Conférence du Père Joseph de Sainte-Marie,Fatima..12 octobre 1981*Fatima Salut du Monde*


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Pèlerinage de l’Association Saint-Benoit, Patron de l’Europe

Présentation du Père Joseph de Sainte Marie, o.c.d., professeur émérite à la faculté de théologie et à l’institut des Carmes Déchaux à Rome.

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« Ce que je propose, sous le titre : « Fatima, salut du monde », c’est un essai de synthèse, historique et théologique, j’ajouterai même spirituel, sur le message et plus profondément sur le « mystère » de Fatima. Et comme toute synthèse, cette réflexion rassemble des données multiples ; d’où la difficulté de la réflexion et de la conférence : faire tenir ces multiples éléments en un tout cohérent, clair et organisé. C’est ce que je vais essayer de faire.
Encore une parole d’introduction, qui est très importante : lorsqu’on aborde le problème, je veux dire le fait de Fatima, il faut se convaincre de deux choses. La première, c’est que ce fait est encore très mal connu – je ne parle pas, bien sûr, des spécialistes ni des personnes qui se sont consacrées à l’étude de Fatima. Je ne parle pas non plus des gens qui ignorent à peu près tout de Fatima. Je parle de ces fidèles dont vous êtes sans doute, qui connaissent déjà Fatima et qui cependant ne le connaissent que très partiellement. Et c’est à vous très spécialement que je dis : prenez garde, cette connaissance que vous avez est vraisemblablement partielle car le mystère de Fatima est immense. Il y a donc les choses que l’on sait déjà et les choses, beaucoup plus nombreuses et plus importantes encore, qui restent à découvrir.

Deuxième condition pour aborder le mystère de Fatima : il faut savoir – et cela est très délicat – que le message du Cœur Immaculée de la Vierge Marie a été, est et sera de plus en plus un « signe de contradiction ». Il est méconnu, il est combattu. Et entreprendre une action théologique ou une action apostolique pour connaître et faire connaître ce message, il faut le savoir, c’est aller à la rencontre des difficultés. Cela fait partie des sacrifices que demande la Vierge à Fatima.

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Donc : il reste beaucoup de choses à découvrir ; c’est un signe de contradiction qui demande courage et lucidité.

Cela étant, je proposerai cette réflexion en deux temps, en deux parties. Dans la première, je vous rappellerai très brièvement l’histoire, les faits et le message de Fatima. Dans la seconde – la plus importante, mais que, malheureusement, je ne développerai que très rapidement – je vous proposerai un effort de réflexion et d’approfondissement historique et théologique sur ce message et sur le mystère que constitue l’ensemble des faits de Fatima.

A – Le Mystère de Fatima : les faits et le message.

1 – Commençons donc par l’étude historique. Il faut noter tout d’abord, c’est un des paradoxes de Fatima, que cet ensemble de faits se présente à la fois dans une extrême simplicité et dans une extrême complexité. Simplicité, parce que le message, je le dirai tout à l’heure, se résume en une parole : Dieu veut établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculée de Marie. En un sens, tout est là. Voilà la simplicité. Mais , en même temps complexité extrême, car cette unique message, révélé en 1917, a été ensuite développé d’une manière progressive : d’où la nécessité de suivre et d’étudier ce développement. Pour cela, il faut des documents historiques qui ne sont pas tous accessibles ; il faut les examiner critique ment, les évaluer.
Et c’est là, il faut le reconnaître, un problème très délicat. Je le dis surtout à l’intention des spécialistes ; mais il est nécessaire qu’on voit ces deux aspects en même temps : tout est donné dans le noyau ; à partir de ce noyau, tout se développe et la lumière grandit.

Ce déroulement est très important pour l’intelligence de Fatima.

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2 – Cela étant dit, je rappellerai rapidement les faits de Fatima.
Pour beaucoup de gens, ils se réduisent aux six apparitions de la Vierge, du 13 mai au 13 octobre 1917. Mais, il faut savoir que les apparitions de la Vierge ont été précédées par six apparitions de l’Ange : trois manifestations où l’Ange est encore voilé, ne parle pas ; et trois apparitions où l’Ange se montre sous la forme d’un jeune homme et donne déjà un message extrêmement riche. Donc : avant la Vierge, l’Ange.

Et après les apparitions de Fatima, les témoignages et la série de communications, spécialement à Sœur Lucie.
C’est là une première image pour étudier les faits. On peut les considérer comme formant un triptyque, comme certains retables de nos églises. Au centre, les apparitions de la Vierge ; d’un côté, ce qui précède, l’Ange ; de l’autre, ce qui suit, essentiellement la mission de Lucie. Ceci est très important, car les paroles qui précèdent et les paroles qui suivent permettent de mieux comprendre celles que la Vierge a dites dans la partie centrale.

 

Il faut embrasser les trois tableaux dans un seul regard. C’est une première approche, qui est importante. Mais il faut aller plus loin. J’ai parlé d’un développement historique et, effectivement, ce triptyque n’est pas quelque chose de figé, c’est un mouvement qui se déroule dans l’histoire. Il s’explique de la manière suivante, très simple, très logique : il y a la préparation ; il y a, au centre, le message ; et il y a le développement en vue de son accomplissement. Et cela, je vous le signale, est très biblique.

 

Toute l’histoire du salut, dans la Bible, est d’abord l’histoire de la préparation de la venue du Sauveur ; c’est ensuite, au centre de l’histoire du salut, la vie du Christ pendant ses 33 ans ; enfin, c’est son accomplissement dans l’histoire de l’Église.
Vous voyez le parallélisme : la préparation par l’Ange, le message de la Vierge, l’accomplissement par l’instrument de Dieu qui est Sœur Lucie. Et là, je voudrais souligner un point très important, parce que, vous le savez peut-être, il y a une série d’historiens de Fatima qui disent : ce que la Vierge a dit en 1917, nous le recevons ; le reste, ce sont des histoires de Sœur Lucie, nous ne le recevons pas.
Pourquoi cette attitude n’est-elle pas acceptable ? Parce que le 13 juin 1917, la Vierge a dit à Lucie : « Dieu veut se servir de toi pour me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculée ». Donc le 13 juin 1917, Lucie a été établie par la Vierge Marie comme témoin de son message, comme prophète de la volonté de Dieu. Elle a reçu cette « mission », non pas une mission canonique : une mission prophétique. C’est sur cette parole de la Vierge, sur cette mission donnée à Sœur Lucie que nous nous basons pour dire l’importance des paroles prononcées au cours de la troisième phase, celle de l’accomplissement.

