de sa petite cellule, disait gracieusement à ces nombreux hôtes :

« Allons, mes petits amis, chantons ensemble les grandeurs du Tout-Puissant. » Aussitôt, comme s’ils eussent été doués d’intelligence, guêpes, abeilles, moucherons se divisaient en deux chœurs, les uns volaient et accompagnaient le chant de Rose du bourdonnement de leurs ailes, tandis que les autres demeuraient immobiles et silencieux : au bout de quelques instants, le second chœur reprenait l’accompagnement et le premier se reposait. Cela durait jusqu’à ce que la Sainte leur rendît la liberté. « Allez maintenant, petites sœurs, disait-elle, allez chercher votre nourriture, et ne manquez pas de revenir au coucher du soleil, afin que nous reprenions notre cantique. »

Pendant le Carême de l’année 1617, le dernier qu’elle passa sur terre, un petit oiseau vint un soir, après le coucher du soleil, chanter auprès de sa fenêtre. La Sainte l’écouta avec attendrissement et se prit à l’aimer. Le lendemain, le petit oiseau revint encore et à la même heure. Rose le reconnut et l’écouta avec encore plus de bonheur que la veille. Enfin, l’oiseau fut très exact, et elle ne manqua plus, dès lors, de se placer près de la fenêtre pour attendre son charmant visiteur. Rose composa même un cantique pour l’inviter à chanter : l’oiseau la suivait fort attentivement et reprenait ensuite de son mieux. Ce naïf entretien entre les deux créatures du bon Dieu durait environ une heure, après quoi l’oiseau s’envolait, et la Sainte un peu triste, disait alors pour se consoler : « Mon petit chantre m’a abandonnée : béni soit Dieu qui est toujours avec moi ! »

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À SUIVRE…


 

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