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3 – Ayant ainsi établi, ou montré comment établir la base historique solide de notre réflexion, présentons le message de Fatima. Il nous est donné par les paroles de la Vierge.

Le message de Fatima, je le disais et je le répète, car on ne revient jamais d’une manière superflue au centre, l’essentiel de ce message se trouve dans cette déclaration de la Vierge, le 13 juillet 1917 : « Pour les sauver (les âmes), Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon cœur Immaculée. Si l’on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes seront sauvées et on aura la paix ».
Voilà l’affirmation centrale. Si on l’analyse, on voit qu’elle contient une vérité doctrinale fondamentale et un appel. La vérité, c’est le rôle de Marie médiatrice : « Elle seule, dit-elle en parlant d’Elle-même aux enfants, peut vous secourir » (13 juillet 1917) Notez la parole : « Elle seule ». Dieu veut que tout passe par la Médiation de Marie. Voilà la vérité dogmatique qui est au cœur du message de Fatima.
Et l’appel, qui est la conséquence pratique de cette vérité : pour être sauvés et obtenir la paix, il nous faut aller à Marie en pratiquant la dévotion qu’Elle nous demande.
Autour de ce noyau central, deux autres vérités, deux autres aspects apparaissent. Le premier est un avertissement d’une extrême gravité : la Vierge dénonce le péché qui est la cause des malheurs du monde. Et le dernier est à la fois une promesse et une annonce prophétique : « Mais, à la fin, mon Cœur Immaculé triomphera » (13 juillet 1917).
Vous voyez comment tout s’organise de manière très cohérente dans ces quatre points :
Premier point : l’avertissement initial, avertissement du danger qui pèse sur le monde à cause du péché.
Deuxième point : la vérité évangélique qui va fonder l’appel de Marie : Marie est Médiatrice. Elle seule peut nous sauver du péché et de ses conséquences.
Troisième point : l’appel lui-même : « Allez à Marie, venez à moi, pratiquez cette dévotion ».
Quatrième point : l’annonce du salut final : « Mais à la fin mon cœur Immaculé triomphera ».

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Je crois que nous avons vraiment là le message de Fatima. Vous le voyez, il tient en quelques mots. Mais lorsqu’on prend le temps de les méditer, de les approfondir, ces quelques mots sont d’une richesse éblouissante, d’une profondeur illimitée, la profondeur même de l’Évangile. Car le message de Fatima, c’est le message de l’Évangile passant par le cœur Immaculé de Marie.
Alors si vous le voulez, essayons brièvement quelques réflexions sur chacun des quatre points.
4 – Premier point : l’avertissement et la dénonciation du péché. Ils apparaissent dès les paroles de l’Ange : le grand mal du monde, l’unique mal qui soit à craindre, c’est le péché ; et tout le reste, misères, souffrances, divisions, guerres ,etc. … et par dessus-tout la mort, qui n’est que la conséquence du péché. Ce qui doit nous faire peur, par conséquent, ce ne sont pas d’abord ces conséquences qui, aujourd’hui, risquent de devenir apocalyptiques. Ce qui nous fait peur, ce qui doit nous faire peur par dessus-tout, c’est le péché, le péché qui est la cause de la perte éternelle des âmes, le péché qui est la cause de la guerre et des catastrophes dans le monde. Voilà ce que la Vierge dénonce, voilà son avertissement.
Et parmi tous les péchés, l’innombrable litanie, l’océan des péchés du monde, il y a un péché premier. Quel est-il ce péché premier ? Il a un nom moderne, c’est l’athéisme, c’est le rejet de Dieu. Et cet athéisme de masses, cet athéisme organisé, militant, conquérant, qui est un fait nouveau dans l’histoire de l’humanité, n’est pas autre chose que la plénitude, le plein développement du péché originel d’Adam et d’Eve, qui a été la première négation de Dieu.
Le premier péché que la Vierge dénonce à Fatima, c’est donc le péché de l’athéisme, ce péché général, cette source commune de tous les péchés du monde. Et il est à noter, je le dis en passant, cela appellerait un long développement ; je ne pourrai pas tout dire dans la conférence, je dirai déjà beaucoup de choses…
Il est à noter que la Vierge parle des « péchés commis contre son Cœur Immaculé ». Cette expression demande une explication, car, enfin, le péché, c’est une offense à Dieu, le Psaume le dit : « Tibi soli peccavi » (Ps 50 6). « Contre Toi seul j’ai péché ». Oui, le péché est une offense à Dieu. Mais cette offense, Dieu la reçoit et en souffre dans le Cœur du Christ, le Verbe incarné ; elle atteint Dieu par cette « chair » (ce sont les vérités que je développe dans la deuxième partie). Donc, voyez-vous, le péché contre Dieu blesse Dieu dans l’humanité du Christ de laquelle on ne peut jamais séparer l’Immaculée.

Et voilà le « péché contre le Cœur Immaculé de Marie » : c’est le péché contre Jésus-Christ en tant qu’il blesse en même temps sa Mère et notre Mère, l’immaculée.
Péché fondamental : l’athéisme, qui touche le Christ et Marie. A partir de là, nous comprenons cette place spéciale faite à la Russie dans l’avertissement de Fatima.

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Et je précise à la Russie communiste. La Vierge a dit : « la Russie ». Et je ne dirai ni simplement : « la Russie », car je pense à la sainte Russie et à sa vocation chrétienne. Je ne dirai pas non plus simplement « le communisme », car le communisme est maintenant dans le monde entier et il a une autre tête, qui est la Chine. Tout cela est visé par le message de Fatima. Mais je dis : « la Russie communiste », c’est-à-dire la Russie en tant qu’elle est l’instrument choisi par Satan pour établir son règne dans le monde actuellement. Contre ce péché de la Russie communiste, et pour sauver le monde et la Russie elle-même du communisme,- je passe ici à l’appel, mais tout se tient dans ce que nous analysons, – la Vierge demandera la consécration de la Russie à son Cœur Immaculé.
Vous voyez le lien que je fais – et qu’il faut faire – entre le péché radical, qui est celui de l’athéisme et le péché de la « Russie communiste », qui est l’instrument de l’athéisme militant pour établir dans le monde le règne de Satan à la place du Règne du Christ.
L’avertissement, nous l’avons donc considéré jusqu’ici en tant qu’il porte sur le péché. Mais, nous le savons, la Vierge, dans cet avertissement, a aussi parlé de la guerre. En 1917, elle annonce la paix de 1918 ; elle annonce la guerre de 1939-45 : et ce qui suit,c’est la fameuse troisième partie du message, qui reste un secret (voir sur cette question à la fin du texte) ; un secret, et par conséquent nous ne savons pas ce qu’il y a dedans.

 

Mais des indices très précis, que je reprendrai éventuellement par la suite, et surtout la logique interne de ce que nous savons déjà du message nous permettent d’affirmer avec certitude que cette troisième partie du secret, ou ce « troisième secret » comme on dit habituellement, contient l’annonce d’une troisième guerre mondiale. Tout simplement parce que l’athéisme n’a pas cessé de croître, spécialement par l’action de la Russie communiste, parce qu’on n’a pas encore répondu aux demandes de Marie.
Je m’arrête, vous le remarquerez, assez longuement sur cet avertissement. Je n’aurai pas le temps de développer tous les points avec la même longueur. Et je m’y arrête car les conclusions pratiques que nous allons tirer en découlent immédiatement : péché d’athéisme, instrument qu’est la Russie communiste, conséquence : la guerre et les cataclysmes, voilà ce que la Sainte Vierge nous dit – et que nous pouvons observer aujourd’hui. Le remède, le seul remède, voilà, mes chers amis ce qu’il nous faut entendre et faire entendre à l’Église, au monde, aujourd’hui, le seul remède contre le péché et ses conséquences est dans le Cœur Immaculé de Marie ; il est tout entier dans la réponse à ses demandes de Fatima. Vous voyez comment je passe de l’avertissement à l’appel et de l’appel à la réponse. C’est qu’ils sont inséparables l’un de l’autre.

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5 – Mais poursuivons notre réflexion. Après ces quelques remarques sur l’avertissement, il faudrait passer – je l’ai déjà fait en partie – à l’appel, qui ne fait qu’un finalement avec l’avertissement : lorsqu’on avertit quelqu’un d’un danger, on l’appelle à se mettre en garde contre lui. Mais on comprendra mieux cet appel si l’on réfléchit d’abord sur son fondement évangélique et théologique, et, deuxièmement, si l’on considère qu’il est tout entier dans cette parole : « Elle seule, Marie, peut vous sauver » … Il s’agit essentiellement de la médiation de Marie. C’était, vous le savez, une des grandes questions discutées au Concile, et l’objection que l’on faisait à cette médiation est tirée de la parole de saint Paul, dans la Première Épître à Timothée : « Unus Mediator » (1 Tm 2 5) « Il n’y a qu’un seul Médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ.

 

Pour comprendre comment cette unique médiation du Christ ne supprime pas d’autres médiations subordonnées à la sienne, c’est au Docteur commun de l’Église, Saint Thomas d’Aquin, qu’il faut revenir ; il le montre admirablement. Commençons par établir un fait : est-ce que, oui ou non, le Christ a institué la sacerdoce ministériel ? Oui, le Christ a institué le sacerdoce ministériel. Est-ce que le prêtre n’est pas un médiateur entre le peuple de Dieu, entre les fidèles, les baptisés et le Christ ? Oui, le prêtre est ce médiateur. Voilà donc ce premier fait. Ce qu’il établit, c’est l’existence, non pas à côté du Christ, mais dans le Christ, non pas en plus de l’unique Médiation du Christ, dans la puissance de cette unique médiation, d’une médiation qui est à la fois autre et la même, la médiation du sacerdoce ministériel et celle des sacrements.

 

Ce n’est donc pas une question à discuter, c’est un fait à reconnaître qu’un « seul » est le médiateur et que dans la richesse de cette unique médiation, des médiateurs subordonnés nous sont données. Avec cela, nous avons déjà « compris » comment l’unique médiation du Christ ne supprime pas celle de Marie ; elle la fonde, elle en est la source. Elle est le noyau intérieur qui l’alimente.

Il faut donc refuser le dilemme : ou un seul Médiateur ou beaucoup de médiateurs ; et affirmer, à partir d’une unique médiation, celle du Christ, ces nombreuses médiations subordonnées. Ainsi Marie est Médiatrice pour faire éclater la richesse de la médiation du Christ. Et Marie est « seule » Médiatrice aujourd’hui pour faire éclater la richesse de la médiation du Christ, Verbe Incarné-en-elle. « Seule », dans les sens où Elle-même a employé ce mot et que ce qui suit va nous aider à comprendre.

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La deuxième idée qu’il nous faut rappeler ici est en effet que la Vierge se trouve entre le Christ et l’Église. Marie ne supprime donc pas les médiations ecclésiales : le Pape, les Évêques, la hiérarchie, les sacrements etc. Mais au contraire elle y fait appel. Car elle-même se situe dans un autre ordre, complémentaire. Et elle est celle qui va mettre en pleine valeur toutes les instances, toutes les institutions de l’Église pour sauver les âmes. Il y aurait ici une place très spéciale à faire à l’Eucharistie.

 

A Lourdes, à Fatima, partout, la première chose que fait la Vierge, c’est de conduire au Christ par les prêtres, c’est de conduire à l’Eucharistie. Voilà donc ce deuxième point.
Et voilà, par suite, la manière de comprendre ce que la Vierge veut dire lorsqu’elle affirme qu’elle seule peut nous sauver. Elle ne se substitue pas au Christ ; elle ne se met pas à la place du Christ. Elle ne prétend pas davantage remplacer l’Église et ses institutions, au contraire. Ce qu’elle nous dit, c’est la volonté du Christ de faire éclater la puissance de sa Grâce par le chemin de son Cœur Immaculé.

Et cela nous dit que l’Église n’accomplira la mission que le Christ lui a confié qu’en se confiant elle-même à son Cœur Immaculé. Le Christ, Marie, l’Église, pour le salut des âmes, la paix du monde et la gloire de Dieu : voilà la vision qui est au cœur de Fatima. C’est tout l’Évangile. C’est aussi tout ce que la théologie la plus sûre nous en dit. Vous voyez ainsi qu’au cœur du message, à la racine de la consécration demandée par Marie et de la « dévotion » qu’elle veut que nous vivions, il y a cette grande vérité que Dieu veut faire triompher aujourd’hui, sur laquelle les théologiens travaillent et dont le nom savant est « Marie Médiatrice de toutes Grâces », la « Médiation universelle » de Marie ; et vous pouvez dire plus simplement : « la Maternité universelle de Marie ». Médiation – Maternité, c’est la même réalité : le Christ ne donne sa vie que par Marie. Vous voyez avec ces réflexions la richesse inouïe des paroles si simples que Marie disait aux enfants.

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Voilà la vérité qui est à la base de tout le message de Fatima.

6 – Troisième point : l’appel. Nous en avons déjà dit le contenu, mais nous pouvons en répéter les points essentiels qui sont les suivants : aller à Marie ; aller à Marie pour vivre la conversion. Car cet appel que nous lance la Vierge, voyez-vous, c’est l’appel de l’Évangile. Il est particulièrement clair au début de Saint Matthieu : « Convertissez-vous, revenez à Dieu, faites pénitence, car le Royaume de Dieu est proche » (Mt 4 17).

Convertissez-vous, revenez à Dieu, faites pénitence, car le Royaume de Dieu est proche : cet appel évangélique, voilà l’appel de Fatima, car Marie n’a jamais fait autre chose que de nous rappeler l’Évangile. Mais elle nous le rappelle selon la volonté du Christ lui-même, en nous disant ceci : cette conversion que Jésus, mon Fils, vous demande, vous devez la faire et vous ne pouvez la faire comme il veut aujourd’hui qu’en venant à moi, qu’en vous établissant par la foi dans mon Cœur, c’est-à-dire dans ma « médiation », c’est-à-dire dans ma « maternité ».

 

Cette conversion, vous ne pouvez la réaliser, parce qu’il s’agit de la vie chrétienne, qu’en recevant cette vie par moi. Telle est la volonté de Dieu, non pas la mienne. Voilà l’appel de Fatima, l’appel à cette « dévotion » qui est la vie chrétienne. Et je signale que lorsque la Vierge dit : « Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé », elle dit équivalemment : Dieu veut que je règne dans le monde.
Il faudrait aussi développer longuement – je vous signale l’idée en passant – la force du mot « dévotion ».

Il ne s’agit pas de quelque simple petite pratique de piété éminemment respectable, assurément. Il faut respecter les âmes et mon intention n’est évidemment pas de mépriser les saines « pratiques de dévotion » si précieuses à la vie chrétienne. Mais en même temps, il faut pousser les âmes toujours plus loin et les conduire jusqu’à la plénitude de la vie évangélique. Ce qu’il faut comprendre, donc, c’est la force du mot « dévotion ». Il vient du latin « vovere », « devovere », qui veut dire vouer, dédier, consacrer. La pleine dévotion, c’est donc la plaine consécration à Marie ; et la pleine consécration à Marie, c’est le moyen de la faire régner dans nos cœurs et dans le monde.

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Tel est donc l’appel de la Vierge ; il nous presse de vivre la conversion évangélique en recevant la vie chrétienne par Marie, ce que l’on fera en se consacrant à elle et en la laissant régner en nous. C’est un programme qui porte sur la totalité de notre vie.
Ceci est pour tous les chrétiens. C’est l’appel universel de Fatima pour combattre les péchés de tous les hommes et d’abord le péché fondamental de l’athéisme.

 

Et puis, souvenez-vous, dans l’avertissement : à côté de ce péché universel, l’existence de l’instrument principal de ce péché qu’est la Russie. D’où l’appel particulier de Fatima : la consécration au Cœur Immaculé de Marie de la Russie communiste. Elle doit être faite par le Pape et les Évêques du monde entier.

Et là, mes chers amis, il faut le dire : les consécrations faites jusqu’ici n’ont pas répondu à l’appel de la Vierge. Je pense d’une manière très spéciale, car ce fut la plus solennelle, à celle que fit Pie XII en 1942. Extrêmement importante, elle a tourné une page dans l’histoire de l’Europe, mais et d’ailleurs elle a d’autres sources encore – c’était la consécration du monde, et par le Pape seul, et non pas la consécration de la Russie par le Pape et tous les Évêques.
Voilà donc cet appel particulier. J’ai souvent pensé en moi-même que l’aspect collégial de la Hiérarchie apostolique, remis en lumière par le Concile Vatican II, si, hélas ! cette remise en lumière a été l’occasion de tant d’abus – il faut le dire, car seule la vérité libère – si cette remise en valeur de la collégialité – employons le mot – a été la cause de maux immenses, par ailleurs, elle peut et elle doit être la cause de très grands biens ;et je pense que l’on peut y voir une préparation, entre autres, à cet acte collégial du Pape et de tous les Evêques consacrant ensemble la Russie au Cœur immaculé de Marie. Cela, je le dis en passant.

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Mais ce qu’il est important de souligner, voyez-vous, c’est cet appel à la consécration, car, encore une fois, il y a appel universel adressé à tous les baptisés, et il y a cet appel particulier qui concerne la hiérarchie. Et je le redis : pourquoi le monde est-il aujourd’hui dans cet état de chaos, de terrorisme envahissant ? Pourquoi le monde est-il selon toute probabilité à la veille de catastrophes apocalyptiques ? Parce qu’on n’a pas répondu à la volonté de Dieu manifestée par la Vierge à Fatima, et ensuite par le moyen de diverses communications à Sœur Lucie.
Vous voyez donc l’importance vitale, l’importance cruciale de cet appel de Fatima.
C’est là l’essentiel de ma réflexion. Car tout ce que je dirai par ailleurs, au point de vue historique, au point de vue prophétique, au point de vue théologique, toutes ces considérations ne seront que des arguments pour soutenir, pour fonder une décision de la Hiérarchie. Et d’abord pour aider à comprendre que là, dans l’accomplissement de cette volonté divine manifestée à Fatima, et là seulement est le salut du monde, que tout le reste, comme dit saint Jean de la Croix, est « battre les buissons », c’est-à-dire travailler en vain et perdre son temps. Tout ce que l’on tentera de faire en dehors de la réponse aux demandes de la Vierge de Fatima pour établir la paix dans le monde sera vain et n’aboutira qu’à l’échec. Car si Dieu a dit sa volonté, ce n’est pas aux hommes de chercher d’autres chemins.
Voilà donc cet appel, qui est vraiment la chose essentielle de Fatima.
Ensuite ou d’abord, il faudrait développer, dans cet appel, ce qu’est la dévotion à la Vierge. Car tout l’aspect spirituel du message de Fatima : la vie consacrée à Marie, la vie en Marie, je ne peux malheureusement le développer ici et vous laisse le soin de le méditer par vous-mêmes, me réservant toutefois d’y revenir à l’occasion.

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7 – Et je passe au quatrième point : l’annonce et la promesse de la victoire finale. J’insiste beaucoup sur ce quatrième point parce que dans sa sévérité, dans sa gravité, dans son appel tragique, le message de Fatima reste un message d’immense espérance. Notez la manière dont la Vierge nous annonce cette victoire finale : « Mais, à la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ». « Mais, à la fin… Pourquoi ce « mais » ? Parce que la Vierge savait qu’il s’écoulerait beaucoup de temps avant qu’on ne réponde à ses demandes. Et pourquoi cet « à la fin » ? Parce que dans le temps de ce refus, de cette attente, le péché se multiplierait avec toutes ses conséquences tragiques.

 

Vous voyez donc comment dans cette annonce de la victoire finale est encore contenue celle des souffrances qui attendent l’humanité, l’avertissement des « Châtiments » – disons le mot, il est biblique – qui nous menacent. La Vierge voit tout cela. Souvent, ceux qui méditent le message de Fatima sont tentés de s’arrêter à cet aspect de souffrances et de n’y voir que des catastrophes, ce qui n’est pas bon, ce qui n’est pas sain, ce qui n’est pas chrétien. Il faut regarder la Croix, il faut méditer la Passion du Christ. Mais il faut le faire dans la lumière de la Pâque et de la résurrection, c’est à cela que nous aide la promesse de la Vierge : « Mais, à la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ». C’est cette lumière, c’est cette annonce de la victoire finale qui fait que le message de Fatima est un message d’espérance, un message de victoire.

 

C’est dans cette espérance réveillée par la parole prophétique de la Vierge que nous trouvons la force et la persévérance nécessaire pour continuer le combat chrétien, tous les jours ; ce combat chrétien qui, ne nous faisons pas d’illusions, sera de plus en plus dur, car le monde ira en s’enfonçant de plus en plus dans son athéisme. Et la persécution qui sévit dans les pays de l’Est viendra nous punir, dans nos pays de l’Ouest, parce qu’on n’a pas répondu à la volonté de Dieu de nous sauver par le Cœur de sa Mère.
Voilà pourquoi, dans l’immédiat, c’est la Croix de l’Église qui se présente à nous. Mais cette Croix nous apparaît dans la lumière de la Résurrection pascale. Et c’est pourquoi je dis : le message de Fatima est message d’espérance, message de paix, de force, de joie même, parce qu’il est le message de la victoire finale et parce que cette victoire sera celle de l’Amour. C’est ce que dit le mot « Cœur » ; « Mon cœur triomphera » – l’Amour triomphera.

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Il triomphera par la « patience des saints », comme dit l’Apocalypse,par la fidélité des fidèles, par notre force et notre constance à porter la Croix que Jésus nous présente, chacune la sienne, l’Église tout entière portant aussi la sienne. On voit ainsi l’importance de méditer cette annonce prophétique finale, car elle met tout le message et tout le mystère de Fatima dans la lumière pascale du Christ.

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B – Le mystère de Fatima : réflexion théologique.
Voilà donc, mes chers amis, les réflexions que je développe dans la première partie de la conférence… La deuxième partie sera développée plus rapidement. Mais je voudrais essayer de vous en présenter les idées essentielles, car elles sont d’une extrême importance.
J’ai dit le message et, déjà, son fondement théologique. Ce que je vais faire maintenant, c’est le but de la deuxième partie, c’est d’approfondir ce fondement théologique. Je le fais en trois points, en trois questions extrêmement importantes. Je dirai un mot des deux premières ; je ne ferai que mentionner la troisième, qui est trop difficile et qui ferait l’objet d’une conférence à part.
8 – La première question est celle de l’obligation pour l’Église, d’écouter les demandes de la Vierge et d’y répondre. Je sais que je touche là un point délicat. J’espère n’avoir pas manqué à la prudence théologique et pastorale et ne rien dire qui ne soit fondé avec certitude dans la doctrine la plus sûre de la Tradition et du Magistère de l’Église. Ces précautions un peu solennelles sont nécessaires…
L’Église a-t-elle, oui ou non, l’obligation d’écouter la Vierge ? Si vous posez la question à un simple fidèle, il vous répondra avec le bon sens de la Foi : « bien évidemment ». Et il aura raison. Car enfin, si la Mère de Dieu se dérange et vient pour parler, la moindre des choses, c’est que nous lui obéissions comme à notre Mère. Que nous soyons le dernier des frères convers, ou des employés de bureau, ou que nous soyons le Pape, en face de la Mère de Dieu nous sommes également en face de notre Mère et si elle nous dit sa volonté, il faut lui obéir. Fort bien et c’est exact.

 
Cela étant, il y a quand même une difficulté pour montrer cette obligation d’obéir à la Vierge. Elle vient d’abord du fait que ces messages de Marie sont quelque chose de relativement récent dans l’histoire de l’Église. Ils remontent finalement au XIXe siècle. Avant, c’est vrai, il y avait eu le Message du Sacré-Cœur. Et puis, quand on remonte ainsi le cours de l’histoire, petit à petit, on voit que depuis les « Actes des Apôtres », il y a toujours eu des « prophéties » dans l’Église. Des prophéties : voilà, je viens d’employer le grand mot qui va nous permettre de répondre à notre première question et de faire un déplacement d’axe qui va débloquer ce problème.

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Car jusqu’ici, la difficulté que l’on éprouvait en la matière venait de ce qu’en dehors de la Révélation évangélique, qui seule est objet de la foi théologale, cela est clair, cela est hors de discussion : seul l’Évangile est objet de foi théologale, la foi du baptême…Jusqu’ici donc, on raisonnait ainsi : en dehors de l’Évangile, tout le reste, ces affaires des « âmes privilégiées », ce sont des « révélations privées ». Et en face de ces révélations privées, on est plus ou moins libre de croire ou de ne pas croire, d’en prendre ou d’en laisser. La personne concernée, elle, peut avoir une obligation de croire à ce qui lui est dit, et encore certains hésitent à l’affirmer, c’est étonnant mais c’est ainsi. Et puis on en restait là. À cette mentalité viennent s’ajouter des textes de l’Église, depuis Benoît XIV jusqu’à Pie X, qui disent : l’Église ne fait que permettre de croire, et d’une foi simplement humaine, aux messages des révélations et aux apparitions privées.
Grâce à Dieu, depuis quelques temps, des théologiens comme le Père Balic, Président de l’Académie Mariale internationale à Rome, des Evêques et des Cardinaux, comme le Cardinal Cerejeira, Patriarche de Lisbonne et donc responsable de Fatima, bref, des voix hautement autorisées se sont fait entendre pour dire : mais enfin, ce n’est pas suffisant ; si Dieu parle, il faut quelque chose de plus qu’une simple foi humaine et facultative dans la réponse à lui donner. Ce quelque chose de plus, voilà, me semble-t-il, comment on peut le fonder théologiquement.

Il y a les « révélations privées », très bien ; ce sont des messages communiqués à des âmes pour leur bien particulier. Et il y a des « prophéties publiques » données à l’Église pour sa conduite, pour la conduite des âmes.
Si nous lisons maintenant les « Actes des Apôtres » et les « Épîtres » de Saint Paul, nous découvrons des paroles étonnantes, comme celle-ci dans l’Épître aux Éphésiens : « L’Église est fondée sur les Apôtres et sur les prophètes » (Éph. 2:20) Or, il s’agit là, tout le contexte le prouve, des prophètes du Nouveau Testament. Et si nous lisons l’ensemble des « Actes des Apôtres », et si nous relisons l’histoire de l’Église, nous nous apercevons que tout au long de cette histoire, à côté du charisme apostolique, c’est-à-dire la hiérarchie ministérielle sacerdotale, il y a toujours eu des charismes prophétiques pour soutenir, guider et orienter cette hiérarchie dans sa mission. Voilà la grande vérité.

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Ajoutons ceci : le hiérarque et le prophète sont l’un et l’autre subordonnés à la Parole de Dieu, à l’Évangile du Christ, mais selon des voies différentes et complémentaires. Certes, l’autorité ultime appartient au hiérarque, à l’Évêque, au Pape. Seulement, le Pape a le devoir d’écouter le prophète. Saint Paul le dit : « N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les prophètes, recevez tout, discernez, et ce qui est bon, retenez-le » (1 Th 5 19-21). Voilà la parole de l’Évangile. Voilà la volonté de Dieu sur la base de laquelle on peut et on doit affirmer que la prophétie appartient à l’économie de la conduite du peuple de la Nouvelle alliance, que la prophétie est essentielle à la vie de l’Église, elle l’est de la manière suivante : le prêtre, le Pontife discerne – c’est lui qui juge – si la parole du prophète est de Dieu ou non. Mais une fois qu’il a discerné et s’il a reconnu que telle parole prophétique est de Dieu, alors c’est à lui d’obéir, non pas au prophète mais à Dieu dont le prophète est l’instrument.
Voilà, je crois, la manière théologique de montrer que l’on n’est pas libre en face d’un message prophétique une fois qu’il est reconnu d’origine divine, mais que c’est un devoir de le recevoir et de s’y soumettre. Voilà pourquoi, Mes Très Révérends Pères et chers amis – mais je sais que nous sommes tous également convaincus de cette vérité – voilà pourquoi c’est un devoir pour le Pape et pour les Évêques d’obéir à la Vierge et d’accomplir ses demandes de Fatima, un devoir qui n’est pas autre chose qu’une partie de leur charge pastorale et apostolique.

 

Ces problèmes, je l’ai dit, sont encore peu étudiés. La réflexion théologique sur ce point est encore très peu développée. C’est pourquoi l’essai que je propose dans mon texte écrit me semble très important et pour sa portée générale et pour son application au message, c’est-à-dire à la prophétie publique de Fatima. Si elle est de Dieu, l’Église doit la recevoir et s’y soumettre. Or depuis longtemps l’Église l’a reconnue comme venant de Dieu. Elle doit donc l’accomplir et de toute urgence.
Voilà donc la première question qu’il fallait mettre au clair. Encore une fois, vous le voyez, nous rejoignons la réponse du bon sens chrétien : évidemment, si la Vierge a parlé, il faut lui obéir. Oui, et c’est très beau, ce bon sens. Mais enfin pensons d’autre part au poids de responsabilité de l’Autorité qui doit peser ses actes et n’entreprendre une action qu’avec la certitude d’obéir à Dieu. Et c’est l’humble mais indispensable travail du théologien que de proposer à la hiérarchie une réflexion, dont elle est juge aussi, mais qui a pour but de l’aider dans son travail pour parvenir à une certitude de la vérité.

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J’énonce tout de suite les deuxième et troisième questions, qui sont certainement les plus passionnantes, et aussi les plus éclairantes. Je ne pourrai ici que les évoquer, vous renvoyant pour un approfondissement ultérieur au texte qui sera imprimé. Quelle est la vérité centrale ? Celle de Marie Médiatrice. C’est l’heure où Dieu veut que le monde entier reconnaisse le rôle de Marie dans l’histoire du salut. Voilà le cœur de Fatima et de mille autres interventions de la Vierge, je le sais. Mais cette vérité apparaît avec une force particulière à Fatima, et j’essaie de la confirmer de deux manières complémentaires, à partir de l’histoire : c’est la deuxième question que j’aborde dans cette deuxième partie. À partir de la théologie, c’est la troisième question, la plus éclairante, mais aussi la plus difficile, qui ne sera pas traitée ici, mais sera développée dans le livre actuellement en préparation.
Essayons, du moins dans les quelques minutes qui nous restent, de montrer comment cette vérité de la médiation de Marie apparaît dans l’Histoire du XXe siècle, dans l’histoire de l’Occident ; car l’histoire du monde s’est passée en Occident ou à partir de l’Occident depuis le Christ, jusqu’au XXe siècle. Et c’est à partir du XVIe siècle surtout que se déroule le drame ou plus exactement la révolte dont Dieu veut triompher par la médiation de Marie. L’étude historique à faire pour le montrer est la suivante : il faut étudier en parallèle, d’un côté la montée du péché d’athéisme dans le monde moderne et, de l’autre côté, la montée des voix prophétiques données par Dieu à l’Église pour faire face à ce péché. Je le dis tout de suite : ce que l’on découvre, au terme de cette étude, c’est la vision du Chapitre XII de l’Apocalypse.

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Fatima, c’est la « Femme vêtue du soleil » : le miracle du 13 octobre. Le communisme, c’est le « Dragon rouge » de la négation de Dieu : l’étoile rouge de Moscou. Et, voyez-vous, tout notre XXe siècle est le siècle de cet immense combat entre la Femme de l’Apocalypse et le Dragon rouge de l’athéisme communiste, à l’est, et de l’athéisme pratique, à l’Ouest. Car ils sont frères ennemis mais frères de combat. L’Occident et l’Orient se rejoignent dans cette négation commune de Dieu. C’est cette histoire qu’il nous faut retracer.
(NB. Je renvoie ici à la conclusion de l’encyclique de Jean-Paul II sur l’Europe : « Ecclesia in Europa ». C’est le thème qu’il développe très heureusement.)
Je vous proposerai simplement quelques dates en modifiant quelque peu la présentation de mon texte. Car il faut partir non pas, comme je l’ai fait, du XVIIe siècle, mais du XVIe. Le début des temps modernes, dans les manuels d’histoire, de littérature et autres, c’est le XVIe.
Le XVIe siècle, c’est l’époque de l’humanisme, et c’est celle du drame luthérien, le protestantisme. L’humanisme a été un mouvement culturel, oui. Il a été aussi un début de retour au paganisme sous couleur de culture. Quant à Luther, il est au principe de la division de l’Europe chrétienne. Il est le diviseur : «  Dieu est au ciel, toi tu es sur la terre ». Entre le ciel et la terre, Luther met un abîme infranchissable. Luther nie toutes les médiations. Car à la fin Luther qui parle tant du Christ nie la médiation de l’Humanité du Christ. À plus forte raison va-t-il nier celle de la Vierge, la Co-Médiatrice. Voilà le XVI siècle : affirmation de l’homme, rupture entre le ciel et la terre par la négation des médiations qui les unissent : le Christ, Marie et d’abord l’Église.

Voilà le début de la révolte des temps modernes contre Dieu. Face à cette attaque, l’Église répond par la Hiérarchie : c’est le Concile de Trente, et par une pléiade de saints : saint Ignace de Loyola, sainte Thérèse d’Avila, saint Jean de la Croix, saint Pierre d’Alcantara, etc. C’est parmi eux que la prophétie se réalise, que le charisme de prophétie s’exerce, surabondamment.

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XVIIe siècle : le mal se développe. Et de même que le XVIe avait été « el siglo de oro de Espana », avec Charles Quint et les grandes gloires de l’Espagne, le XVIIe sera le « grand siècle français ». Le mal naît en Allemagne ; c’est la révolte du protestantisme. Puis il passe en France, il y prend au sein de l’Église la forme du Jansénisme, cette espèce de mouture catholique du protestantisme et spécialement du calvinisme, cette glace mise sur le cœur du Christ. Et c’est là qu’apparaissent les premiers prophètes des temps modernes : les révélations du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie Alacoque, en 1675. Elles ont lieu à Paray-le-Monial et elles représentent dans l’histoire de l’Église un fait à la fois ancien et nouveau ; ancien parce que la prophétie y a toujours été présente et nouveau par la forme qu’elle prend.

 

Face à la négation de son Amour, le Christ vient lui-même nous redire la révélation de son Cœur, et il le fait par le moyen de cette apparition et de ce message prophétique. XVIIe siècle : l’apparition des prophéties centrées sur le Cœur du Christ. Et Fatima sera, au XXe siècle, la continuation de Paray-le-Monial, la révélation du Cœur de Marie dans son union au Cœur du Christ. Et Dieu, dans sa Miséricorde, fera ce don à son Église parce qu’elle n’aura pas suffisamment répondu à l’appel du Christ et que, par suite, la révolte aura poursuivi ses ravages.
Le XVIIIe siècle est celui de son grand essor, avec sa conclusion : la Révolution française, le premier grand acte de rébellion politique organisée contre Dieu, la conséquence du refroidissement de la foi au XVIIe, la conséquence de l’exaltation de la raison au XVIIIe et de la prise en main de ce mouvement de révolte par le pouvoir maçonnique, fondé en 1717.
1517 : révolte de Luther ;
1717 : fondation de la Franc-maçonnerie ;
1917, j’anticipe : naissance du bolchevisme et réponse de Dieu par le Cœur Immaculé de Marie. Mais j’ai anticipé pour montrer tout de suite cette singulière et impressionnante série de dates (à laquelle bien d’autres événements seraient à ajouter).
Revenons au XVIIIe siècle, où la Révolution est l’œuvre de la Maçonnerie, née au début du siècle, et de l’exaltation absolue de la raison, c’est-à-dire de l’homme rejetant Dieu, se faisant son seul maître et voulant se suffire à lui-même.
Cette déchirure de l’Europe chrétienne par la Révolution , c’est l’affreuse, « glorieuse » en un sens, mais plus encore affreuse épopée de Napoléon qui va la semer à travers toute l’Europe,détruisant les royaumes, détruisant la chrétienté.
Et le début du XIXe siècle est une catastrophe pour l’Église et pour la foi. C’est là que les grandes prophéties mariales commencent : en 1830, à la rue du Bac, avec la « Médaille Miraculeuse » et l’invocation : « O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ! ».

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Ainsi, dès le départ, ces prophéties s’ouvrent sous le signe de l’Immaculée. Et au cœur du XIXe siècle, en 1854, c’est la définition du dogme de l’Immaculée Conception. Quatre ans plus tard, à Lourdes, la Vierge vient elle-même confirmer le geste du Vicaire de son Fils en déclarant à la petite Bernadette, le 25 mars 1858 : « Je suis l’Immaculée Conception ». 1830, 1854, 1858 : au XIXe siècle s’ouvre dans l’Église et sur le monde l’ère de l’Immaculée.
Passons au XXe siècle, car il faut faire court, et nous avons le grand tournant de 1917, tournant qui est l’aboutissement et le nouveau point de départ de toute cette révolution, mais aussi de toute cette révélation prophétique. Après la consécration du genre humain au Sacré-Cœur par Léon XIII, en 1899, et après le refus des hommes, Dieu ne peut plus : il ne peut plus laisser ces crimes sans châtiments ; il ne peut pas non plus cesser de chercher à nous les épargner par pure Miséricorde.

Et les hommes ayant refusé de répondre, ou de répondre suffisamment à l’appel du Cœur de son Fils, il leur envoie sa Mère. Le Cœur du Christ s’efface en quelque sorte derrière le Cœur de Marie. C’est le grand tournant de 1917. Et notez ceci : au moment où, avec le triomphe bolchevique à l’extrémité de l’Europe, à Leningrad qui était encore Petrograd, le Dragon rouge se dresse, à l’autre extrémité de l’Europe, là où nous sommes, à Fatima, ce petit pays perdu au Portugal, la « Femme vêtue de soleil » apparaît, le Cœur immaculée de Marie se dresse. C’est le miracle du 13 octobre, le miracle du soleil, un miracle qui demanderait un livre d’explication… Mais, chers amis, ce soleil, c’est le symbole du Christ.

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Et vous savez, je le rappelais hier en méditant le chapelet avec les prêtres, que ce miracle du soleil a été renouvelé quatre fois au Vatican, pour Pie XII, en 1950, lorsqu’il définit le dogme de l’Assomption, c’est-à-dire le dogme de Marie montée au Ciel, de Marie « assumée » par le Christ, le dogme de la Femme totalement reprise par le « Soleil de justice », établie par lui dans la gloire et dans la puissance de sa Royauté de Soleil du Ciel et de la terre. Vous voyez la relation entre Fatima et le dogme de l’Assomption. C’est sur cette base que l’on peut et doit affirmer qu’avec Fatima, mais aussi avec cette date centrale au milieu du XXe siècle : 1950, la définition du dogme, avec ces deux dates qui sont inséparables, s’est ouverte, dans le prolongement de l’ère de l’Immaculée, au XIXe siècle, l’ère de l’ « assumpta », « l’ère de la Femme revêtue du Soleil » , et voilà le message de Fatima dans toute sa lumière de gloire, dans toute sa puissance de salut.
Hélas ! Nous sommes en 1981, et l’on n’a pas encore répondu aux demandes de cette Reine glorieuse établie dans le Soleil. On n’a pas encore compris que le Christ, qui est le Soleil, ne veut nous donner ses rayons de vie et de victoire que par le Cœur Immaculé de Marie. C’est pour cela que l’humanité s’enfonce dans le péché en courant vers les catastrophes, parce qu’on n’a pas compris que le Christ ne veut régner que par Marie.

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Conclusion
L’heure de la conclusion approche : et voilà ma conclusion. Le message est là, il attend. Et Sœur Lucie souffre le martyr depuis 1917 parce qu’on n’y répond pas (NB. elle s’éteignait le 13 févier 2005). Donc il faut méditer le message et concentrer notre attention sur le Cœur de Marie et sur son appel, non pas un appel abstrait, mais l’appel du Cœur de notre Mère. C’est elle qu’il faut regarder, écouter et l’entendre nous dire à tous : « Venez à mon Cœur, par là seulement vous vous convertirez et vous tiendrez dans les batailles qui vous attendent, dans les croix qui vous seront imposées ». Voilà l’appel pour tous. Et puis l’appel pour les théologiens et pour tous ceux qui tiennent une responsabilité, et pour tout chrétien appelé à l’apostolat : « Écoutez, mais aussi faites écouter mon appel ».
Et je pense, troisième point, d’une manière particulière à l’appel adressé à la Hiérarchie, au Pape et aux Evêques : « Consacrez-moi la Russie et vous aurez la paix, car le Christ qui est le Prince de la Paix ne veut vous la donner que par mon Cœur, et par mon Cœur, Il se donnera Lui-même à vous ».
La dernière chose que je vous dirai est la suivante, elle est d’ordre pratique. Car souvent les gens se demandent : mais enfin, qu’attendent le Pape et les Évêques pour répondre à Marie et pour faire cette consécration ? Mes chers amis, ils attendent ceci : que chacun d’entre nous obéisse pour sa part à la Vierge. Car les grâces de lumière et de force, grâces extraordinaires, dont le Pape d’abord et surtout le Pape, mais aussi les Évêques ont besoin pour faire cet acte inouï et impensable dans les conditions actuelles, j’en suis conscient, ces grâces, c’est à nous, par la prière, de les leur obtenir.

Ainsi ce qui est humainement impensable sera rendu possible par la Grâce de Dieu, par ces Grâces extraordinaires qui permettront à la Hiérarchie d’obéir à la Vierge ; elles leur seront méritées par la somme d’efforts, de prières et de sacrifices de tous les chrétiens, de toute l’Église.
Notre conclusion est donc très pratique. Il ne s’agit pas d’exciter sur des dates, sur l’attente des châtiments. Les dates sont inconnues ; les châtiments sont certains. La conclusion pratique que nous devons retenir c’est de regarder le Cœur de notre Mère ; et nous allons commencer tout de suite avec le pèlerinage qui sera un point de départ, non pas une chose faite en passant, et non pas un acte pieux entre deux moments de tourisme. Ce sera un point de départ où vous aurez entendu l’appel de la Vierge, et ma joie serait d’y avoir contribué ; et où, en l’entendant, vous apprendrez à lui répondre chaque jour davantage.

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Ma conférence vous est offerte, entre tant d’autres choses, pour vous y aider : un point de départ pour apprendre à répondre à Marie. De l’effort de toute l’Église, de la prière et des sacrifices de chacun naîtront le mouvement et les grâces qui permettrons au Pape et aux successeurs des Apôtres de faire cette consécration libératrice. Alors le Cœur de Marie triomphera. Alors la paix sera donnée à la Russie, et, à partir de la Russie, au monde entier. Alors Marie sera proclamée Médiatrice et ce sera un renouveau, le renouveau véritable, et non pas faux et mensonger. Alors ce sera le vrai renouveau promis par Dieu, dans toute l’Église et dans le monde entier, à la gloire du Cœur du Christ et de Marie, du Père, du Fils et du saint Esprit. Ainsi soit-il.

 

Ma conclusion : Or nous sommes loin de connaître ce temps de paix et de dévotion mariale. Où est la paix ? Où est le triomphe du Cœur Immaculée de Marie ? Où est la reconnaissance de la Médiation universelle de Marie…
C’est pourquoi, je ne peux pas faire taire en mon cœur un doute concernant et la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie – réalisée, dit-on, par le pape Jean-Paul II – et la véracité de la révélation de la totalité du Troisième secret de Fatima par le cardinal Sodano. Ce ne semble pas possible.
Le triomphe de Marie et de la dévotion au Cœur Immaculée, annoncé clairement dans les apparitions de Fatima, n’est pas tel que je puisse croire que tout fut accompli comme Notre Dame l’a demandé.
Le triomphe de la Gloire de Marie, ce que nous laisse entendre le message de Fatima, ne semble pas encore arrivé. Ergo.

 Père Joseph de Sainte-Marie

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Source : http://la.revue.item.free.fr/paroisse_st_michel50.htm – 4

Fichier Word de cette conférence: Fatima conférence Père Joseph de Ste Marie 12 oct 1981-ann


 

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A propos Myriamir

''LA PEUR NE VIENT PAS DE DIEU '' *Messages-Prophéties-Par les Saints et les Prophètes* *En cette Fin des Temps-Jésus et Marie parlent à leurs Enfants ! https://myriamir.wordpress.com/
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